Cannes, le dernier village gaulois à résister aux envahisseurs "Game of Thrones", Avengers ou Netflix ?

Festival de Cannes
DÉCRYPTAGE – A l’heure où les dragons de "Game of Thrones" squattent l'imaginaire de la nouvelle génération, le 72e Festival s’ouvre dans un contexte périlleux pour le cinéma indépendant, menacé par l’hégémonie au box-office des blockbusters et l’expansion irrésistible de Netflix. Un combat perdu d’avance ?

Le lundi 20 avril au matin, tout le monde ne parlera que de ça sur la Croisette. La projection du dernier Terrence Malick, "Une vie cachée", titre ironique pour un cinéaste qui refuse d’apparaître dans les médias ? Celle de "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma, avec son actrice fétiche, l’incandescente Adèle Haenel ? Même l’arrivée imminente du casting prestigieux de "Once Upon a Time in Hollywood", le dernier bébé de Quentin Tarantino, aura du mal, en vérité, à lutter avec le buzz engendré, sur les réseaux sociaux et au-delà, par la diffusion sur HBO de l’ultime épisode de la saga "Game of Thrones".

Garanti sans dragon ni superhéros !

Dire que les séries télé squattent l’imaginaire – et le temps de cerveau disponible – de la nouvelle génération est un euphémisme. De là à ce que le petit écran menace l'existence du grand pour de bon ? L’an dernier, le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux s’était attiré les foudres des internautes en déclarant, en conférence de presse, que "les séries, c’est industriel. Le cinéma, c’est de la poésie". Une formule à la fois malicieuse et réductrice qui résume le credo d’une manifestation garantie sans dragon… ni super-héros, l’autre péril du cinéma d’auteur cher à la Croisette.

 

A l’heure où l’ultime volet de la saga Avengers squatte plus d'une entrée de cinéma sur deux, cette 72e édition joue clairement la carte alternative, au regard de sa sélection pointue, sans renier sa tradition glamour sur les marches. Ok, on verra les nouveaux films de Ken Loach, des frères Dardenne et d’une poignée de cinéastes confidentiels, pas franchement rigolos sur le papier. Mais on apercevra aussi Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Penélope Cruz, Antonio Banderas et Sylvester Stallone. Sans parler de l’hommage, certes controversé, à l’icône locale Alain Delon.

Et puis ce crû 2019 sera le deuxième consécutif sans aucun film Netflix au générique. Cannes est aujourd'hui le seul festival majeur à leur fermer la porte. Une hérésie à l’heure où la fiction en streaming se répand à vitesse grand V sur la planète ? C’est, là aussi, un vrai choix politique, motivé par le respect de chronologie des médias made in France, donnant la primeur des nouveaux films au grand écran sur le petit. Une exception culturelle qui nous permet de maintenir une offre en salles plus riche et variée que dans n’importe quel pays au monde.

 

Certains reprocheront aux organisateurs du Festival de Cannes d’aller contre le cours de l’Histoire. De se la jouer village gaulois prenant la défense des petits exploitants de salles tricolores face à l’envahisseur digital américain. Lequel ne manquera pas de faire discrètement ses emplettes sur la Croisette, en marge du tapis rouge. L’an dernier,n Netflix avait ainsi acheté les droits pour l’Amérique du superbe "Girl" du Belge Lukas Dhont, récompensé par la Caméra d’or, le trophée du meilleur premier film. Machiavélique ? 

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