Mais qui est le tigre tamoul de “Dheepan”, palme d'or à Cannes ?

Mais qui est le tigre tamoul de “Dheepan”, palme d'or à Cannes ?

PORTRAIT – Magnétique, Antonythasan Jesuthasan est la vedette de "Dheepan", la Palme d'or 2015 de Jacques Audiard. Ce réfugié tamoul, installé en France depuis 1993, incarne un ancien soldat séparatiste qui devient concierge dans un immeuble d’une cité sensible de la banlieue parisienne. Un rôle magnifique qui ressemble (presque) à sa vie. Metronews l’a rencontré sur la Croisette.

L’histoire de Dheepan, c’est aussi la sienne. Dans le nouveau film de Jacques Audiard, Antonythasan Jesuthasan, 47 ans, incarne un soldat séparatiste qui fuit la guerre civile au Sri Lanka pour rejoindre la France avec une femme et une petite fille, qu’il fait passer pour sa famille. Et débarque en banlieue parisienne où il va être confronté à une autre violence, celle des dealeurs qui règnent en maîtres sur la cité. Réfugié politique, en France depuis 1993, Antonythasan avait 16 ans lorsqu’il a rejoint les Tigres de libération de l’Ilâm tamoul. “J’étais volontaire, se souvient-il. Dans un premier temps ils m’ont refusé et il a fallu que j’insiste avant qu’ils ne m’acceptent.”

En 2009, après vingt-sept ans de combats qui auront fait entre 70.000 et 100.000 morts, les séparatistes annonceront la fin de la guerre civile. Le futur comédien, lui, avait quitté le Sri Lanka bien plus tôt, en 1993 précisément, en désaccord avec l’évolution du mouvement. “Au début, notre but était de créer le gouvernement socialiste d’une nation indépendante. Et puis, au fur et à mesure, nos leadeurs ont changé, ils ont oublié nos valeurs pour devenir des seigneurs de la guerre. C’est pour ça que je suis parti. Parce que la violence n’engendre que la violence.”

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En France, Antonythasan va effectuer “tous les petits jobs que vous pouvez imaginer”. Sans-papiers, il distribue des petites annonces dans les halls d’immeuble. Il sera ensuite cuisinier, puis valet de chambre à Disneyland Paris. Dernièrement, il travaillait dans un supermarché. “Lorsque j’aurai épuisé ma paie du film, peut-être que je retournerai faire la plonge dans un restaurant”, dit-il en souriant, avant de préciser que son vrai métier, c’est “écrivain”. Paru en 2001, son premier roman, intitulé Gorilla, raconte ses souvenirs d’enfant soldat tandis que le second, Traitor, évoque le massacre de prisonniers politiques par le gouvernement sri-lankais. Le troisième sortira en juillet prochain.

De son personnage, la révélation du film estime qu’il lui ressemble, “mais à 50 % seulement. Les problèmes rencontrés par Dheepan sont les mêmes que ceux que j’ai rencontrés dans la vraie vie en arrivant en France. La différence, c’est que je n’avais pas la même approche que lui. Dans le film, il garde ses qualités de militant, de soldat. Moi, j’avais complètement rompu avec ce passé guerrier”. Du Sri Lanka, Antonythasan parle avec une pointe d’émotion dans la voix, même si une partie de sa famille l’a rejoint en Europe. “Mon pays me manque, oui. Je pourrais y retourner demain, à condition d’avoir la même liberté d’écrire que celle que j’ai en France. De même que je quitterais la France si je perdais cette liberté.”
 

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