Arsenal-Chelsea : l'organisation de la finale de la Ligue Europa en Azerbaïdjan tourne au fiasco

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FOOTBALL – La finale 100% anglaise de la Ligue Europa, entre Arsenal et Chelsea, se tient, mercredi 29 mai (21h) à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. Un choix de l'UEFA qui a provoqué de gros remous.

Ce qui distingue le football du commun des sports collectifs, ce qui fait tout son charme un peu canaille, c’est l’impossibilité totale, malgré tous les rapports de forces supposés, de prédire un résultat. Pourtant, un sentiment particulier domine, ces derniers jours, l’avant-match précédant la finale de la Ligue Europa se tenant ce mercredi soir et opposant deux clubs londoniens, Arsenal et Chelsea : celui d’une irrémédiable défaite. Quoi qu’il arrive sur le terrain. En cause : le choix de l’UEFA (l'Union des associations européennes de football) d’organiser cette finale à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, qui a déjà eu plusieurs fâcheuses conséquences.

En premier lieu desquelles l’absence d’un des attaquants titulaires d’Arsenal, bien que celui-ci ne soit ni blessé, ni suspendu. Non, en l’occurrence, le problème est la nationalité arménienne d’Henrikh Mkhitaryan, qui l’a poussé à déclarer forfait. "Après avoir examiné toutes les options à notre disposition, nous avons dû prendre la difficile décision de renoncer à ce que je fasse partie du voyage avec l'équipe," avait tweeté l’intéressé le 21 mai pour l’annoncer.  Avant d'ajouter : "Disputer une telle finale est une occasion qui ne se présente pas tous les jours pour un joueur et je dois admettre que c'est un déchirement pour moi de ne pas pouvoir y participer." 

Le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, deux pays voisins du Caucase, dure depuis près de 30 ans, et porte sur l’épineuse question du Nagorny-Karabakh, une région à majorité arménienne qui a proclamé son indépendance en 1991 mais reste reconnue par la communauté internationale comme faisant partie de l’Azerbaïdjan. Un cessez-le-feu a été conclu en 1994, après une guerre ayant fait 30.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés, mais aucun traité de paix n'a jamais été signé et des heurts se produisent régulièrement à la frontière, dont le dernier, en avril 2016, a fait au moins 110 morts.

Mkhitaryan privé de finale... et de soutien

"Nous sommes très tristes de voir qu'un de nos joueurs manque une finale européenne majeure dans de telles circonstances", a, pour sa part, déploré Arsenal, qui n’a pu que prendre acte de "la décision personnelle" d’Henrikh Mkhitaryan , ne s’estimant pas en sécurité malgré les promesses de Bakou qu’il ne ferait l’objet d’aucune menace. Son club a ensuite eu dans l’idée de faire porter aux autres joueurs un maillot d’échauffement floqué du nom de l’Arménien, mais l’UEFA le lui a interdit, au motif que son règlement interdit... que l’on mêle la politique au football, d'une quelconque manière.

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Régulièrement accusé par les ONG de défense des droits humains de bafouer les libertés et de réprimer ses opposants, le pouvoir azerbaïdjanais a investi des millions d'euros ces dernières années pour redorer son image avec des événements internationaux dans sa capitale aux gratte-ciels rutilants, de l'Eurovision au Grand Prix de Formule 1, et donc, désormais, la finale de la Ligue Europa.

Problème de places

La tenue du match dans cette ville distante de 4.610 km de Londres a eu un autre impact non négligeable : en effet, alors que le stade olympique de Bakou a une capacité de 70 000 places, seulement 12.000 billets ont été mis à disposition des deux équipes pour leurs supporters, qui s’en sont plaint publiquement. Plus problématique encore : 5.500 de ces 12.000 places ont ensuite été renvoyées à l'UEFA car n’ayant pas trouvé preneurs. À se demander qui prendra place dans les travées, en dehors des partenaires commerciaux invités par l’instance européenne et les officiels du régime de Bakou...

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Enfin, il est à noter que, lors de l’ultime entraînement avant la finale, se tenant rituellement la veille au soir sur la pelouse où le match se jouera, une scène fort singulière s’est déroulée, voyant l’entraîneur de Chelsea, Maurizio Sarri, quitter la séance avant son terme, ostensiblement furieux. Les médias anglais en ont d’abord déduit qu’une prise de becs entre ses joueurs et lui venait d’avoir lieu, mais le coach a ensuite expliqué que c’est la présence des caméras bien au-delà des 15 minutes autorisées avant le traditionnel huis-clos qui a provoqué sa colère, parce qu’elles l’ont empêché de travailler discrètement les coups de pied arrêtés. Soit un énième couac lié à l’organisation en soi de cette finale à Bakou. En attendant le prochain ?

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