"La Fille Inconnue" : une troisième Palme d’or pour les Dardenne ? Pas certain…

Festival de Cannes

BIS REPETITA – De retour en compétition officielle avec "La Fille Inconnue", Luc et Jean-Pierre Dardenne offrent à l’actrice française Adèle Haenel le rôle d’un médecin qui enquête sur la mort d’une jeune femme qui a sonné à la porte de son cabinet. Un drame social hyper réaliste comme les frères belges savent les faire. Sauf que c’est un peu le problème…

Dans le langage cannois, on dit qu’ils ont la carte. Depuis La Promesse, révélée à la Quinzaine des Réalisateurs, en 1996, tous les films de Luc et Jean-Pierre Dardenne ont été présentés en compétition officielle. Avec à la clé deux Palme d’or pour Rosetta (1999) et L’Enfant (2005), un prix d’interprétation à Olivier Gourmet pour Le Fils (2002), un prix du scénario pour Le Silence de Lorna (2008) et le Grand Prix pour Le Gamin au vélo (2011).

Il y a deux ans, en dépit de critiques élogieuses, et d’une Marion Cotillard inédite, les frangins avaient failli manquer le coche avec Deux jours, une nuit, finalement récompensé par le prix spécial du jury œcuménique. Bref vous l’avez compris : ces deux-là ne repartent JAMAIS les mains vides. La Fille Inconnue, leur dixième œuvre de fiction, a sur le papier tous les ingrédients pour glaner une nouvelle récompense. Vraiment ?

Des comédiens bien trop bridés pour émouvoir

Jenny (Adèle Haenel), leur héroïne, est une jeune médecin généraliste qui a le malheur de ne pas ouvrir à une patiente qui sonne à la porte de son cabinet à une heure tardive. Le lendemain, la police vient lui annoncer que cette dernière a été retrouvée morte, probablement assassinée. Se sentant coupable, Jenny décide de mener elle-même sa petite enquête. A ses risques et périls…

Après toutes ces années, le cinéma des Dardenne est reconnaissable entre mille. Une représentation hyper réaliste des classes populaires et de ses problématiques, sans misérabilisme. Des acteurs qui jouent "vrai", qu’ils emploient des talents confirmés ou des non professionnels. Une mise en scène sobre jusqu’à l’os, avec lumière naturelle et caméra à hauteur d’homme, héritage de leurs débuts de documentaristes.

Un cinéma honnête mais désormais sans surprise

Le problème avec La Fille Inconnue, c’est qu’on a très vite l’impression que les Dardenne ont déjà fait plus beau, plus fort. Plus libre surtout, prisonniers d’un dispositif qui à force de réprimer les sentiments, asphyxie le spectateur autant que les interprètes. Comédienne au charme brut, Adèle Haenel semble enfermée dans un personnage trop étroit tandis que les fidèles Jéremie Renier, Olivier Gourmet, à un degré moindre Fabrizio Rongione, ont déjà joué la même partition par le passé, et de manière ô combien plus virtuose.

C’est d’autant plus dommage que les Dardenne font partie des rares auteurs de notre époque à se passionner, sans jamais aucun cynisme, pour les malheurs des "gens simples". Mais à l’inverse de leur cousin britannique Ken Loach, capable de passer de la grande fresque historique au drame intimiste avec un même souffle, le duo semble incapable de renouveler son univers comme sa grammaire. Pire, une désagréable impression de repli sur soi émane de ce drame sans risque, sinon celui de faire bailler le spectateur. Dur.

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