Harcèlement sexuel et parité : le Festival de Cannes veut tirer les leçons de l'affaire Weinstein

ZOOM - Pour sa première édition depuis les révélations de l’affaire Weinstein, le Festival de Cannes entend rappeler son engagement en faveur de la place des femmes dans l’industrie cinématographique. Même si elles seront cruellement sous-représentées dans la course à la Palme d’or.

Ces dernières années, il n’était pas rare de croiser un Harvey Weinstein goguenard, un téléphone portable vissé dans chaque main, à la sortie d’une projection du Festival de Cannes. C’est d’ailleurs en découvrant "The Artist" sur la Croisette qu’il décidera d’en faire son poulain pour les Oscars, avec la réussite qu’on connaît. Mais ça, c’était avant. Depuis, les journalistes du New York Times ont révélé, dans une enquête parue le 5 octobre dernier, les agissements du producteur et libéré la parole de plusieurs dizaines de femmes de l’industrie du divertissement. Parmi elles, la comédienne britannique Kadian Noble qui affirme avoir été contrainte à une relation sexuelle avec l’ancien patron de Miramax, lors d’un rendez-vous "professionnel" dans une chambre de l’hôtel Majestic de Cannes.


Pour une manifestation internationale comme le Festival de Cannes, impossible de rester de marbre, au contraire. Dès le 11 octobre, ses dirigeants publiaient un communiqué sans appel. "C'est avec consternation que nous avons découvert les accusations de harcèlement et de violence sexuelle récemment portées contre Harvey Weinstein, professionnel du cinéma dont l'activité et la réussite sont connues de tous, qui lui valent de séjourner à Cannes depuis de nombreuses années", écrivaient le président Pierre Lescure et le délégué général Thierry Frémaux, (…) Puisse cette affaire contribuer à dénoncer une nouvelle fois des pratiques graves et inacceptables."

Début janvier, le choix de la comédienne australienne Cate Blanchett, co-fondatrice du mouvement Time’s Up à Hollywood, sera perçu comme un geste fort à l’égard des femmes dans le milieu du cinéma. Ce qu’a tempéré ce lundi Thierry Frémaux lors d’une rencontre inédite avec la presse à la veille de l’ouverture du 71e Festival. "Cate Blanchett est avant tout une grande artiste et sa légitimité est incontestable", a-t-il insisté au sujet de celle qui sera la 12e femme à occuper ce poste depuis Olivia de Havilland, autre actrice engagée, en 1965. 


Mais si le jury 2018 est majoritairement féminin -cinq femmes et quatre hommes-, on ne trouve en revanche que 3 réalisatrices parmi les prétendants à la Palme d’or. Rappelons qu'une seule à ce jour l'a remportée, la Néo-Zélandaise Jane Campion avec "La leçon de piano" en 1993. Pour Thierry Frémaux, pas question cependant de jouer la carte de la discrimination positive, contre-productive selon lui lorsqu'il s'agit de distinguer les artistes. "Un jour, Andrea Arnold (la réalisatrice britannique de "Fish Tank", ancienne membre du jury - ndlr ) m’a dit : "J'espère que je ne suis pas sélectionnée à Cannes parce que je suis une femme."

Une montée des marches 100% féminine samedi

A défaut de parité dans sa sélection, le délégué général insiste sur les multiples initiatives en faveur des femmes cette année, comme cette montée des marches inédite qui réunira 100 actrices et réalisatrices, samedi prochain, au Palais des Festivals. Mais aussi l’action de Women in Motion, le programme de la Fondation Kering qui organise des conférences auxquelles participeront les comédiennes Isabelle Huppert et Diane Kruger. 


Sur la question du harcèlement, enfin, un numéro de téléphone gratuit a été mis en place pendant toute la durée du Festival, à l’initiative de la Secrétaire d’Etat à l’égalité hommes-femmes Marlène Schiappa. "Ne gâchons pas la fête, stop harcèlement", peut-on lire sur un petit carton glissé dans le "goodie bag" distribué aux festivaliers, entre dossier de presse, horaires de projections et prospectus de marques partenaires. C’est la moindre des choses.

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