Alors, il vaut quoi, le nouveau film de Cristiano Ronaldo ?

Alors, il vaut quoi, le nouveau film de Cristiano Ronaldo ?

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À CHAUD - Metronews s'est rendu ce mardi à l'avant-première du nouveau film officiel dédié à Cristiano Ronaldo, dont la sortie française est prévue le 1er décembre. Critique d'un véritable ovni cinématographique, tout en vrai egotrip et fausse intimité.

À 10h du matin, Madrid s'éveille comme Paris dans la chanson de Jacques Dutronc : le café est dans les tasses et les cafés nettoient leurs glaces, mais au rythme espagnol, c'est-à-dire avec cinq heures de retard. C'est donc avec une certaine surprise que l'on s'est retrouvé dans un centre commercial aux allures de ville fantôme, commerces fermés et lumières éteintes, en se rendant ce mardi à l'avant-première mondiale du film "Ronaldo".

Quatorze mois passés en immersion avec CR7

Un long métrage officiel et très ambitieux, car censé dévoiler l'homme se cachant derrière l'icône médiatique du Real Madrid, en représentation face au PSG à 20h45 en Ligue des champions. Que l'on a forcément regardé avec une grande curiosité.

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Le ton y est immédiatement donné : les premiers plans nous montrent Lionel Messi s'en allant soulever ses quatre Ballons d'or de rang tandis que le Portugais le regarde avec envie. Au-delà de l'aspect autobiographique de l'oeuvre, nous voici donc dans le cœur du sujet. Sur les quatorze mois durant lesquels des caméras ont suivi la star, la conquête de la Ligue des champions ne se voit accorder qu'une poignée de minutes, tandis que les deux Ballons d'or glanés par CR7 sont évoqués durant la quasi totalité du film. Ce qui a le mérite de faire comprendre que cette obsession du joueur pour les distinctions purement individuelles n'a rien d'un mythe.

Une mise en scène grotesque

Le Clasico face au Barça de la fin 2014 ne nous est ainsi présenté que sous cet angle, un de ses amis d'enfance ne parlant que du Ballon d'or avec l'agent Jorge Mendes dans les tribunes pendant le match. Il est donc amusant d'entendre Cristiano Ronaldo, tandis que des images le montrent en train de croiser Lionel Messi sur la pelouse du Bernabeu, oser prétendre que "cette rivalité entre eux a été monté de toutes pièces par la presse". Puis lâcher cette phrase : "Pour moi, il n'est pas un rival mais juste quelqu'un qui me rend meilleur."  La rencontre entre son fils et l'Argentin, en marge de la dernière cérémonie du Ballon d'or , sera d'ailleurs encore le prétexte d'une opposition symbolique.

Son fils, justement, constitue l'autre élément central de ce story-telling bien ficelé, à la réalisation efficace. Le mystère de l'absence de la mère est vite évacué. "Ce n'est pas grave. Mieux vaut n'avoir qu'un père plutôt qu'être orphelin", se contente de dire CR7. Qui fait faire des abdos au bambin ou l'interroge sur les caractéristiques de ses (nombreuses) voitures dans des scènes procurant un certain malaise. Pour le reste, Ronaldo fait tout pour se vendre en papa poule, n'hésitant donc pas à faire participer l'enfant à une mise en scène confinant au grotesque.

C'est même le principal reproche à adresser au film dans sa globalité : tandis que les personnes filmées feignent toutes d'ignorer la caméra, elles ne parviennent pas (du tout) à cacher qu'elles adaptent leur comportement à sa présence. Ce qui rend les séquences familiales ou entre amis (Cristiano joue aux cartes ou chante du Rihanna dans un avion) très peu crédibles et renvoie au mot "réaliste" employé quatre fois par l'attaché de presse d'Universal Espagne avant la projection... Tout est survendu et cela nuit finalement à la révélation de la facette jusqu'ici effectivement cachée du joueur, celle d'un homme drôle et sympathique, mais terriblement seul et écrasé par le poids de sa notoriété.

"S'ils y avait deux ou trois Cristiano Ronaldo dans l'équipe..."

Juste avant sa présentation hollywoodienne devant 90 000 personnes au Bernabeu, au moment de son transfert à Madrid, on le voit ainsi tirant la langue adossé à un mur du couloir menant au terrain, contrit d'angoisse... Puis livrer un show hyper carré devant les caméras. La mort de son père, alcoolique, est aussi évoquée sans fards et avec émotion. Comme l'addiction à la drogue d'Hugo, son frère, ex-collègue du paternel dans le bâtiment, à qui il confiera la gestion de son musée personnel.

Un Hugo que Jorge Mendes serrera dans ses bras lors d'un dîner après l'avoir excessivement complimenté (les convives crieront : "Un Oscar ! Un Oscar !")... L'agent, lui, n'apparaît malheureusement que sous l'angle qu'on connaît : un tchatcheur de génie suspendu à son téléphone, qui en fait tout le temps des caisses. Cristiano dit de lui : "Il est le Cristiano Ronaldo des agents."

Car oui, Ronaldo parle beaucoup de lui, et de nombreuses fois à la 3e personne. L'aspect le plus rebutant de sa personnalité transparaît lorsque le film s'attarde sur le parcours du Portugal, éliminé au premier tour de la Coupe du monde 2014. On l'entend alors dire : "J'aurais pu partir en vacances pour soigner ma lésion mais je suis comme ça. C'est ma seule faiblesse. J'ai envie d'aider l'équipe alors je sacrifie ma carrière pour elle." Ou encore : "S'il y avait deux ou trois Cristiano Ronaldo en sélection, ce serait beaucoup plus confortable pour moi." Le film accomplit ainsi involontairement sa mission en nous montrant le fond du personnage : à force de vouloir se convaincre qu'il est parfait, le joueur finit par en devenir méprisant. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est à voir.

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