Ajax-Tottenham (2-3) : en Ligue des champions, Lucas Moura rêve plus grand depuis qu’il a quitté le PSG

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FOOTBALL – Dans la demi-finale de Ligue des champions que personne n’avait vue venir, entre Tottenham et l’Ajax, Lucas Moura, avec son fabuleux triplé de mercredi soir à Amsterdam, est devenu le héros des Spurs. Un joli pied de nez au PSG, qui s’était débarrassé de lui il y a un peu plus d’un an.

"Lucas, c’est un phénomène, comme Messi et Neymar", nous avait lancé, plein d’optimisme et d’enthousiasme en décembre 2012, Raï, ancienne idole du Sao Paulo FC et du PSG, tandis que son jeune compatriote, Lucas Moura, alors âgé de 20 ans, s’apprêtait à quitter l’un pour rejoindre l’autre, exactement comme l’avait fait l’illustre aîné en 1993. Mais le jeune ailier n’est, lui, jamais devenu un capitaine emblématique du club parisien. Au contraire : après cinq années à traîner comme un boulet le prix de son transfert (43 millions d’euros), l’ex-promesse a été bradée (25 millions d’euros) à Tottenham fin janvier 2018...

Depuis que je suis tout petit, j’ai le rêve de gagner la Ligue des champions. J’ai toujours cru que ce moment arriverait...- Lucas Moura mercredi soir

Mercredi 8 mai, à Amsterdam, il a qualifié, quasiment à lui seul, les Spurs pour la finale de la Ligue des champions, en signant un remarquable triplé en demi-finale retour contre l'Ajax, dont le dernier but fut inscrit à l'ultime seconde ! Une performance d'autant plus retentissante que son équipe avait perdu (0-1) la manche aller à domicile la semaine dernière, puis s'était retrouvée menée (2-0) à la pause au retour...

"Depuis que je suis tout petit, j’ai le rêve de gagner la Ligue des champions. J’ai toujours cru que ce moment arriverait. Ce n’est même pas une réponse aux critiques, elles font partie du foot. Non, c’est juste que j’ai toujours cru en moi", a réagi l'intéressé après coup, au micro de RMC Sport, avant de fondre en larmes un peu plus tard en zone mixte, quand un journaliste brésilien lui a remontré son dernier but sur son téléphone. Parce qu'il n'avait pas encore réalisé la portée de son exploit. Son coéquipier, Christian Ekiksen, l'a fait pour lui : "Ce match n'avait rien de tactique. Il s'agissait de cœur, de mentalité et de Lucas Moura. C'est ainsi que nous avons gagné. Il va devenir un héros. J'espère qu'il aura une statue en Angleterre après ça !"

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Il y a une semaine, en conférence de presse à Londres, à la veille du match aller, Lucas Moura savourait simplement sa chance d'être titulaire en attaque. "C'est un rêve pour moi d'être là, avait-il alors déjà souligné. J'en rêvais quand j'étais gamin. Alors je dois croire en moi et donner le meilleur. C'est ma première demi-finale de Ligue des champions..."

Un stade de la compétition qu’il n’avait jamais atteint sous les couleurs parisiennes, et pour cause : depuis que le Qatar a pris les rênes du PSG, le club s’est cassé les dents quatre fois de suite en quarts de finale (de 2013 à 2016), puis trois fois de rang en 8es de finale (de 2017 à 2019). Lucas Moura y a vécu la majorité de ces désillusions, jusqu’à la remontada barcelonaise de 2017. Avant, donc, de rallier les Spurs en tant qu’indésirable, en tout cas sur un constat d’échec.

Un homme de base de Pochettino

En outre, Tottenham, bien que régulièrement dans le quatuor de tête de la Premier League, ne fait pas partie des cadors anglais, ni des favoris supposés de la Ligue des champions, ce qui a dessiné, au moment de son transfert, l’idée d’une régression dans la jeune carrière du Brésilien. Idée par ailleurs accentuée par le fait que sa revente a été consécutive à l’arrivée conjointe de Neymar et Kylian Mbappé à Paris, comme s’il avait fallu se délester d’une quantité négligeable pour faire de la place aux deux stars, celles-là même qui étaient censées emmener le PSG plus loin en Ligue des champions...

Il y a donc quelque chose de très ironique à voir Lucas Moura atteindre, avec Tottenham, cette finale européenne qui fuit le club parisien depuis de longues années. D’autant que l’ailier international, non convoqué pour la dernière Coupe du monde, a connu six premiers mois difficiles, avant de parvenir à gagner, cet été, la confiance de son entraîneur, l’intransigeant Mauricio Pochettino. Lequel en a fait, cette saison, l’un de ses hommes de base.

Nous sommes face-à-face chaque jour à l'entraînement et c'est un vrai cauchemar pour moi. Lucas travaille dur et il met beaucoup d'implication dans ce qu'il fait. C'est un grand joueur.- Son coéquipier Jan Vertonghen

Moins brouillon dans ses dribbles que lors de son époque parisienne, plus régulier dans la performance, plus efficace devant le but aussi, notamment dans les grandes occasions (un doublé contre Manchester United, le but de la qualifications en 8es de la Ligue des champions à Barcelone, un autre à Liverpool, un triplé à Huddersfield fin mars pour propulser les Spurs sur le podium, en tout 15 buts en 42 matchs), polyvalent et désormais dévoué aux plus basses taches défensives dès que son équipe n’a plus le ballon, c’est peu dire que, ces derniers mois, Lucas Moura s’est mis tout Tottenham dans la poche. 

"Nous sommes face-à-face chaque jour à l'entraînement et c'est un vrai cauchemar pour moi. Il travaille dur et il met beaucoup d'implication dans ce qu'il fait. C'est un grand joueur", lui a ainsi rendu hommage son coéquipier Jan Vertonghen, dans les colonnes du London Evening Standard, en écho aux propos de la star Harry Kane qui, dès la fin du mois d’août dernier, constatait, lui aussi : "Certains supporters se demandaient cet été s’il allait rester. Et il est resté, et il a travaillé dur, et il a bien fait. Il mérite sa place dans l'équipe et c'est ce qui compte."

Je suis triste pour le PSG, pour mes amis là-bas.- Lucas Moura mardi

De l’autre côté de la Manche, loin, si loin de son spleen parisien, le Brésilien a toutefois eu quelques mots, lundi 29 avril, pour ses anciens partenaires, éliminés en 8es de finale par Manchester United dans des circonstances invraisemblables : "Paris a très, très bien joué dans ces deux matchs, mais on sait bien que dans le football, si tu joues très bien mais que tu ne marques pas, tu vas le payer après. C’est ce qu’il s’est passé. Paris a raté trop d’occasions. Et après avec un penalty à la fin... C’est vraiment dommage. Je suis triste pour le club, pour mes amis  là-bas. J’essaye de suivre tout le temps Paris. C’est difficile pour eux, même avec les investissements réalisés. Le foot, ce n’est pas facile, ce n’est pas mathématique. On ne va pas gagner tous les trophées, tous les ans."

Des propos élégants auxquels son ami Neymar a répondu mercredi soir, au détour d'une story Instagram : "Très heureux pour toi mon frère ! Tu le mérite tellement, tu es un crack". 

Autant de preuves venues définitivement démontrer que, à Londres, le petit Lucas a bien grandi.

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