Yves Saint-Laurent valait-il deux films ?

Festival de Cannes

CRITIQUE - La presse a découvert ce matin le biopic de Bertrand Bonello sur le couturier, sélectionné en compétition. Et si le film a d’indiscutables qualités formelles, la version de Jalil Lespert gagne le match de l’émotion.

L’histoire
Là où le film de Jalil Lespert brossait un portrait de YSL de son entrée chez Christian Dior à sa disparition, celui de Bertrand Bonello se concentre sur la période 1967-1976 durant laquelle l’artiste, déjà reconnu, traversait de lourds troubles personnels, entre dépression, dilemme sentimental et consommation de drogue, de sexe et d’alcool. Reste évidemment de nombreux dénominateurs communs entre les deux scénarios : la romance "extra-conjugale" de YSL avec le dandy Jacques de Bascher (Louis Garrel), ses troubles psychologiques, ses voyages au Maroc, l’importance de ses muses (Loulou de la falaise incarnée par Léa Seydoux...)

Le parti pris
Le réalisateur de L’Apollonide opte pour une approche plus dark que son prédécesseur et, signe comme le stipulait Gaspard Ulliel à la conférence de presse , "une odyssée dans la tête d’un créateur". Loin du biopic chronologique conventionnel, Bertrand Bonello privilégie en effet le voyage introspectif (et longuet) de l’artiste au lien qui l’unissait à Pierre Bergé (Jérémie Renier). Lequel est ici quasi réduit à l’image de businessman glacial. Un contrepied total avec la version de Jalil Lespert qui centrait les trois quarts de son récit sur la relation entre le créateur et son pygmalion.

L’émotion
En dépit d’images et de séquences absolument fascinantes, sur le visage perdu de Saint-Laurent ou sur ses créations, ce second long-métrage manque d’émotion et d’ampleur romanesque. Peut-être en raison d’une mise en scène qui, à trop chercher l’effet, en devient parfois artificielle, prétentieuse, agaçante. Un reproche que l’on ne pouvait pas faire à Jalil Lespert qui, par ailleurs, titillait davantage notre corde sensible.

Le casting
Charismatique, tourmenté, beau et fragile, Gaspard Ulliel mérite autant d’éloges que Pierre Niney pour sa performance riche et nuancée. Résultat : les deux acteurs, dont la ressemblance vocale est troublante, pourraient bien se retrouver en concurrence aux César pour un même personnage.


 

Lire et commenter