Accident de Kévin Anin : son avocat nous raconte le long combat de l'ancien footballeur

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DRAME - Victime d'un terrible accident de la route en juin 2013, l'ancien milieu de terrain niçois et désormais paraplégique. Après la condamnation, le 14 mars dernier, du chauffeur de la voiture dans laquelle se trouvait Kévin Anin, son conseil, Marc-André Ceccaldi, a expliqué à metronews le quotidien de l'ex-footballeur, désormais rythmé par les soins et de nouvelles échéances judiciaires.

Accepter sa nouvelle vie. Depuis bientôt trois ans et cette tragique nuit du 4 au 5 juin 2013, le destin de Kevin Anin a basculé du quotidien rêvé d'un bon joueur de Ligue 1 à la rudesse d'une existence de paraplégique. "Il s’est endormi à l'arrière d'une voiture en étant footballeur professionnel, il se réveille et il n’a plus ses jambes… C’est presque tellement irréel et brutal que le temps d'adaptation est forcément très long pour lui", nous explique Marc-André Ceccaldi, avocat de l'ancien joueur, spécialisé dans les dommages corporels et le handicap.

En cause, ce terrible accident de la route survenu dans la région de Rouen, au cours duquel le joueur (âgé de 26 ans à l’époque) a été éjecté de ce véhicule qui rentrait d’Amsterdam, victime dans ce choc d’une fracture au niveau de la colonne vertébrale et d'un écrasement de la moelle épinière. Depuis, ses journées sont rythmées par les soins afin de gagner en autonomie et de travailler sur lui-même pour apprivoiser, autant que faire se peut, sa nouvelle condition. Ce long cheminement, l’intéressé ne l’avait d'ailleurs pas encore entamé lorsqu'il avait accepté, sans doute un peu trop tôt, de se confier au "Canal Football Club", quatre mois seulement  après son accident. Une séquence surréaliste, durant laquelle l’intéressé semblait mettre une distance désarmante avec la tragédie qu’il vivait.


"Les capacités physiques qu'il a perdues définissaient son statut social"

"On dit souvent que l’esprit combatif permet aux sportifs de haut niveau de se remettre plus vite, mais c’est aussi à double tranchant, estime Me Ceccaldi. Quand on est architecte ou comptable, même sur un fauteuil roulant, on peut toujours travailler, on conserve un statut social. Pour Kevin, ce n’est plus le cas. Et ce qui est encore plus difficile à accepter pour lui, c’est que ce qui le définissait, c’était ses aptitudes physiques hors-norme…" Considéré comme un des joueurs de L1 à fort potentiel avant le drame, Anin semblait en effet avoir remis sa carrière à l’endroit à Nice, après plusieurs épisodes dépressifs. A tel point, qu'avec son abattement, il avait donné du fil à retordre aux Parisiens le 21 avril 2013, date de son dernier match en L1, et avait même tapé dans l’œil des clubs anglais.

Et c’est là tout l’enjeu du double combat que mène l’ancien Aiglons : celui de s'habituer à sa nouvelle vie de handicapé, tout comme celui d’être dédommagé pour celle de footballeur qu’il a perdue. Car après une première étape judiciaire, mi-mars, qui a vu le conducteur du véhicule, sans permis au moment des faits, être condamné à 18 mois de prison ferme et à 250 euros d’amende, Anin et son conseil se préparent à un autre rendez-vous, peut-être encore plus important. "On est effectivement au milieu du gué, estime encore Me Ceccaldi. Le jugement rendu le 14 mars a apporté une sorte de réconfort à Kevin, car la sévérité de la justice est l’expression du regard que jette la société sur son histoire. Une impunité du conducteur aurait signifié pour lui que tout monde se fichait de ce qui lui était arrivé".

"S'il reste dans une dépendance totale, ce sont des millions d'euros de frais supplémentaires"

Ce n’est donc pas le cas, même si ce volet pénal qui vient de se refermer ne résout pas tout. Reste en effet à la justice civile de statuer sur le montant des indemnités que les assurances devront verser à celui qui émargeait à presque 800.000 euros par an à Nice (le salaire annuel moyen d’un joueur de L1 étant de 540.000 euros). "Le défi, c’est évidemment de faire en sorte que sa rémunération avec l’OGCN soit prise en prise en compte dans la base de calcul, mais surtout d’évaluer les perspectives économiques qu’il aurait eues s’il avait poursuivi sa carrière, explique l'avocat. Et encore, ce n’est qu’une des dimensions du préjudice, puisqu’il faut aussi considérer ses besoins en aide humaine pour les courses, le transport…." Une enveloppe globale pour la vie (en capital et en rente) encore trop difficile à évoluer tant que le Havrais d’origine n’a pas totalement terminé sa rééducation.

Pour l’instant, l’ancien joueur travaille donc encore sur ce que les médecins appellent "les transferts", soit passer de son lit au fauteuil et du fauteuil au lit. S’il ne parvient pas à suffisamment consolider le haut de son corps pour effectuer ces mouvements, Kévin Anin restera donc dans une dépendance totale qui nécessitera une assistance permanente, c'est-à-dire "des millions d’euros de frais supplémentaires", estime son conseil. D’ici à octobre, et la date du renvoi au civil, Anin va donc poursuivre sa reconstruction entre sa maison aménagée du Havre et Paris, où il est suivi. Toujours "combatif", comme le qualifie Marc-André Ceccaldi, puisqu’il n’a de toute façon plus d’autre choix.

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