"Complément d'enquête" sur France 2 : Michel Platini côté sombre

Football

PORTRAIT – Dans un reportage diffusé jeudi sur France 2 (22 h 25), dans l'émission "Complément d'enquête" et intitulé "Platini, l'homme qui aimait le pouvoir", on découvre un Michel Platini dont l'image semble désormais bien éloignée de celle du joueur adulé qu'il a été. Metronews a pu discuter avec Romain Verley, et le journaliste nous raconte les coulisses de son enquête sur le président de l'UEFA.

Une certaine idée de la France. Evoquer Michel Platini avec des personnes qui l'ont vu jouer, c'est se replonger dans les années 1970-1980, c'est revivre un peu l'épopée des Verts, c'est revenir un soir de demi-finale de Coupe du monde à Séville et c'est revoir évoluer le fameux "carré magique". Depuis "Platoche" est devenu le puissant président de l'UEFA et a un temps visé la tête de l’omnipotente Fifa. Un homme politique, sur les traces duquel le journaliste Romain Verley est allé pour "Complément d'enquête". Et dans "Platini, l'homme qui aimait le pouvoir", il y dresse un portrait contrasté de l'icône du foot tricolore.

Le piège du Qatargate
"Aujourd'hui, la question qui agite le monde du foot, c'est de savoir si Platini a été corrompu par le Qatar afin de donner son vote pour la Coupe du monde 2022. Entre les révélations sur la rencontre avec Mohamed Bin Hammam (homme fort de la candidature qatarie et radié de la Fifa pour corruption, ndlr) et le fait que son fils travaille désormais pour Burrda Sport (entreprise qui appartient à QSI, fonds d'investissement du Qatar propriétaire du PSG, ndlr), dévoiler publiquement son vote est un boulet pour Platini. Surtout, personne ne comprend pourquoi, alors qu'il est considéré comme l'ami des petits pays et l'ennemi de l'argent tout puissant dans le football, Platini a fait ce choix. Soit il a voulu prouver qu'il pouvait faire gagner le pays qu'il avait choisi, soit le lobbying de Nicolas Sarkozy pour la candidature du Qatar a fait vibrer sa corde patriotique. Mais ça l'a clairement empêché de viser la présidence de la Fifa."

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En guerre avec Blatter
"Avant le Qatargate, Platini était certain de pouvoir battre Sepp Blatter dans la course à la présidence de la Fifa, mais tout s'est inversé. Dans le reportage on voit que Blatter se délecte quand il parle de Platini. Ça faisait un peu : "Il a encore des choses à apprendre le petit jeune". C'est d'ailleurs sans doute lui qui a un peu manipulé les médias anglais lorsqu'ils s'en sont donnés à cœur joie dans le Platini bashing. Donc il jubile, car il sait qu'il va être largement réélu. Les deux hommes qui ont été si proches il y a quelques années, sont désormais dans une vraie rivalité. Je me demande d'ailleurs toujours si Platini n'a pas accepté ma caméra simplement parce que je lui avais dit que Blatter parlait de lui dans le dans le documentaire."

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Le culte du secret
"Platini parle souvent de son souci de transparence mais en fait, c'est quelqu'un de très peu accessible. Franchement, je n'ai jamais eu autant de mal à convaincre quelqu'un de parler. C'est plus facile d'aller à l'Elysée que de le rencontrer. Avoir Blatter m'a pris cinq semaines quand pour avoir Platini, il a fallu six mois de négociations et une quarantaine de mails. Aujourd'hui, ce n'est plus à l'ancien joueur que l'on s'adresse mais au président de l'UEFA. Il se méfie des journalistes depuis qu'il est joueur. Pour la France, il ne parle qu'aux mêmes, qu'il connaît depuis 30 ans. Ce sont des journalistes un peu fans du Platini joueur et qui suivent désormais le Platini président."

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1998, un souvenir aigre-doux
"Platini est très fier de rappeler qu'il a été le n° 2 de l'organisation du Mondial 1998 en France (le n° 1 était Fernand Sastre, président de la FFF décédé juste avant le début du tournoi, ndlr). Il n'hésite pas à s'approprier un peu la victoire de l'équipe de France. Dans les vestiaires des Bleus après le 3-0 contre le Brésil, il lâche d'ailleurs à Didier Deschamps (capitaine à l'époque, ndlr) : "Alors les gars, il a fallu qu'on l'organise pour que vous la gagniez cette Coupe du monde !" Ce à quoi DD a répondu froidement : "Il y en a qui sont faits pour l'organiser et d'autres pour la gagner". Dans le reportage, il répète que l'actuel sélectionneur était un "bon joueur" mais pas un "grand". Il y a chez Platini un sentiment de supériorité, il sait qu'il a fait partie de cette caste de n° 10. C'est pour ça qu'il ne touche pas à Zinedine Zidane. Mais il estime quand même que les Bleus de sa génération étaient meilleurs que ceux de 1998. Au fond de lui, il pense qu'il aurait dû gagner la Coupe du monde. D'ailleurs, il m'a dit qu'il n'avait jamais voulu toucher ce trophée qu'il a pourtant croisé des dizaines et des dizaines de fois. Il y met un côté sacré, presque religieux."

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