Canal+ a-t-elle raison d'accuser BeIN Sports et le PSG de conflit d'intérêts ?

Canal+ a-t-elle raison d'accuser BeIN Sports et le PSG de conflit d'intérêts ?

DirectLCI
MÉDIAS - Ce n'est un secret pour personne : le PSG et BeIN Sports sont financés par les capitaux qataris et dirigés par le même homme : Nasser Al-Khelaïfi. Une situation qui a toujours alimenté les soupçons de conflit d'intérêts, au point que Canal+ a entamé ces derniers jours des démarches auprès des pouvoirs publics pour interdire à son concurrent de diffuser la Ligue 1 à l'avenir. Mais cette accusation est-elle fondée ?

"Ce n'est pas le président du PSG qui ne veut pas, c'est celui de BeIN Sports !" Ce 23 octobre 2012 au stade Maksimir de Zagreb, à la veille de Dinamo-PSG, Leonardo plaisante. Mais seulement à moitié. Car celui qui se tient alors à ses côtés, tout de noir vêtu et exhibant un sourire émail diamant, n'est autre que Nasser Al-Khelaïfi, patron du club parisien et de la chaîne BeIN Sports. Abordés par Darren Tulett, un journaliste de cette dernière, pour une interview le lendemain, les deux hommes se montrent bien moins farouches qu'avec d'autres. De quoi y voir un soupçon de connivence ? C'est en tout cas ce que continue de penser Canal+ qui, selon Les Échos ce mardi , a demandé aux pouvoirs publics que l'on interdise à la filiale d'Al-Jazeera Sports de participer au prochain appel d’offres des droits de la Ligue 1 en 2015. En cause : un supposé conflit d'intérêts.

"Le Qatar, à la fois propriétaire du PSG et d’une chaîne diffusant la Ligue 1, cumule les qualités de vendeur et d’acheteur des droits audiovisuels de la Ligue 1, stipule ainsi une note blanche transmise au Conseil d'État par la chaîne cryptée durant les vacances de Noël, et que le quotidien économique s'est procurée. Le Qatar peut exercer une influence déterminante sur le commercialisateur. Y a-t-il beaucoup de marchés où un même groupe est à la fois vendeur et acheteur de droits avec, en plus, une présence au sein de la structure qui commercialise ? Cela nous paraît discutable." Canal suggère donc à l'institution publique la promulgation d'un décret interdisant à une chaîne propriétaire d’un club de football de participer à un appel à candidatures de la Ligue de football professionnel (LFP).

BeIN Sports logé à la même enseigne que ses concurrents ?

Il ne faut pas se leurrer : la chaîne, diffuseur exclusif du Championnat de France de 1991 à 2006 tandis qu'elle était elle-même propriétaire du PSG, ne se bat au nom de glorieux principes, mais pour préserver sa poule aux œufs d'or. La surface financière quasi illimitée du Qatar ne peut que conduire, à terme, à une razzia de BeIN Sports sur ces droits de diffusion. Rappelons d'ailleurs que Canal+ avait déjà attaqué la chaîne financée par les capitaux qataris pour concurrence déloyale. Reste que les accusations de conflit d'intérêts n'ont jamais cessé de planer depuis son lancement en 2012. Mais qu'en est-il concrètement, dans le quotidien de ses journalistes ?

Retour à Zagreb, où le premier réflexe du regard extérieur s'était vite vu contredit. Leonardo, qui était encore directeur sportif du PSG, a eu beau envoyer de la tape dans le dos à son interlocuteur, il était resté ferme : "Je n'ai pas envie de parler." Darren Tulett était donc reparti bredouille, y compris lorsqu'il s'était agi d'obtenir un entretien avec un joueur avant le match auprès de l'attaché de presse du club parisien. "C'est quand même incroyable, avait confié l'Anglais à metronews. Avec Lille et Montpellier, on a réussi à avoir quelqu'un à chaque fois, et là rien." C'était la première et seule fois de la saison que BeIN Sports diffusait un match de Ligue des champions du PSG. Et force était alors de constater que la chaîne était logée à la même enseigne que les autres médias.

Darren Tulett : "Tout le monde se souvient de l'époque où le PSG appartenait à Canal+"

"Franchement, quand on m'a recruté, on ne m'a pas donné de consigne particulière, appuyait le consultant Éric Di Meco. Je parle très librement de ce qui se passe au PSG, comme pour n'importe quel autre club. C'est un faux débat." Mais un débat qui a le mérite d'exister, notamment lorsque Nasser Al-Khelaïfi affiche, avant de se raviser, son intention de briguer l'un des huit sièges réservés aux présidents de clubs de Ligue 1 au conseil d'administration de la LFP, où sont prises d'importantes décisions, dont celle concernant la commercialisation des droits télévisés de la L1...

"Tout le monde se souvient de l'époque où le PSG appartenait à Canal+, ajoutait Darren Tulett, ancien de la chaîne cryptée. C'est la même chose aujourd'hui. Sauf que nous, on fait même exprès, et parfois peut-être trop, de montrer que ce n'est pas parce que nous avons le même président qu'il y a une relation entre nous. On n'a pourtant pas besoin de le prouver. Mais, du coup, on ne demande rien de spécial. Parce que nous sommes les premiers à ne pas vouloir d'un traitement de faveur injuste par rapport à nos confrères."

Plus d'articles

Sur le même sujet