Chants homophobes dans les stades : pourquoi la ministre des Sports renonce à l’arrêt des matchs

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FOOTBALL - Le gouvernement a joué la carte de l'apaisement envers les groupes de supporters lundi soir, en évitant de brandir à nouveau l'arme des interruptions de match pour injures homophobes.

Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football (FFF), c’est-à-dire le patron du football français, avait rué dans les brancards le 10 septembre, tandis que les interruptions de match de Ligue 1 ou de Ligue 2 se multipliaient sans pour autant que ne s’arrêtent les chants et les banderoles visant à tourner en dérision la manière dont le gouvernement et la Ligue de football professionnel (LFP) ont entrepris de lutter contre l'homophobie dans les stades. "J’ai demandé aux arbitres de ne plus arrêter les matchs", avait-il déclaré sur France Info, ce qui avait alors été perçu comme une rébellion contre la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, directement à l’origine de cette mesure.

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Près de deux mois plus tard, le son de cloche diffère. Et pas qu'un peu. "On n’est pas dans l’idée de sanctionner mais plutôt d’expliquer, de prévenir et d’inciter le monde sportif à prendre sa part dans ce combat sociétal", a dit la ministre, au sortir d’une réunion avec l'Instance nationale du supportérisme (INS) lundi soir, soit au lendemain du match PSG-OM auquel elle a assisté. Ironie de l’histoire : c’était après avoir entendu des chants injurieux lors de ce même Classique, déjà au Parc des Princes, en mars 2019, qu’elle avait initié la mise en place de sanctions pour pénaliser ces manifestations, lâchant dans la foulée : "J'encourage la LFP, et j'y travaille avec la LFP, pour qu'il y ait des pénalités."

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Et ce dimanche ? "Il y avait des manifestations inutiles de mépris et d'humiliation. Il faut qu'on veille à ce que certaines personnes, les joueurs, l'équipe adverse, ne soient pas humiliés, blessés et diminués par les manifestations", a-t-elle encore estimé... Sans pour autant remettre les interruptions de match sur la table : "Il ne s'agit pas du tout d'être en opposition avec les supporters ou de faire le lexique des mots, a-t-elle en effet poursuivi.  Néanmoins, les mots sont importants, se transmettent de génération en génération. Je veux sensibiliser le monde du sport, mais surtout les supporters, sur la responsabilité de veiller à ce que chaque citoyen, quelle que soit son orientation sexuelle, se sente concerné par le sport."

Une "approche un peu trop frontale" ?

D’ailleurs, de fait, depuis la sortie de Noël Le Graët, plus aucun match n’a été arrêté, les sanctions pour propos "à caractère discriminatoire" ayant même totalement disparu des décisions de la commission de discipline de la LFP, et Roxana Maracineanu n’a rien trouvé à y redire. Du moins publiquement. Car ensuite, tous deux se sont vus en privé et ont fini par acter "le principe d'une action qui doit être aussi résolue qu'adaptée et pragmatique".  Comprendre : sans interrompre un match chaque fois qu’une tribune scande une ode à la sodomie métaphorique, c’est-à-dire très (trop) souvent.

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Qu’en pensent les associations de lutte contre l’homophobie, sollicitées par le gouvernement et la LFP pour travailler conjointement avec eux sur ce dossier, et qui ont longtemps défendu dans les médias (dont le nôtre) lesdites interruptions, allant jusqu’à critiquer Noël Le Graët pour sa prise de position ? "Je ne suis pas certain que ce soit un renoncement, plutôt la reconnaissance d’une approche peut-être un peu trop frontale. Maintenant, l’idée, c’est qu’on puisse se parler calmement avec les supporters, en ayant fait baisser la température", répond ce mardi à LCI Bertrand Lambert, président des Panamboyz & Girlz United (ex-Paris Foot Gay), présent à la réunion de la veille au ministère des Sports.

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Il développe : "Si la ministre s'était désintéressée du problème, cela aurait été différent, mais ce n’est pas le cas, puisque des ateliers de sensibilisation à destination des supporters seront lancés en novembre. On a bien vu que les arrêts systématiques énervaient tout le monde et devenaient contre-productifs. Ils ont permis de mettre en avant le problème, d’accélérer notre calendrier, mais si on en avait encore eu tous les week-ends, on aurait sans doute eu beaucoup plus de difficultés à rencontrer les supporters. On ne veut pas donner de leçons, juste faire comprendre qu’il faut chanter autre chose. Tout cela peut prendre un peu de temps mais il est sûr que c’est plus simple de se parler posément sans ce couperet au-dessus de la tête. Maintenant que le coup de semonce est passé, on va pouvoir travailler sereinement, loin des politiques et des médias."

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