Bayern Munich-Atlético de Madrid : "On ne pourra pas parler d’échec de Pep Guardiola, même en cas d’élimination"

Bayern Munich-Atlético de Madrid : "On ne pourra pas parler d’échec de Pep Guardiola, même en cas d’élimination"

LIGUE DES CHAMPIONS – Arrivé sur le banc du Bayern Munich en 2013 après le fabuleux triplé de Jupp Heinckes, et après avoir lui-même tout gagné au FC Barcelone, Pep Guardiola joue très gros ce mardi soir face à l’Atlético de Madrid, en demi-finale retour. Auteur d’une riche biographie de l’entraîneur (Guardiola, éloge du style, ed. Hugo Sport), Thibaud Leplat détaille déjà la trace que le Catalan laissera en Bavière. Quoi qu’il arrive.

Imaginons que le Bayern ne gagne pas ce mardi contre l’Atlético. Pep Guardiola quitterait donc le club sur trois échecs de suite en demi-finales de la Ligue des champions. Qu’est-ce qui resterait alors de son passage à Munich ? 
Sa faculté d’adaptation. Il y a assez peu d’entraîneurs qui peuvent s’enorgueillir de perdre en demi-finales à chaque fois. Sur sept saisons, en deux clubs, il a été six fois champion. Récemment, il a dit pour la première fois : "Si vous voulez parler de chiffres, on va parler de chiffres. C’est moi qui suis devant tout le monde." Il est à plus de 150 victoires. Ce n’est pas possible de parler d’échec. Qui était Bernat avant Guardiola ? Qui était Coman ? Qui était Douglas Costa ? On a même découvert Lahm sous un nouveau jour grâce à lui. Sans parler d’Alaba, qui a élargi sa palette.

Les dirigeants du Bayern l’ont recruté pour la Ligue des champions…
Mais ils voulaient le garder ! Ça fait des années que son pote Txiki (Begiristain, directeur technique de Manchester City, ndlr) l’appelle pour le faire venir, avant même qu’il vienne au Bayern. C’est Guardiola qui décide de partir parce que Txiki lui a donné carte blanche. Et puis je sais par d’autres voix qu’il estime avoir fait le tour de la Bundesliga. Il a formé tous les entraîneurs là-bas. Toutes les équipes allemandes jouent comme le Bayern maintenant. Il a envie de se confronter à d’autres écoles de jeu, pour progresser. Qui aurait pu dire que City allait se retrouver dans le dernier carré cette année ? Personne n’avait imaginé, à l’inverse, que le Barça n’y serait pas. Et lui, malgré l’adversité et les attentes, arrive toujours à se hisser à ce stade. Il faut mesurer sa trajectoire, pas les résultats ponctuels. Les meilleurs matchs de Ligue des champions, ces derniers mois, ce sont toujours ceux du Bayern. Ce n’est pas un hasard. C’est la seule équipe qui propose quelque chose.

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Est-il quand même permis de douter du fait que la méthode Guardiola soit exportable ailleurs qu’à Barcelone ?
Il suffit de regarder Dortmund. Tuchel s’inspire plus de Guardiola que de Klopp (son prédécesseur, ndlr). Tous les entraîneurs allemands, y compris le sélectionneur Joachim Löw, se sont inspirés de Guardiola. Et il va se passer la même chose en Angleterre. Pas parce qu’il est plus beau ou plus intelligent que les autres, mais parce que c’est le seul qui réfléchit au football. Avec Simeone. Qui a d’ailleurs pris le vocabulaire de Guardiola, pour transformer le béton en quelque chose d’un peu sexy, en sentiment d’appartenance. C’est complètement raccord avec l’Atlético, pour le coup. On n’a pas l’impression que ça vient de l’extérieur. Mais, malgré tout, son équipe ne joue pas au football. On est même face à une situation critique où l’école du beau jeu ressuscitée par Guardiola est en train de souffrir, notamment à cause de l’Atlético.

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Mais, avant même de voir la demi-finale retour, on sent que son message n’est jamais vraiment bien passé au Bayern, par rapport aux supporters et aux dirigeants. Où se situe le blocage selon vous ?
Le scepticisme existait avant Guardiola et il a simplement perduré. On ne peut pas convaincre des gens qui ne veulent pas être convaincus. Que Beckenbauer (ancien capitaine du Bayern devenu dirigeant, ndlr) fasse des remarques sur le style de jeu du Bayern, c’est à mourir de rire. Le Bayern de Beckenbauer jouait déjà comme sous Guardiola, avec Gerd Müller en faux 9 qui décrochait, Breitner qui occupait un peu tous les postes comme Alaba, et Beckenbauer qui orchestrait des remontées de balle similaires. L’obstination de Pep a toujours dérangé, mais il n’y a pas de génie sans obsession. Il y aussi beaucoup de mauvaise foi de la part des supporters du Bayern qui connaissent mal leur histoire. S’ils regardaient les matchs, ils verraient que leur club jouait déjà de cette manière dans les années 1970 et qu’il ne jouait pas le contre. En fait, ils veulent juste que le Bayern gagne à chaque fois. Mais, évidemment, on ne peut pas toujours gagner. Tout ça, ce sont des idées reçues. Un problème vu par des gens tel qu’ils avaient envie de le voir.

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Quand on voit le triplé du Barça de Luis Enrique en 2015, on peut penser que les résultats de Guardiola dépendaient surtout de Messi , non ?
Il faut retourner la question. C’est parce que le Barça jouait de cette manière que Messi est devenu ce qu’il est. Et inversement. On ne peut pas le séparer de Guardiola, qui est lui-même issu du Barça. Penser qu’il faut faire de la place au talent est une erreur. C’est en jouant au ballon que le talent émerge. Douglas Costa, aucun grand club européen n’en voulait ! On l’a découvert au Bayern, comme Coman, prêté par la Juve. On s’est mis à voir ces joueurs selon une certaine manière d’interpréter le football. Dans le système très contraignant de Guardiola, il s’agit pour ces joueurs d’avoir énormément de liberté dans un espace réduit. Dès que Guardiola arrive sur le banc, Messi devient titulaire, meilleur buteur et Ballon d’or. Avant, avec Rijkaard, il n’était même pas titulaire. Et regardez-le avec l’Argentine... Il ne peut pas jouer le contre. Mettez-le au Real, on va rigoler. Au Bayern, sans Messi, Guardiola est obligé d’être plus créatif. Douglas Costa et Coman compensent à eux deux l’absence d’un grand Robben. C’est beaucoup plus intéressant.

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