Clap de fin pour Bielsa à Lille : autopsie d'un fiasco

Clap de fin pour Bielsa à Lille : autopsie d'un fiasco

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EL LOCO - Cinq mois après avoir été intronisé entraîneur du LOSC, Marcelo Bielsa a été suspendu de ses fonctions mercredi 23 novembre. En froid avec son directeur sportif, le coach argentin paie le début de saison catastrophique de son équipe, 19ème au classement. Pourquoi la mayonnaise n'a-t-elle pas pris ? Éléments de réponse.

Du pressing, un jeu léché et de la verticalité. Comme chacun sait, Marcelo Bielsa est un homme de convictions. Déterminé à imposer sa patte tactique au LOSC, l’entraîneur argentin ne sera jamais parvenu à ses fins, malgré quelques éclaircies entrevues lors des derniers matchs. Par le biais d’un bref communiqué, Lille a annoncé ce mercredi soir sa "suspension momentanée" "dans le cadre d'une procédure engagée par le club". Laquelle devrait déboucher sur une suspension ad vitam aetarnam d'El loco. 


L’énième déroute du LOSC sur la pelouse d’Amiens, lundi 20 novembre (3-0) semble avoir précipité sa suspension. Cinq mois après son arrivée, l’équipe nordiste pointe à une pâle 19e place au classement. Laquelle est la conséquence de résultats bien en deçà des attentes : 3 victoires, 3 nuls et… 7 défaites en Ligue 1. Mais comment expliquer un tel fiasco ?

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Des jeunes livrés à eux-mêmes

En janvier dernier, Gérard Lopez devient propriétaire du LOSC. L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois emmène dans sa valise Marcelo Bielsa, deux ans après son départ de l’OM. Il promet de lui donner toutes les clés pour amener le club nordiste dans le haut du classement. Pour ce faire, le nouveau patron nordiste fait chauffer la carte bleue : 19 joueurs débarquent à Lille pour un coût estimé à 60 millions d’euros. Parmi ces recrues, on retrouve bon nombre de jeunes pousses (Luiz Araujo, Nicolas Pepe, Thiago Maia…). Un souhait du coach argentin, qui aime travailler avec des joueurs dans la fleur de l’âge, encore malléables tactiquement. 


Dans le même temps, les vieux briscards quittent le navire. Mavuba, capitaine depuis 2008, plie bagages. Mais aussi Marko Baša, Eric Bauthéac ou encore le gardien Vincent Enyeama. De quoi faire du LOSC l’équipe la plus jeune des cinq grands championnats européens depuis le début de l’exercice. Mais la mayonnaise ne prend pas, les joueurs peinant à mettre en pratique les préceptes du mage argentin sur le pré. L’équilibre défensif est branlant. Le réalisme offensif, aux abonnés absents. Des joueurs se plaignent même auprès du coach, lui réclamant d’arrêter de leur imposer une tactique jugée improductive. 


Pour justifier les mauvais résultats, de nombreux observateurs invoquent l’absence d’hommes d’expérience pour encadrer les jeunes Lillois. Assimiler une tactique complexe, réaliser un objectif ambitieux et résister à la forte pression médiatique... il est vrai que ces tâches sont loin d'être évidentes pour des footballeurs à l’aube de leur carrière. Quand Marcelo Bielsa entraînait l’OM, il avait également sous sa coupe bon nombre de jeunes – Thauvin, Mendy, Imbula, Lemina Batshuayi. Sauf que ces derniers étaient encadrés par des Ayew, Gignac, Mandanda, Fanni et Payet. Soit des hommes rompus aux joutes de Ligue 1, capables de relayer le message d’El Loco sur le terrain.

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Tensions internes

De son côté, El Loco ne fuit pas ses responsabilités et endosse  les échecs successifs de son équipe. Mais le manque d’expérience des jeunes Dogues n’explique pas tout. En filigrane des mauvais résultats naissent des tensions entre Marcelo Bielsa et son directeur sportif Luis Campos. En conférence de presse le 3 novembre dernier, l’entraîneur décrit ainsi le fossé qui les sépare : "Je lui ai dit que les principes qui le guidaient étaient opposés aux miens et qu’il n’était pas bon d’avoir deux sources de pouvoir au sein de l’équipe première. Quand le pouvoir est divisé, il perd de la consistance". Et d’ajouter avec aplomb : "Je ne partage pas les méthodes qu’il pense qu’il faut appliquer mais je dois vivre avec. Je ne partage pas la façon dont il gère le public, la presse et l’opinion publique, mais je ne dépends de personne pour consolider mon autorité".


Lorsqu’il prend les rênes d’un club, Marcelo Bielsa aime avoir le contrôle total sur le domaine sportif. Il ne supporte pas que l’on marche sur ses plates-bandes et souhaite avoir la main sur le recrutement. Ainsi, la cohabitation annoncée entre Bielsa et un directeur sportif de renom en avait étonné plus d’un lorsque Gerard Lopez avait racheté le club nordiste. Et comme attendu, les tensions sont rapidement arrivées, fragilisant un effectif en mal de victoires. 

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