Xavier Dolan : "Faire des films, c’est une vie hors du temps"

Festival de Cannes

COUP DE CŒUR – Grâce à "Mommy", un sublime drame centré sur l’histoire d’amour entre une mère et son fils turbulent, le cinéaste québécois Xavier Dolan s’est positionné en tant que grand favori pour la Palme d’or. C’est en tout cas le chouchou de la rédaction de metronews.

Xavier Dolan peut avoir le sourire. Avec Mommy, son cinquième film, il a offert à la Croisette le choc qu’elle n’espérait plus. Comme Michael Haneke avec Amour ou Abdellatif Kechiche avec La vie d’Adèle avant lui, le jeune cinéaste québécois a catapulté la compétition vers des hauteurs insoupçonnées. "Je n’ai pas le sentiment d’avoir passé un cap en faisant ce film", estime pourtant l’intéressé, qui ne veut pas se laisser trop attendrir par les réactions dithyrambiques suscitées par son dernier-né. "J’ai simplement essayé de me concentrer sur l’histoire et son humanité. J’étais obnubilé par l’idée de transmettre une émotion forte".

Depuis ses débuts probants avec J’ai tué ma mère en 2009, ce surdoué du cinéma a fait de la figure maternelle le moteur d’une filmographie forte et cohérente. Et Mommy ne déroge pas à cette habitude artistique. On y suit le parcours d’un adolescent impulsif et hyperactif qui mène la vie dure à Diane, une veuve monoparentale. Cette relation filiale, pleine d’amour et de violence, Dolan a choisi de nous la raconter avec un format visuel carré et innovant. "J’ai opté pour le 1 :1 afin d’être au plus près des personnages, comme pour un portrait, explique-t-il. L’attention du spectateur devait être rivée au centre de l’écran".

Il va reprendre les études à l'automne

La magie de ce drame lumineux réside principalement dans l’alchimie entre la mère (Anne Dorval), le fils (Antoine Olivier-Pilon) et leur voisine (Suzanne Clément), bout de femme taciturne qui va se reconstruire à leur contact autant qu’elle va les aider à panser leurs plaies. "Je voulais qu’on voit les personnages bien plus que les performances, même si je suis très fier de mes acteurs, poursuit-il. J’aime raconter l’histoire de gens différents qui ont des vies différentes. Des personnes ostracisées par le système et peut-être déjà maudites à l’arrivée".

Formidablement dialogué, porté par des comédiens exemplaires, éclairé par une bande son pop et magnifié par son impressionnante photo, Mommy a tout d’une Palme d’or. C’est en tout cas tout ce qu’on souhaite à Xavier Dolan. Après cette escapade cannoise, qu’on espère triomphale, le réalisateur prévient : "J’ai envie de me reposer, d’être avec quelqu’un. Je suis fatigué. Je retourne d’ailleurs aux études (histoire de l’art, ndlr) en automne, ça me manque. Faire des films, ça prend beaucoup d’énergie. C’est une vie hors du monde, hors du temps, on ne voit plus la famille, les amis. C’est beau mais ça consume". Un repos bien mérité.
 

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