Antoine Kombouaré : "Ça reste mon PSG"

Football

INTERVIEW - Antoine Kombouaré (50 ans) est un homme de peu de mots. Pourtant, l'actuel coach de Lens, longtemps passé par le PSG, s'est livré comme jamais dans "Paroles d'un footballeur kanak", ouvrage autobiographique paru lundi (ed. Au vent des îles). L'occasion rêvée pour un entretien fleuve en tête à tête.

C'est presque chez lui que metronews a rencontré Antoine Kombouaré. Là, dans l'impressionnante Maison de la Nouvelle-Calédonie, en plein cœur de Paris, entre les totems sculptés sur place en hommage aux tribus et les aquariums par dizaines, le seul entraîneur kanak à ce jour, à l'aise comme un poisson dans l'eau, a bien voulu évoquer ses racines, sa vie et le football au sens large du terme. Entretien rare avec un homme très secret.

La question centrale du livre porte sur l'identité kanak. Comment la définiriez-vous ?
Ce sont des valeurs d'écoute, d'humilité, de respect. La transmission se fait par la parole : il n'y a pas d'écrit dans notre civilisation. Ce sont les anciens qui décident. Et puis il y a ce besoin de partir. La mer se trouvait à dix mètres de ma maison. Forcément, on se demande ce qu'il y a derrière l'horizon. J'ai beau être attaché à ma terre, j'ai tout de suite voulu partir. Pour réussir et nourrir ma famille.

Joueur, votre principale arme était votre rage. Entraîneur, vous parlez souvent de "combat". N’y a-t-il pas un paradoxe avec cette identité kanak emprunte de douceur ?
L'océanien vient d'un peuple de guerriers ! Culturellement, il faut se battre, s'affirmer. Je suis un impulsif, ça peut partir très loin, pour un mot de travers. Chez nous, il n'y a pas de second degré. À mon arrivée au centre de formation de Nantes, il m'a fallu plusieurs années pour comprendre le chambrage. Mon entraîneur, Jean-Claude Suaudeau, m'a souvent convoqué pour me recadrer... Il connaissait bien Tahiti et la culture du Pacifique. Il comprenait le déchirement lié à l'éloignement et il m'a laissé le temps d'apprendre les codes du métier. Puis à les distinguer du reste de la vie.

Vous racontez que votre départ très jeune pour la métropole a fait beaucoup souffrir votre mère. Comment avez-vous pu bâtir une telle carrière en faisant abstraction de ce poids très lourd ?
Ma maman ne voulait pas que je parte mais c'est ma grand-mère qui a eu le dernier mot. Ça s'est fait dans les règles et après, la famille l'a beaucoup soutenue. Mais je crois que cette séparation a causé, ensuite, ses problèmes de santé. C'était très très dur. J'étais son fils unique et elle ne comprenait pas qu'on puisse être payé pour taper dans un ballon. Heureusement, j'ai pu la faire venir jusqu'à moi. Elle a rencontré mon épouse et surtout mes enfants. Ça n'a pas mis fin à sa souffrance mais, au moins, elle était rassurée. Et puis, les gens de chez nous étaient fiers de moi. Ça l'a aussi réconfortée.

Vous avez travaillé durant onze ans au PSG, comme joueur puis entraîneur. Reconnaissez-vous toujours ce club ?
Ses moyens ont évolué. Mais ça reste mon PSG parce que c'est une suite logique. La France devrait d'ailleurs remercier le Qatar tous les jours. Aujourd'hui, on parle de la Ligue 1 dans le monde entier. Qui aurait pu imaginer Beckham et Zlatan à Paris ? Les gamins rêvent de jouer dans les grands clubs. J'aurais aimé y rester mais j'ai aussi vécu mon éviction en 2011 comme un soulagement. Je ne regrette rien. Aujourd'hui, quand on se voit avec Nasser (le président, ndlr), on s'embrasse.

Quel regard porte le formateur que vous avez été à Paris sur les récents départs de Sakho ou Coman ?
Le PSG aura de plus en plus de mal à sortir des jeunes . Un entraîneur est jugé sur ses résultats immédiats et, quand il dispose de tels moyens, normal qu'il recrute des joueurs confirmés. La plupart des clubs riches n'ont pas le temps de former. À Lens, on sort des jeunes parce qu'on n'a pas le choix. Croyez-moi, je ferais autrement si je pouvais. Après, Paris voulait garder Coman. Il a répondu aux sirènes de la Juventus. Rabiot a refusé de prolonger cet été parce qu'il voulait plus d'argent. Non seulement ces jeunes sont impatients mais ils sont très sollicités. Moi, quand je les coachais, je leur demandais d'être patients. Mais il y avait des agents qui venaient me demander des comptes, par rapport à leur temps de jeu... Ils ne sont même plus heureux de s'entraîner là !

Certains jugent encore votre ami Laurent Blanc sous-dimensionné pour le poste d'entraîneur du PSG. Est-ce injuste ?
Ce sont des conneries. Ça m'embête d'entendre ces critiques. Ce n'est que sa deuxième année. Pourvu qu'il gagne la Ligue des champions, ça les fera taire. Moi, je suis son premier fan.

Vous vous êtes dit "humilié" par les déclarations de Willy Sagnol . Pourtant dans votre livre, à travers votre expérience en Arabie saoudite, vous décrivez le "joueur typique arabe"...
Moi, j'en suis resté aux qualités de ces joueurs-là, l'habileté technique pour porter le ballon, le gabarit fin qui permet de beaucoup courir. Il n'est pas question du fait qu'ils ne coûtent pas cher, par exemple. D'ailleurs, on parle généralement de culture tactique, jamais d'"intelligence"...

Pourquoi être resté à Lens alors que tant de promesses n’ont pas été tenues depuis cet été  ?
J'ai signé un contrat (jusqu'en 2016, ndlr) et je le respecterai. On est 19es et on fera tout pour s'en sortir. Ma seule condition, c'était de rester en Ligue 1, quels que soient les moyens. Même si on n'a finalement pu recruter personne, je fais le boulot. Ce handicap ne doit pas être une excuse. Malgré les mauvais résultats, les soucis financiers, les joueurs et moi avons la banane ! L'avantage de la jeunesse, c'est son insouciance. Se sauver dans ce contexte serait fantastique. L'idée me plaît bien.

Y a-t-il encore des équipes que vous rêvez d'entraîner ?
Non ! Je ne pense jamais à demain. L'Angleterre m'attire mais si je n'y vais pas, ça ne changera pas ma vie. Et puis, Lens et son incroyable ferveur, son identité ouvrière, c'est une ambiance superbe, qui ressemble beaucoup au foot anglais. Un retour au PSG ? Plutôt en Nouvelle-Calédonie (rires) ! Sélectionneur ? C'est un métier de retraité, comme je dis. Moi, j'ai besoin de travailler au quotidien.Vous savez, je vis déjà un rêve. Je viens d'une petite île de 1200 habitants, l'île des Pins. J'ai longtemps joué dans un tout petit club de la banlieue de Nouméa. Je n'ai jamais rêvé d'être professionnel. Je suis venu à Nantes pour faire des photos avec les stars, Bossis, Amisse, qui venaient de disputer la Coupe du monde 1982 avec l'équipe de France à l'époque... Je ne pensais même pas rester.

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