Coronavirus : baisser les salaires des joueurs, l'idée de la Fifa pour sortir le football de la crise

La FIFA travaille à la mise en oeuvre d'un plan de "sauvegarde" du football.
Football

SURVIE - Par crainte d'un effondrement de l'économie du football, à l'arrêt en raison de la pandémie de Covid-19, la Fifa réfléchit à un "plan de sauvegarde" des clubs. L'une des mesures consisterait à automatiser la baisse drastique ou le report des salaires des joueurs. Une disposition déjà en vigueur dans certaines équipes.

Il faut "sauver" l'économie du football. En pleine pandémie de coronavirus, qui frappe violemment le secteur puisqu'à l'arrêt depuis plus de deux semaines, les têtes pensantes de la Fédération internationale de football association (Fifa) se creusent les méninges pour sauvegarder la santé financière des clubs. En attendant la reprise effective, au plus tôt d'ici plusieurs semaines, l'Euro 2020 ayant même été reporté d'une année pour permettre aux championnats et à toutes les compétitions européennes d'aller jusqu'à leur terme, les structures se retrouvent privées de rentrées économiques (billetterie, droits télévisés, merchandising...), et donc des recettes qui assurent en temps normal leur bon fonctionnement.

"Tous, dirigeants du football, responsables de la viabilité économique de nos clubs, nous sommes confrontés à une réelle menace existentielle", a ainsi alerté Andrea Agnelli, président de l'Association européenne des clubs (ECA), par ailleurs président de la Juventus Turin, dans un courrier adressé jeudi 26 mars aux quelques 200 membres du puissant syndicat, dont a eu connaissance Reuters. "Le football est maintenant à l'arrêt, tout comme nos sources de revenus, dont nous sommes dépendants pour payer nos joueurs et nos staffs." En effet, la masse salariale est le principal robinet de dépenses des clubs. 

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Chômage partiel, report ou baisse de salaires

Pour parer au plus pressé face à la crise, de nombreux clubs ont pris leurs dispositions, seuls dans leur coin. En France, le PSG, l'OM, Monaco, Reims ou encore Nice ont instauré le chômage partiel, un dispositif élargi "à tous les secteurs d'activité" en raison du ralentissement économique. Concrètement, le club indemnise ses salariés - y compris les joueurs - à 70% de leur rémunération brute, soit environ 84% en net. L'État le rembourse, dans la limite de 4850 euros par salarié, selon un décret publié mercredi 25 mars. Si cette allocation ne permet pas d'absorber la totalité de la rémunération, le salaire médian en Ligue 1 étant de 35.000 euros, il a l'avantage d'exonérer le club de toutes les charges sociales, salariales et patronales (hormis CSG et CRDS). Soit une économie substantielle d'environ 20 à 30%.

À l'étranger, en dépit de leur puissance financière, le FC Barcelone et le Bayern Munich ont trouvé des accords avec leur vestiaire pour consentir à une baisse de leur masse salariale. "Nous sommes une profession particulièrement privilégiée, pour qui il est évident d'accepter une baisse de salaire quand il y en a besoin", a concédé le capitaine du club allemand Manuel Neuer aux journaux allemands Muenchner Merkur et Tageszeitung. "Le Bayern a environ 1000 employés et il y a beaucoup d'autres personnes autour du club qui effectuent des tâches importantes. Nous voulions les aider (...) et leur offrir de la sécurité." À Leeds, une autre initiative est née : les joueurs, le staff technique et les dirigeants ont accepté le report de leurs salaires, pour permettre au personnel du club d'être payé normalement au cours des prochains mois. 

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Quelles sont les règles du chômage partiel ?

Ces mesures ne sont toutefois pas en vigueur partout. C'est pourquoi, selon le New York Times, la Fifa planche activement sur un "plan de sauvetage". Afin d'éviter un effondrement de l'économie du sport, l'instance qui régit le football au niveau mondial souhaiterait fixer des règles, applicables pour et par tous, dans un cadre strict et légal. Deux options sont à l'étude : le report ou la baisse de 50% des salaires. 

Des échanges ont lieu en ce sens avec Fifpro. Dans un communiqué transmis ce vendredi, le syndicat international des joueurs professionnels s'inquiète d'ailleurs "qu'un nombre important de clubs, dans plus d'une demi-douzaine de pays, aient commencé à mettre (les joueurs) au chômage technique ou réduire unilatéralement leurs salaires". Il appelle les structures ayant des "difficultés financières" à "rencontrer leurs ligues nationales pour négocier des arrangements proportionnés et équitables". "La plupart des joueurs de football en dehors des plus grandes ligues mondiales gagnent le même niveau, voire moins que le salaire moyen domestique et seraient sévèrement affectés par des baisses de salaire", assure le groupement de 42 associations de joueurs, qui travaille actuellement avec les instances à une prolongation des contrats arrivant à échéance à la date du 1er juin, le temps de finir les championnats.

Un mercato estival rallongé de quatre semaines ?

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Dans le même temps, la Fifa envisage un rallongement du mercato estival. Censé ouvrir le 1er juin, cette source de revenus pour les clubs devrait être impactée par la pandémie de Covid-19. "Toutes les modifications de dates dans la fenêtre des transferts seraient acceptées et validées par l'instance internationale", croit savoir le quotidien américain. Afin de donner plus de temps aux clubs pour mieux commercer, la fenêtre des transferts passerait de 12 semaines en temps normal à 16 semaines. Le quotidien espagnol Sport va plus loin assurant qu'elle pourrait s'étaler de juillet 2020 à janvier 2021.

Dernier point, et non des moindres, face à la situation exceptionnelle qui se présente au football, la Fifa réfléchirait à instaurer un fonds de soutien, abondé par ses propres revenus. Ce dispositif servirait à "aider à payer les salaires des joueurs" se retrouvant "soudainement sans revenu". Un élan de solidarité qui fait écho aux paroles du président de l'instance mondiale Gianni Infantino en début de semaine. "Le football doit faire preuve de solidarité et il doit faire preuve d'unité. Nous devons montrer que nous formons une équipe", assurait-il. Et pour cause, c'est bien en jouant en équipe que le football "survivra". 

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