Les films primés à Cannes en 2015 ont-ils fait trembler le box-office ?

Les films primés à Cannes en 2015 ont-ils fait trembler le box-office ?

BUSINESS - Être sélectionné à Cannes, c’est toujours un événement dans la carrière d’un réalisateur. Et pour son travail l’occasion d’être exposé à un large public, grâce à l’hyper médiatisation du festival le plus célèbre au monde. L’an dernier, quels sont les films qui ont bénéficié (ou pas) de l’effet Croisette ?

Le 69e Festival de Cannes ouvre ses portes mercredi 11 mai, avec pour 21 cinéastes cette année l’opportunité de repartir avec la prestigieuse Palme d’or. La Croisette, c’est certes une compétition. Mais aussi et surtout une fenêtre médiatique monstrueuse qui donnera envie, ou pas, aux spectateurs de découvrir leur travail en salles.

Metronews s’est penché sur la carrière au box-office français des sept films primés l’an dernier par le jury présidé par les frères Coen. Verdict :

► Palme d’or : Dheepan, de Jacques Audiard
En 2009, les fans d’Audiard rêvaient qu’il décroche la Palme pour Un Prophète (elle ira finalement au Ruban Blanc de Michael Haneke). L’an dernier, son Dheepan, portrait d’un Tigre tamoul, confronté à la violence d’une banlieue française, avait laissé une impression mitigée. Et personne ne s’attendait à ce qu’il décroche la récompense suprême. Sorti à la fin de l’été, le film peinera à trouver son public. Avec 662 365 entrées au final, c’est même l’un des plus faibles scores du cinéaste au box-office, dont les trois œuvres précédentes – De battre mon cœur s’est arrêté, Un Prophète et De Rouille et d’Os – avaient toutes franchies la barre du million.

► Grand Prix : Le Fils de Saul, de László Nemes
C’est un pur produit de la Croisette. Couvé par la Résidence de la Cinéfondation, le programme du Festival qui soutient les jeunes cinéastes, le Hongrois László Nemes faisait une entrée fracassante en compétition avec son premier film, plongé suffocante dans l’enfer du camp d’Auschwitz. S’il n’a attiré "que" 200 000 spectateurs en France, Le Fils de Saul a fait le tour du monde. Et remporté en février dernier l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. Avant d’entamer le tournage de Sunset, son deuxième film, Nemes fait cette année partie du jury présidé par George Miller.

► Prix d’interprétation masculine : Vincent Lindon, dans La loi du marché
Au lendemain de la récompense de sa vedette, ce portrait d’un père de famille, confronté à la violence du monde du travail, gagnait 150 salles supplémentaires. D’un film âpre, mais infiniment humain, la Croisette a généré un triomphe inattendu mais mérité. Au final plus d’un million de spectateurs ont applaudi l’un des acteurs les plus engagés du cinéma français devant la caméra sans fioriture de Stéphane Brizé. Sans surprise, le même Lindon était récompensé aux César, en février dernier.

► Prix d’interprétation féminine ex-aequo : Emmanuelle Bercot, dans Mon Roi et Rooney Mara dans Carol
Le dernier film de Maïwenn n’a pas rencontré le même succès que Polisse, prix du jury en 2011, qui avait tutoyé les 2.5 millions d’entrées. Avec 745 000 spectateurs, c’est tout de même un joli succès pour un film intimiste de plus de 2 heures. Avec plus de 460 000 entrées, en revanche, Carol a offert au singulier Todd Haynes signe son plus beau succès en France depuis Loin du Paradis. Pour les deux actrices, en revanche, cette double récompense n’a pas eu de suite. Nommées respectivement au César de la meilleure actrice et à l’Oscar du meilleur second rôle féminin, ni Emmanuelle Bercot, ni Rooney Mara, n’ont été primées après la Croisette.

► Prix de la mise en scène : Hou Hsiao-hsien pour The Assassin
Entre admiration béate et somnolence profonde, le vrai-faux film de sabre du cinéaste taïwanais n’a pas laissé la Croisette indifférente. En salles, c’est le plus gros succès français de son auteur à ce jour, avec plus de 210 000 entrées. Dans son pays, il a glané pas moins de 7 récompenses aux Golden Horse Awards, les César locaux, dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur. Candidat à l’Oscar du meilleur film étranger, il a en revanche été refoulé dans les pré-sélections.

► Prix du jury : The Lobster, de Yorgos Lanthimos
En 2009, le jeune cinéaste grec décrochait le prix Un certain regard avec l’étonnant Canine. Quatre ans plus tard, son premier film en anglais avait les honneurs de la compétition officielle. Cette fable fantastique, où les célibataires risquent de se changer en animal s’ils ne retrouvent pas l’amour, n’a pas totalement convaincu, en dépit de l’excellente performance de Colin Farrell en dépressif bedonnant. Avec plus de 200 000 entrées en France, c’est tout de même un beau succès pour une proposition de cinéma plus audacieuse que la moyenne.

► Prix du scénario : Chronic, de Michel Franco
Comme Lanthimos, ce jeune cinéaste mexicain a remporté le prix Un certain regard – avec Despues de Lucia en 2012 – avant d’être admis dans la course à la Palme d’or. Si on pouvait s’attendre à un prix d’interprétation pour un Tim Roth en aide-soignant hanté par ses patients, ou de la mise en scène pour son regard clinique sur la sénescence, le prix du scénario ressemblait plus à un lot de consolation pour un film radical qui a certainement divisé le jury des frères Coen. En salles, en revanche, c’est la panne : 11 000 spectateurs et des poussières.

► Et les autres alors ?
Rentrer bredouille de Cannes ne signe pas l’arrêt de mort d’un film. Avec 4430 000 entrées, le viril Sicario de Denis Villeneuve signe un score honorable. Boudé par le jury, le réjouissant Youth de l’Italien Paolo Sorrentino avec le virevoltant Michael Caine, a attiré près de 400 000 spectateurs. Avec 470 000 entrées, le Mia Madre de Nanni Moretti a séduit le cercle des fans du réalisateur de La Chambre du fils, Palme d’or en 2001. Applaudi sur la Croisette, le duo Huppert-Depardieu n’a malgré tout pas permis au Valley of Love de Guillaume Nicloux d’attirer plus de 200 000 spectateurs. 

Grosse plantade, en revanche, pour le pompeux MacBeth de Justin Kurzel, avec 88 000 entrées seulement, en dépit des excellents Michael Fassbdender et Marion Cotillard. C’est encore pire pour Marguerite et Julien de Valérie Donzelli, houspillé sur la Croisette, avec 28 000 entrées seulement. Sorti la semaine dernière en France, et rebaptisé Nos Souvenirs, Sea of Trees est l’un des plus mauvais films de Gus Van Sant, Palme d’or 2003 avec Elephant. Et l’un de ses plus gros bides avec 20 000 entrées à ce jour. Logique.

A LIRE AUSSI >> Notre page spéciale consacrée au Festival de Cannes 2016
 

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