Coupe de France : pourquoi l’OM a refusé de verser sa part de la recette au club amateur de Trélissac

Coupe de France : pourquoi l’OM a refusé de verser sa part de la recette au club amateur de Trélissac
Football

FOOTBALL – Vainqueur laborieux du Trélissac FC dimanche 6 janvier en 32e de finale de la Coupe de France, l’Olympique de Marseille n’a pas voulu verser sa part de la recette au club amateur, comme le veut pourtant la coutume. Explications.

Dans un football moderne générant toujours plus de profits et engendrant, en conséquence, une pression financière toujours plus grande sur ses acteurs, la Coupe de France, doyenne de nos compétitions nationales, figure une bouffée d’oxygène, voire un anachronisme. Absolument tous les clubs français y prennent part et, quand surviennent les 32es de finale au début de chaque année civile, elle offre des affrontements souvent savoureux entre professionnels et amateurs, représentant, à travers ce choc des deux mondes, l’universalité intemporelle du sport-roi.

Dans cette symbolique, deux traditions ont la vie dure : une haie d’honneur des vainqueurs aux vaincus au coup de sifflet final, puis le versement de la recette du match au club amateur, qui en a forcément plus besoin. C’est à cette dernière coutume qu’a dérogé, dimanche 6 janvier, l’Olympique de Marseille, actuel 2e de Ligue 1 et pénible vainqueur (1-1, 2-4 aux tirs au but) du Trélissac FC, 14e de son groupe de National 2 (la 4e division).

Ce n'est pas élégant. Ça fait trois fois que notre club reçoit l'OM et c’est la première fois que ça arrive. Merci pour le football amateur...- Fabrice Faure, président de Trélissac

Fabrice Faure, président de ce modeste club d’une commune de la banlieue de Périgueux, qui a dû délocaliser la rencontre à Limoges faute de pouvoir l’accueillir dans son trop petit stade, s’en est ému en ces termes après la rencontre : "Ce n'est pas élégant. Ça fait trois fois que notre club reçoit l'OM et c’est la première fois que ça arrive. Merci pour le football amateur… Le président Dassier avait laissé sa part, en déduisant les frais de logistique (en 2010, ndlr). Le président Labrune avait également déduit la part de logistique et nous avait laissé la part (en 2016). L'OM a déjà gagné 100.000 euros avec la prime de qualification pour les 16es, je demandais juste un geste, c'est tout."

Selon les informations de La Provence, Laurent Colette, le directeur général du club phocéen, seul membre de la direction présent au stade ce dimanche, a dû téléphoner, ne sachant pas quoi faire, à son président, Jacques-Henri Eyraud, dans les minutes qui ont suivi le coup de sifflet final, pour connaître la marche à suivre avant de prendre cette décision... Ce qui a donc suscité l’ire du président périgourdin.

"Tu ne vas pas chouiner en plus !"

Piqué au vif par l’ampleur de la polémique, l’OM a fini par publier un communiqué pour se justifier, arguant ainsi : "La politique du club a souvent été de laisser la recette quand l’OM est accueilli dans des stades particulièrement champêtres où la capacité est faible. Pour le match d’aujourd’hui, Trélissac a bénéficié d'un stade de 13.000 places et a pratiqué une politique tarifaire qui - si elle était tout à fait justifiée - affichait des prix entre 20 et 35 euros la place. La recette totale s'est élevée à près de 400.000 euros avant déduction des frais d'organisation. Grâce au fait de recevoir l'OM, le stade était complet et a d'ailleurs essentiellement accueilli des supporters marseillais, très majoritaires. Il nous semblait juste que dans ces conditions particulières les deux clubs se partagent la recette, d'autant plus que ce déplacement a coûté à l'OM 65.000 euros."

Dit autrement : le manque à gagner aurait, cette fois, été trop grand pour un club de Ligue 1 qui, pour mémoire, affichait le 30 juin dernier un déficit de plus de 80 millions d’euros. Quant au manque d'élégance, ou plutôt sa médiatisation, elle a provoqué, pour la petite histoire, cette réaction de Christophe Fauvel, président de Bergerac, club de National 2 éliminé au tour précédent par Trélissac : "Promis si Trélissac rend la recette qu’il n’a pas laissée au 8e tour au Bergerac Périgord FC, je pétitionne avec eux pour que l'OM la leur rende ! #NeFaisPasAuxAutresCeQueTuNeVeuxPasQueLonTeFasse 200.000 euros de recette de billetterie restant pour le club recevant avec une politique tarifaire incroyable pour un 32e de finale, tu ne vas pas chouiner en plus ! Ou alors tu joues dans un stade champêtre à Perigueux et l'OM te laisse la recette..."

Dès lors, en ce tout début de deuxième décennie du XXIe siècle, une conclusion s'impose : la Coupe de France, elle aussi, vit désormais avec son temps.

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