Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il invité le cinéma français à dîner à l’Elysée ?

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DECRYPTAGE – Une centaine de personnalités du cinéma français dînent ce jeudi soir à l’Elysée à l’invitation d’Emmanuel Macron. Une réception surprise qui intervient à l’approche du Festival de Cannes… et au moment où les professionnels du secteur se déchirent au sujet de la réforme de la chronologie des médias, initiée par la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Explications.

Le cinéma français dîne à l’Elysée. A quelques jours de l’ouverture du 71e Festival de Cannes, une centaine de comédiens, réalisateurs, producteurs et autres acteurs du Septième art hexagonal ont accepté l’invitation d’Emmanuel Macron. Parmi eux, Mathieu Amalric, Jeanne Balibar, Emmanuelle Bercot, Monica Bellucci, Guillaume Canet, Sandrine Kiberlain, le président de l’Académie des César Alain Terzian, la patronne de France Télévision Delphine Ernotte, le président de Pathé Jérôme Seydoux et sa petite-fille Léa, qui fera partie du jury, présidé par la star australienne Cate Blanchett.

Contrairement à François Hollande, qui avait l’habitude de recevoir des personnalités du showbiz, sous l’impulsion de la comédienne Julie Gayet, son successeur s’est jusqu’ici tenu à l’écart du petit monde du cinéma français. De même qu’il s’est tenu à distance des popstars. Même Bono ou Rihanna, reçues à l’Elysée , avaient été accueillis sur le perron par son épouse Brigitte et non par lui. Ce dîner, annoncé mardi alors qu’Emmanuel Macron était encore en voyage officiel aux Etats-Unis, se veut officiellement le pendant de celui organisé avec le secteur de la mode, en mars dernier, en marge de la Fashion Week, indique son service de presse.

La chronologie des médias au menu ?

Si la quinzaine cannoise est un événement majeur pour le cinéma français, le timing de cette réception interroge. Alors que les films français résistent vaillamment aux blockbusters américains en salles (43.4% contre 40.6% de parts de marché depuis le début de l’année), notamment grâce aux comédies, une partie des professionnels du secteur déplore ouvertement le manque d’engagement du gouvernement dans la lutte contre le piratage.

La semaine dernière, plusieurs syndicats représentatifs du cinéma indépendant ont ainsi boycotté la  traditionnelle réception donnée au ministère de la Culture en l’honneur des équipes des films en sélection au Festival de Cannes. Dans leur viseur : la périlleuse réforme de la "chronologie des médias", qui édicte les règles de distribution des films, jugée obsolète à l’ère du streaming et de la multiplication des écrans.

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A l’automne dernier, la ministre Françoise Nyssen a confié une médiation avec les différents acteurs du secteur à l’ancien dirigeant du groupe Lagardère Dominique d'Hinnin et à l’ex-directeur du CNC François Hurard. L’objectif ? Réduire le délai entre la sortie d’un film en salles et sa mise à disposition en DVD et en VOD, qui peut atteindre jusqu’à 3 ans dans le cas d’un site de streaming par abonnement comme Netflix. Ce qui est d’ailleurs à l’origine du conflit entre la plateforme américaine et la direction du Festival de Cannes.

En dépit de plusieurs rapports d'étape, ces discussions n’ont pour l’heure toujours par abouti, comme l’ont déploré il y a quelques jours dans une tribune publiée par "Le Journal du Dimanche" des réalisateurs comme Luc Besson, Jacques Audiard,  Radu Mihaileanu ou encore Gérard Krawczyk, qui sera présent jeudi soir à l’Elysée.

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Consciente des attentes, Françoise Nyssen affirmait la semaine dernière vouloir "prendre la main" dans ce dossier chaud, qui traîne depuis quatre ans sur le bureau de son ministère. Mais en off, une partie des professionnels ne se font guère d’illusion. "On pensait qu’on allait en prendre plein les yeux avec Macron aux affaires mais on a eu Nyssen", confiait en début de semaine à "Libération" le patron d’un syndicat de producteurs de cinéma. 

Avec ce dîner de gala, le chef de l’Etat souhaite-il réaffirmer sa confiance envers l’éditrice, régulièrement critiquée pour son manque d’expérience de la politique, y compris jusque dans son propre camp ? Toujours est-il qu’elle devrait monter les marches du Palais des Festivals, dans quelques jours, où quatre films français seront en lice pour la Palme d’or. 

En 2017, les acteurs ont plutôt voté Mélenchon

Emmanuel Macron pourrait également profiter de l'occasion pour redorer son image auprès d’un milieu traditionnellement marqué à gauche. On remarquera qu’aucun des noms qui ont filtré dans la presse ne figurait parmi la liste des soutiens au candidat du mouvement en Marche, en mai dernier. 

Il faut dire qu'hormis François Berléand, Line Renaud et Dany Boon, lequel avait appelé à faire barrage à Marine Le Pen au second tour, la plupart des acteurs "engagés" avait choisi Jean-Luc Mélenchon. C'était le cas de Jacques Webber, Philippe Caubère,  Richard Bohringer ou encore Edouard Baer, le maître de cérémonie de Cannes 2018.

Si la liste complète des convives n’a pas été communiquée, on connaît au moins le nom de l’un de ceux qui a refusé de s’y rendre. Mercredi Hugues Charbonneau, producteur de "120 battements" par minute", a tweeté qu’il déclinait l’invitation. Rien à voir avec la chronologie des médias : il souhaite dénoncer la loi asile-immigration, votée dimanche dernier

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