"Valley of Love", la critique : jolie réussite ou triste plantage ?

"Valley of Love", la critique : jolie réussite ou triste plantage ?

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DEBAT - Gérard Depardieu et Isabelle Huppert réunis dans un même film ? Leurs fans en rêvaient, Guillaume Nicloux l’a fait dans "Valley of Love", road movie à la lisière du fantastique présenté en compétition officielle sur la Croisette. Chez metronews, les avis sont partagés. Voilà pourquoi…

POUR : Enigmatique et touchant – Jérôme Vermelin

Ils s’appellent Isabelle et Gérard, ils se sont autrefois aimés, ils ont même eu un enfant ensemble. Michael, photographe homosexuel, s’est suicidé il y a six mois. Avant de partir, il a écrit à ses parents pour leur demander de se rendre dans la Vallée de la Mort, en Californie, afin de se rendre sur différents sites touristiques… Où il promet de leur faire un signe de l’au-delà. De ce pitch ténu, mais intriguant, Guillaume Nicloux signe un film singulier, cinquième et dernière entrée française dans la compétition cannoise.

Un face-à-face savoureux

Isabelle et Gérard, ce sont donc Huppert et Depardieu, sans doute les deux plus grands comédiens de leur génération. Ils ne s’étaient pas croisés depuis Loulou, il y a 35 ans. Leurs retrouvailles paraissent sans effort, bien aidées par des rôles qui semblent avoir été cousus sur mesure. L’un et l’autre sont comédiens, tiens tiens. Elle est aussi glaciale qu’il est bouillant, elle est aussi précieuse qu’il est beauf. Elle est aussi agaçante qu’il est attachant. Leur face-à-face, savoureux, est le pivot de ce vrai-faux road movie qui va longtemps flirter avec le bizarre sans en avoir l’air.

La mise en scène, au diapason, distille un doux malaise, Guillaume Nicloux contrebalançant la beauté de son décor naturel par une bande son oppressante et une série de plans séquences, la caméra collée aux basques des deux comédiens. Si Isabelle Huppert est comme souvent impeccable, mère égoïste, rongée par le remords, Gérard Depardieu épate, Gargantua tragicomique suant son mal être à tous les sens du terme. Leur improbable duo tient en haleine jusqu’au final, énigmatique mais touchant, à la lisière du fantastique. Une vraie surprise.

CONTRE : 100% artificiel - Marilyne Letertre

Les retrouvailles de Gérard Depardieu et Isabelle Huppert, les amoureux de cinéma en rêvaient. Guillaume Nicloux aura exaucé leurs voeux avec Valley of Love, trip américano-métaphysique qui, hélas, se révèle surtout être une fausse bonne idée. Car jamais le réalisateur ne dépasse le dispositif mis en place, consistant à brouiller les pistes entre fiction et réalité, à jouer avec les images publiques de ses deux stars. Gégé ironise ainsi sur son poids et ses chemises ananas tandis qu’Isa intellectualise en mangeant des pastèques et des burgers végétariens.

Un duo déséquilibré

Amusants dans un premier temps, voire attendrissants, tous ces clins d’œil, cette mise en abîme, ne masquent que temporairement la supercherie : à trop se reposer sur son casting, à vouloir épater la galerie, Guillaume Nicloux en a oublié d’écrire un scénario et de vrais personnages de cinéma. La quête de pardon de son "vrai-faux" couple, leur apprentissage du deuil, leurs retrouvailles romantico-morbides désintéressent totalement. Pire : on frise parfois le grotesque.

Si le monstre Gérard Depardieu étonne en effet par tant de sobriété et de retenue, ses efforts sont plombés par Isabelle Huppert dont les envolées hystériques et les fausses notes agacent au plus haut point. Impossible alors de s’attacher à leur histoire, d’être ému par la perte de leur enfant et de croire aux parenthèses "mystiques" qui s’invitent dans le récit. Vallée de l’amour ? Plutôt de l’ennui !

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