Bulgarie-Angleterre : entre cris de singe et saluts nazis, la soirée où Sofia a perdu la raison

Football

RACISME - Lundi soir, l'Angleterre a écrasé la Bulgarie (6-0) dans le cadre des éliminatoires à l'Euro 2020. Mais le résultat de la rencontre, qui s'est déroulée à Sofia, passe au second plan après les incidents racistes ayant provoqué une double interruption du match. Une nouvelle polémique qui n'est pas restée sans réponse.

Cette fois-ci, c'en est trop. La ligne rouge du racisme a été franchie. Lundi 14 octobre, une frange du public présent à Sofia pour Bulgarie-Angleterre (0-6), rencontres comptant pour les éliminatoires de l'Euro 2020, a complètement perdu les pédales. Dans un match que les "Three Lions" dominaient largement (4-0 à la pause), les joueurs anglais Tyrone Mings, qui honorait sa première sélection, Marcus Rashford et Raheem Sterling ont enduré des cris de singe et des saluts nazis descendus des tribunes du stade Vassil-Levski. À deux reprises, la rencontre a dû être interrompu - 27e et 42e minute - en première période.

Conformément au protocole que l'UEFA a mis en place, l'arbitre Ivan Bebek a d'abord fait faire une annonce par le speaker du stade demandant aux fans bulgares de cesser les comportements à la demi-heure de jeu. Il a ensuite eu une longue discussion avec les officiels et les deux équipes sur l'attitude à adopter. La décision a finalement été prise de jouer les six minutes de temps additionnels jusqu'à la pause, pendant laquelle le capitaine bulgare Ivelin Popov est allé discuter avec ses supporters. Au retour des vestiaires, la partie a pu reprendre sans heurts, le groupe incriminé ayant été exfiltré du stade Vassil-Levski.

Désolé que la Bulgarie soit représentée par de tels idiots- Raheem Sterling, l'attaquant de l'équipe d'Angleterre

"Sur le terrain, j'ai clairement entendu les chants, mais je pense qu'on a apporté une belle réponse, montré un bel esprit d'équipe et laissé le football parler", a réagi au micro d'ITV Tyrone Mings, qui n'avait d'ailleurs "jamais vu ça". Dans une série de tweets, son coéquipier Raheem Sterling - auteur d'un doublé - s'est dit "désolé que la Bulgarie soit représentée par de tels idiots dans leur stade". Le sélectionneur de l'Angleterre, Gareth Southgate, qui a dénoncé une "situation inacceptable", a salué le travail des arbitres. "Les officiels ont été très réactifs", a-t-il souligné. "Nous leur avons rapporté immédiatement ce que nous avons entendu, nous avons été en communication constante avec l'officiel au bord du terrain et les arbitres."

Pour répondre à l'attitude abjecte des locaux, qui s'étaient déjà fait remarquer lors du match aller à Wembley (4-0) le 7 septembre dernier, les fans anglais ayant fait le déplacement à Sofia ont eu "la plus belle réponse" avec un chant. "Qui a mis le ballon dans les filets des racistes ? Raheem fu**ing Sterling", ont-ils lancé en en direction des individus responsables, encagoulés ou à visages découverts. 

Une récidive préoccupante

Invité à s'exprimer sur les incidents, le sélectionneur bulgare Krasimir Balakov s'est défaussé en niant tout abus raciste. "Personnellement, je n'ai pas entendu les chants auxquels vous faites référence. J'ai simplement vu l'arbitre arrêter deux fois la rencontre", a-t-il commenté. "Mais je dois dire que cette attitude insupportable n'était pas seulement du côté des fans bulgares, il y en a eu aussi chez les supporters anglais qui ont sifflé l'hymne bulgare et qui ont eu des mots inacceptables envers nos fans en deuxième période. Pour être honnête, ça ne nous était jamais arrivé avant. (...) S'il est avéré qu'il y eu du racisme, nous sommes désolés. Mais laissez-moi vous dire que tout ceci n'était jamais arrivé jusqu'à ce match." 

Reste que s'il semble l'avoir "oublié", ces actes répréhensibles étaient bel et bien redoutés dans un stade déjà frappé d'un huis clos partiel en raison d'insultes racistes proférées contre le Kosovo en juin. Une tribune de 5000 places avait justement été fermée pour la réception de l'Angleterre. 

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Avant le match, plusieurs joueurs de la sélection anglaise avaient fait part de discussions dans le vestiaire sur l'attitude à adopter en cas d'insultes racistes. Certains, comme l'attaquant de Chelsea Tammy Abraham, plaidant pour un départ sans condition de la pelouse. Mais si le match est allé à son terme, dans un communiqué posté sur Twitter, la Fédération anglaise de football (FA) a sollicité l'UEFA, qui régit le football en Europe, réclamant l'ouverture d'une "enquête urgente" à propos des incidents racistes survenus en Bulgarie. Elle souligne également que "ce n'est pas la première fois" que les joueurs anglais sont confrontés à de tels faits, rappelant l'épisode du Monténégro-Angleterre (1-5) disputé en mars dernier.

Emboîtant le pas à la FA, à la presse britannique scandalisée et à une classe politique révoltée, le Premier ministre Boris Johnson a dénoncé un racisme "ignoble qui n'a pas sa place dans le football". Selon le porte-parole du 10 Downing Street, il a demandé "une enquête urgente suivie de punitions fermes" et appelé l'instance européenne à "regarder les faits" : "Cette tâche sur le football n'est pas traitée de manière adéquate. Il faut débarrasser une fois pour toute le football du racisme et de la discrimination." 

Une démission actée... et des sanctions à venir ?

Les autorités bulgares sont elles aussi montés au front. Mardi 15 octobre au matin, le Premier ministre Boïko Borissov a réclamé la "démission immédiate" du président de la Fédération bulgare, Borislav Mihaylov. "Il est inadmissible que la Bulgarie, l'un des pays les plus tolérants du monde soit associée à la xénophobie, alors que des personnes d'ethnies et de religions différentes y vivent ensemble en paix", a écrit sur Facebook le chef du gouvernement. Ce qui a finalement été officialisé par la Fédération qui explique, dans un communiqué, que la décision de le relever de ses fonctions "résulte des tensions survenues ces derniers jours, dommageables au football bulgare et à la Fédération du football bulgare".

Ce premier acte fort devrait en appeler d'autres. La Bulgarie pourrait avoir encore des comptes à rendre. Par la voix de son président Aleksander Ceferin, l'UEFA a assuré qu'elle est "déterminée à tout faire pour éliminer" le racisme du football, soulignant que ses sanctions étaient "parmi les plus sévères". En témoigne la suspension du gardien ukrainien Kostiantyn Makhnovskyi pour dix matches pour "comportement raciste" lors d'un match de tour préliminaire de la Ligue Europa en août dernier. "La famille du football doit travailler avec les gouvernements et les ONG pour déclarer la guerre contre les racistes", a-t-il poursuivi. "Les Fédérations ne peuvent pas régler le problème seules. Les gouvernements doivent aussi faire plus." En fin d'après-midi ce mardi, l'UEFA a annoncé l'ouverture d'une procédure contre la Bulgarie.

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