"Welcome to New York", la critique : entre tragi-comédie et porno soft

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CRITIQUE – Dévoilé samedi soir sur la Croisette, "Welcome to New York" propose un portrait au vitriol d’un homme de pouvoir, davantage bouffé par sa libido que par les remords. Devinez qui... Souvent comique, par instants tragique, le film d’Abel Ferrara est servi par un Gérard Depardieu sans frein ni pudeur.

C’est sur un grand écran, installé sous la tente d’une plage de la Croisette, que metronews a découvert, avec une poignée de journalistes internationaux, le fameux Welcome to New York, en simultané de sa mise à disposition sur les plateformes VOD. Il est un peu plus de 21 heures lorsque le visage de Gérard Depardieu apparaît sous nos yeux embués par une bonne journée de projos. L’acteur est filmé alors qu’il répond à des questions de journalistes sur sa participation au film d’Abel Ferrara. "Je hais les politiques", martèle notre exilé fiscal bien-aimé. Puis le film s’ouvre sur des images de Washington, où le personnage de Devereaux reçoit dans les locaux du FMI un responsable de la sécurité qui vient l’aider à préparer sa prochaine visite en France.

Entouré de blondes plantureuses à hauts talons, il lui propose de se "mettre à l’aise". Entendez de prendre du bon temps avec l’une des filles du bureau. D’entrée de jeu, Abel Ferrara et son scénariste transforment l’une des plus importantes institutions financières de la planète en lupanar de luxe. Pourquoi pas. Et si l’invité refuse de se lâcher, notre Gégé ne va pas se faire prier. Débarquant dans un grand hôtel de New York, il drague lourdement la jeune femme qui le conduit jusqu’à la suite… où l’attendent deux copains et quelques "copines". Devereaux n’a même pas le temps de retirer son imperméable qu’il entraîne l’une d’elle dans sa chambre pour une petite gâterie.

"Je ne l’ai pas violé, je me suis branlé sur elle"

Premier enseignement de Welcome to New York : on ne voit pas comment le film aurait pu sortir en salles sans une interdiction aux moins de 16 ans. Les scènes de sexe sont crues, très crues, un brin malsaines, voire dérangeantes à moins d’avoir des tendances SM. Dans la nuit, Devereaux reçoit deux grandes brunes qu’il regarde se caresser avant de passer à l’action. Quelques fessées plus tard, c’est le matin et notre homme prend sa douche. Arrive une femme de chambre de couleur, qui le surprend quasi-nu. "Do you know who I am ?", lui demande-t-il avant d’essayer de se jeter sur elle. "Je ne l’ai pas violé, je me suis branlé sur elle", dira plus tard Devereaux à Simone, son épouse éplorée.

Après une première demi-heure très hot, et franchement amusante, Welcome to New York bascule du côté du polar judiciaire. Devereaux déjeune ave sa fille et le petit ami de celle-ci. "Vous baisez bien ?", demande le papa lubrique, avant de partir pour JFK. En coulisses, la police mène l’enquête, et arrête l’homme de pouvoir au prétexte de lui rendre le Blackberry qui l’a égaré. Hormis le témoignage de la bonne, émouvant, puis une scène rigolote où Gégé se met totalement nu devant ses gêoliers, ce n’est pas la partie la plus captivante du film qui reprend du poil de la bête avec l’arrivée de Simone, jouée par Jacqueline Bisset.

Dans le même loft de Manhattan qui a abrité DSK et Anne Sinclair dans l’attente des conclusions du procureur, les deux comédiens, très à l'aise, se livrent un duel tragi-comique sur le mode "Je t’aime moi non plus et tu vas me le payer". Lui explique qu’il n’a rien fait, elle lui reproche d’être né avec un problème qu’il n’a jamais su contrôler. "Jamais voulu", rétorque Devereaux, dont les exploits nous sont rappelés à la faveur des deux flashbacks étonnants.

Flashback sur l'affaire Tristane B.

L’un le voit mettre dans son lit une jeune étudiante en droit métisse, que son père lui a présenté lors d’une expo. L’autre relate la rencontre entre l’homme politique et la journaliste blonde qui vient l’interroger au sujet de la cassette du témoignage de Jean-Claude Méry. Bien vite, on reconnaît un Tristane Banon avec un accent slave, que Devereaux/Depardieu/DSK tente de déshabiller avant qu’elle s’enfuit. "J'ai bien connu ta mère", lui dit-il pour l'amadouer. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé n’est absolument pas fortuite, se dit-on alors. Et pour cause. "Je n’ai pas pensé à lui, mais il était là sans arrêt", a confié Gérard Depardieu au sujet l’ancien ministre après la projection, lors d’une conférence de presse un peu surréaliste, alors que résonnait la musique des soirées alentours.

Welcome to New York n’est pas le meilleur film d’Abel Ferrara, loin de là. Mais ce n’est sûrement pas le plus mauvais. En abordant son personnage comme un libertin, satire, malade, tous les mots conviennent, le cinéaste dresse le portrait d’un homme de pouvoir soudain rattrapé par la monstruosité de ses actes. Mais qui ne peut se résoudre à la surmonter. Pas de regrets envers la femme de chambre, peu envers son épouse, à laquelle il reproche de l’avoir poussé s’autodétruire à force de l’idéaliser. "Je ne suis pas capable d’être président", lâche-t-il, excédé mais lucide. Et si c’était la clé, la seule, de la tristement célèbre l’affaire du Sofitel ?
 

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