"Le BGG - Le Bon Gros Géant" : mais qu'est-il arrivé à Steven Spielberg ?

"Le BGG - Le Bon Gros Géant" : mais qu'est-il arrivé à Steven Spielberg ?
Festival de Cannes

CRITIQUE - En salles le 20 juillet prochain, "Le BGG - Le Bon Gros Géant" de Steven Spielberg, adapté du roman homonyme de Roald Dahl, a été présenté hors compétition ce samedi à Cannes. Malgré toute la bonne volonté du monde, le maestro échoue à insuffler une quelconque magie à cette histoire d’amitié entre une orpheline et un géant.

Patron du blockbuster, chantre du divertissement de masse (intelligent), orfèvre du storytelling… Depuis le début de sa carrière, avec notamment Duel et Les Dents de la Mer, Steven Spielberg n’a jamais cessé d’offrir à son public des spectacles bigger than life, des oeuvres positivement mainstream conjuguant émotion et entertainment avec une fluidité constante.

Le plaisir coupable de trop ?

Une combinaison qui, à quelques saillies disgracieuses près, a fait de lui un artiste à part qui appartient à tous. L’homme de défi(s) qu’il a toujours été n’a ainsi jamais reculé face à l’envergure de certains projets, surtout les plus fous. Alors, pourquoi se refuser le plaisir d’adapter, pour en avoir rêvé depuis le début des nineties, le roman Le Bon Gros Géant de Roald Dahl ?  

Après Tim Burton, Danny de Vito et Wes Anderson pour les respectifs Charlie et la Chocolaterie, Matilda et Fantastic Mr. Fox, voilà que Spielberg s’est emparé à son tour de l’imaginaire de l’auteur britannique culte. A l’image du récit dont il se base, Le Bon Gros Géant s’articule sur la rencontre entre Sophie, une orpheline, et l’immense créature qui l’embarque un soir dans les méandres de ses contrées.

Là, au coeur d’un ailleurs mi rocailleux mi verdoyant, siègent également des géants passés rois dans l’art de dévorer des mioches une fois que leurs parents ont le dos tournés. Heureusement pour notre héroïne, Le Bon Gros Géant qui l’a prise sous son aile est doté, comme son surnom l’indique, d’une bonté aussi grande que lui. De quoi le marginaliser de ses semblables, voire de faire de lui un souffre-douleur.

Où sont les enjeux ?

Dès lors, comment ces deux êtres cabossés vont-ils renverser l’ordre établi ? Comment uniront-ils leur courage et leurs coeurs afin que plus aucun enfant ne soit dévoré le soir venu ? Telle est la problématique principale de cette relecture qui, hélas, panache l’ensemble des ingrédients Spielberg-friendly dans une cuisine particulièrement écoeurante.

A croire en effet que toutes les planètes de l’univers du cinéaste ont, dès la première minute, refusé de s’aligner pour que soit livré le grand spectacle familial tant escompté. Au-delà de l’embarrassante laideur des personnages, dont celle du héros campé par Mark Rylance, l’alchimie ne fonctionne jamais entre la gamine, rendue insupportable par le jeu de l’urticante Ruby Barhill, et son géant. 

Un humour gras, vraiment gras

En dépit des fantastiques progrès technologiques qui ont (enfin?) permis son existence, cette parenthèse enfantine, qui devrait sans nul doute dérouter plus d’un gosse, se déploie -ô malheur !- à travers une esthétique mal fagotée, hésitante et peu propice au rêve. Que dire des scènes d’action, sacrifiées en deux coups de cuillères à soupe entre deux lignes de dialogues bêtement oecuméniques ?

On le crie à perdre haleine : qu’est-il donc arrivé à Steven Spielberg pour accoucher d’une oeuvre pareille, à l’humour gras, à l’émotion concassée dans le vacarme de géants bêtas et aux enjeux dramatiques aussi épais qu’un papier crépon ? Sans être indigne, Le Bon Gros Géant n’en est pas moins un ratage sur toute la ligne, un rendez-vous totalement manqué entre un auteur et son public. Quel dommage !

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