"The Homesman" : l'amour est dans le western

Festival de Cannes

WILD WILD WEST - Près de dix ans après "Trois Enterrements", Tommy Lee Jones revient derrière la caméra pour un vrai-faux western féministe dans lequel il campe l’un de ces personnages de bourru attachant dont il a le secret. Face à lui une Hilary Swank renversante, comme on ne l’avait pas vu depuis "Million Dollar Baby".

Sacré Tommy Lee Jones. Le Droopy taiseux du cinéma américain a frappé un grand coup avec la présentation dimanche de The Homesman, son nouveau film derrière et devant la caméra. Neuf ans après le baroque Trois Enterrements, qui lui avait valu le prix d’interprétation masculine, "l’autre" man in black embarque le spectateur vers les terres sauvages de l’Ouest américain. Nous sommes en 1855, dans un village reculé du Nebraska où la "célibatante" Mary Bee Cuddy (Hilary Swank) cherche désespérément un mari. Bien vite, la voilà chargée d’accompagner trois femmes, jugées folles, vers leur nouveau refuge en Iowa. Pour l’aider dans sa tâche, elle va réquisitionner George Briggs (Tommy Lee Jones), un pauvre bougre qu’elle sauve de la pendaison. Le début d’un périple étonnant, où le chemin a presque autant d’importance que la destination.

Inspiré du roman de l’écrivain Glendon Swarthout, The Homesman démonte les codes du western pour rapidement dresser le tableau, effroyable, de la condition des femmes à l’ère de la conquête de l’Ouest. A coups de flashbacks, Tommy Lee raconte les violences qui ont poussé les trois bannies à sombrer dans la démence. Ces instants d’une grande violence contrastent avec la relation savoureuse qui s’installe entre Mary et son compagnon de route. Briggs assure qu’il est là pour l’argent qu’elle lui a promis. Mais peu à peu ces deux-là s’apprivoisent, au point qu’un rapprochement paraît évident.

Une romance singulière, plein de non dits

Aux deux tiers du récit, The Homesman est frappé par un immense coup de théâtre qui a dérouté plus d’un spectateur. Sans doute parce que ce drame à la fois ample et intimiste, visuellement chiadé mais jamais tape à l’œil, avance sans cesse sur un faux rythme. Bien sûr qu’il y a des cowboys, bien sûr qu’il y a des indiens, des bons, des mauvais et même des sacrés truands. Mais la force du film réside dans sa faculté à ne jamais perdre de vue la vérité des personnages, plus complexes que leur pudeur ne le laisserait imaginer. Tout en préservant quelques morceaux de bravoure inhérents au genre.

Et puis quels comédiens ! "Independent woman" en mal d’amour, Hilary Swank est d’une justesse absolue tandis que Tommy Lee Jones livre une version à la lisière du burlesque du personnage de vieux bourru qu’il tricote depuis tant d’années. Ce couple de cinéma improbable, mais pas moins talentueux – trois Oscars à eux deux - offre à la Croisette une romance singulière, plein de non dits et d’émotions contenues qui prennent à la gorge lorsque s’achève la projection. S’il laisse une empreinte durable sur le jury de Jane Campion, difficile d’imaginer The Homesman absent du palmarès de ce 67e Festival de Cannes. Sur la plus haute marche ?
 

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