La Coupe du monde 2018, sa liste des 23, Karim Benzema... Didier Deschamps dit tout à David Pujadas

INTERVIEW - Le sélectionneur de l'équipe de France est l'invité exceptionnel de "24H Pujadas : l'info en questions" ce mardi. Un entretien au cours duquel Didier Deschamps n'élude aucun sujet. Regardez ci-dessus cet entretien exclusif.

À dispositif exceptionnel, invité exceptionnel. Tandis que le trophée de la Coupe du monde s'est invité à Paris ce mardi, David Pujadas est allé rencontrer Didier Deschamps à l'Institut national du football de Clairefontaine, où les Bleus ont entamé, lundi, leur préparation au Mondial russe à venir cet été. L'occasion pour le sélectionneur de se confier comme rarement, à propos de sa liste, des absents, de son métier ou encore de la violence et l'argent qui, parfois, parasitent le football.

Son objectif pour la Coupe du monde

"Si je vous dis qu’on veut la gagner, ça passera peut-être pour de la suffisance, mais c’était déjà le cas avant l’Euro, et même avant la Coupe du monde au Brésil il y a quatre ans. Nous sommes des compétiteurs, nous voulons forcément aller le plus loin possible, et pourquoi pas jusqu’au bout. Après, d’autres nations sont peut-être mieux armées que nous aujourd’hui, parce qu’elles ont plus d’expérience. Je pense à l’Espagne, l’Allemagne, le Brésil… Ces joueurs-là ont déjà gagné beaucoup de titres. Dans le groupe que j’ai, il y a beaucoup de jeunes. Ils ont certes beaucoup de qualités, je ne m’en plains pas (sourire) mais voilà, pour plus de la moitié d’entre eux, ce sera la première grande compétition internationale. On ira là-bas pour gagner nos matchs. On connaît nos trois premiers adversaires, sortir de notre groupe et atteindre les 8es de finale, c’est le premier objectif. On a de l’ambition mais aussi de l’humilité. Ça passera par énormément de travail. Depuis la finale de l’Euro, le public a plus d’exigence. Ça contribue à développer notre ambition."

L’utilité de l’avoir gagnée en tant que joueur il y a vingt ans

"Toute ma carrière de joueur me sert en tant qu’entraîneur. C’était une autre génération, un autre contexte. Une autre vie. Mais c’est toujours la même passion qui m’anime (sourire). Aujourd’hui, je suis plus au service des joueurs. Je suis là pour eux et surtout pour cette équipe de France. Pour moi, il n’y a rien au-dessus d’elle, rien de plus beau."

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DESCHAMPS Quand on commence une compétition c'est pour aller au bout

La liste des 23

"Je l’annoncerai le 15 mai. Disons qu’il me reste quatre ou cinq interrogations. Si j’avais eu dès aujourd’hui tous les joueurs en pleine possession de leurs moyens, mon groupe serait différent. Il reste beaucoup de matchs à jouer. On fera le point un peu plus tard. Pour l’instant, mon travail consiste à anticiper tout ce qui peut se passer, en ayant un plan B, un plan C et même un plan D. Parce que, juste au dernier moment, une blessure peut survenir."

Avec les joueurs, on ne peut pas devenir amis.Didier Deschamps

Karim Benzema

"Pour moi, Karim Benzema n’est pas un problème. Pourquoi le serait-il ? Je suis là pour faire des choix. Des choix qui vont dans le sens de ce qui est le bien pour l’équipe de France. Je ne fais que des choix sportifs, jamais des choix personnels. Si j’entraînais Karim Benzema en club, comme Zinedine Zidane, évidemment que la situation serait différente. Mais là j’entraîne la sélection. Il s’est passé ce qu’il s’est passé. Quand l’affaire (de la sextape) est devenue médiatique en septembre 2015, il a fallu que l’équipe de France continue à bien vivre, entretenir une dynamique de résultats avant l’Euro 2016. Après avoir atteint la finale, il fallait bien continuer à l’entretenir. J’ai fait confiance à des joueurs qui ont répondu à mes attentes, sur le terrain et en dehors. Pourquoi je changerai ? Rien n’est plus important que le groupe."

Dimitri Payet

"Son absence ne veut pas dire qu’il ne sera pas dans les 23 le 15 mai. Maintenant, la réalité, c’est que les joueurs que j’ai appelés auront, eux, la chance de pouvoir s’exprimer. Ils partent donc forcément avec un avantage. Je ne peux pas appeler plus de 23 joueurs. Je dois aussi penser à l’équilibre de mon groupe, par rapport aux rôles de chacun. Il y a beaucoup de critères, mais il n’y a rien de figé."

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DESCHAMPS liste des 23 : c'est mon travail de prévoir un plan B, C ou D

La jeunesse de son équipe

"Ils ne sont pas difficiles à gérer. Ils ont d’autres centres d’intérêt que ma génération, à l’époque. L’important, c’est d’avoir un dialogue avec eux.  Je n’utilise pas les mêmes mots avec les uns ou les autres. Il ne faut pas stigmatiser cette génération, en ne parlant que de défauts. Ils ont aussi énormément de qualités humaines. Certains ont moins de 20 ans, ils n’en seraient pas là s’ils n’avaient pas d’ambition. Cette confiance en eux fait que l’extérieur n’a pas tellement d’emprise sur eux. Ils zappent vite. Mais il faut quand même les cadrer, pour les protéger."

C’est indécent de parler des salaires des footballeurs.Didier Deschamps

Ses relations avec les joueurs

"Déjà, la plupart pourraient être mes enfants. Un rapport de confiance doit s’instaurer, je suis là pour les encourager et les défendre, mais je suis aussi là pour leur dire quand ça ne va pas. On ne peut pas devenir amis."

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DESCHAMPS je ne suis pas amis avec les joueurs

Son état d’esprit

"Sincèrement, je n’ai pas de stress. Ceux qui ont le stress et la pression, ce sont ceux qui se lèvent à 6h du matin pour aller travailler. Moi, je vis de ma passion. Je continue de ressentir l’adrénaline des matchs. Et je me sens libre. Je suis épanoui dans ce rôle de sélectionneur."

Les excès autour du football

"Ça reste un sport, ludique au départ. La compétition, elle, implique des exigences. Mais l’environnement peur devenir agressif, verbalement et physiquement. Après, chacun est responsable de ses actes. Et ils peuvent avoir des conséquences, sur les gens et sur leur famille. Je suis bien placé pour en parler (sa maison a été taguée de la mention 'Deschamps raciste' durant l’Euro 2016, ndlr). Ça m’a dégoûté. J’accepte qu’on me critique sur des choix sportifs, mais quand ça va jusqu’à l’humain, c’est que les limites ont été dépassées.'

L’argent

"C’est indécent de parler des salaires des footballeurs, par rapport aux gens qui peinent à joindre les deux bouts. Mais on est dans une sphère sportive, et le football génère énormément d’argent. L’argent qui est reversé aux joueurs, qui sont quand même les acteurs de ce spectacle, représente environ 10% de tout cet argent. Et sans eux, il n’y a plus de football. Il faut bien avoir conscience que le football rapporte de plus en plus d’argent, grâce aux médias, aux droits télé, aux partenaires, aux spectateurs… Tout augmente, la vie augmente, les prix augmentent. Malheureusement, les salaires n’augmentent pas pour tout le monde. Donc je comprends que ça puisse choquer monsieur et madame tout le monde. Mais je ne vois comment ce phénomène peut s’arrêter. Le football intéresse de plus en plus de gens. Nous sommes des privilégiés. Nous ne nous soucions pas du lendemain. C’est beaucoup, par les temps qui courent."

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