Corruption : les confessions du plus grand truqueur de matches de foot

Football

FOOTBALL - N'espérez pas trouver une once de regrets chez Wilson Raj Perumal. Non, celui qui affirme fièrement avoir truqué une centaine de matches au cours de sa "carrière" est loin de cette idée de rédemption. Présent sur CNN pour faire la promo de son livre, le Singapourien s'est montré très prolixe sur ses agissements.

Amis de la morale, cet article n'est pas pour vous ! Mais vous pouvez rester si l'envie vous prend d'en savoir un peu plus sur la tricherie en football. A défaut d'avoir acquis un brin d'esprit collectif au fil de son parcours, Wilson Raj Perumal s'est montré pédagogique mardi soir. Il était certes difficile pour l'ancien "arrangeur de matches" (match-fixer en anglais) de faire autrement, lors d'une interview accordée aux journalistes de CNN , afin de faire correctement la promotion de son bouquin. Un livre autobiographique dans lequel on peut imaginer qu'il relate avec autant de fierté que face à la caméra ses méthodes pour escroquer.

Toujours est-il que cette sortie télévisuelle, une première pour l'homme de 49 ans, eut le mérite d'être instructive. Si tant est que l'on croit sur parole celui qui affirme avoir avoir commencé à tricher parce qu'il détestait perdre aux paris... Selon ses dires, le mode opératoire, très simple, consistait principalement en une action : verser des pots de vin aux joueurs et aux arbitres. Avec l'idée que plus il y avait de personnes concernées, plus grandes étaient les chances d'obtenir le score espéré.

"Il n'y avait absolument aucune surveillance"

"Je n'ai jamais vraiment compté, mais je pense que ce doit être entre 80 et 100 matches (truqués) de football", a-t-il ainsi affirmé, rappelant que son taux de réussite, s'il n'était pas parfait, avoisinait les 70-80%. Et ce dans de nombreuses compétitions comme les JO, les éliminatoires de la Coupe du monde, la Gold Cup, la Coupe d'Afrique des Nations ou encore le Mondial féminin. "Parfois, j’étais sur les bancs de touche et je disais aux joueurs quoi faire, explique-t-il également. Je donnais des ordres aux coaches. C’était aussi simple que ça. Il n’y avait absolument pas de surveillance."

Pour passer entre les mailles des filets, il faut dire que Wilson Raj Perumal choisissait des destinations adaptées à ses larcins, et ce grâce notamment... à Internet : "Nous pouvions voir toutes ces rencontres, partout dans le monde… J’ai eu l’opportunité de cibler les pays les plus vulnérables… Les gens étaient enclins à accepter des pots de vin. J’ai donc créé une compagnie et commencé à envoyer des e-mails aux différentes associations pour construire des relations." D'autant que, la précision n'est pas inutile, certaines fédérations "vous accueillent à bras ouverts."

EN SAVOIR + >> Pascal Boniface : "La corruption est le nouveau défi du sport"

La prison, il connaît aussi

A l'entendre, on pourrait facilement penser que le futur quinquagénaire a tout réussi et vécu une vie merveilleuse. On en est loin. Les cinq millions de dollars qu'il a empochés ? Partis en fumée au casino. Quant à sa liberté, elle a souvent été remise en question. Perumal, c'est plus de trois ans de prison entre 1995 et 2001, une autre année en 2011 avant de devenir, malgré lui, complice de la police hongroise pour tenter de démanteler le réseau de triche dans les Balkans.

La fin d'une période dorée qui n'a pas empêché le principal intéressé de relever la tête, écrire un livre, retrouver le devant de la scène et oser des propos presque engagés. "La Fifa fait beaucoup de choses pour lutter contre le racisme mais je pense que le trucage de matches est un plus gros problème. (...) Le football n'est plus un sport. C'est un business désormais. Les gens veulent gagner et ils feront tout pour obtenir un résultat." Bon, ce n'est pas Wilson Raj Perumal qui leur jettera la première pierre...

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter