Coupe du monde 2019 : en procès contre leur fédération, les Américaines veulent les mêmes droits que les hommes

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ÉGALITÉ - Tenantes du titre et favorites de la compétition, les Américaines entrent en lice ce mercredi face à la Thaïlande. Si elles seront concentrées sur leur objectif, peut-être penseront-elles également, tout au long de ce Mondial, au procès qui les attend à la rentrée face à leur Fédération, qu'elles accusent de "discrimination" en matière de salaires et de conditions de travail.

Elles ont choisi la journée internationale pour les droits des femmes, le 8 mars dernier, pour attaquer leur Fédération (USSF). 28 joueuses de la sélection américaine ont collectivement porté plainte pour dénoncer la différence de traitement avec leurs collègues masculins en matière de salaires et de conditions de travail. 

"En dépit du fait que les internationales et internationaux sont sélectionnés pour assumer les mêmes responsabilités et pour participer à des compétitions internationales pour le même employeur, l’USSF, les joueuses sont, de façon constante, moins payées que les joueurs" détaille leur plainte. "Et ce, alors que les résultats des joueuses sont meilleurs que ceux des joueurs, avec, à la différence de la sélection masculine, des titres mondiaux pour l’équipe féminine."

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Triple championnes du monde, quadruple championnes olympiques

En effet, première nation au classement FIFA, les Etats-Unis ont remporté la Coupe du monde en 1991, 1999 et 2015. Les joueuses sont également quadruple championnes olympiques. De leur coté, les hommes n’étaient pas qualifiés pour le dernier Mondial en Russie, et n’ont jamais dépassé les quarts de finale dans cette compétition (à l’exception d’une troisième place en 1930). Pourtant, en 2014, l’USSF a octroyé 5,3 millions de dollars de primes à la sélection masculine pour avoir atteint les 8e de finale du Mondial brésilien, quand les féminines ont reçu 1,7 million de dollars après leur troisième titre au Canada en 2015.

Aussi, pour vingt matches amicaux disputés et remportés par saison, les joueuses peuvent empocher au maximum 99.000 dollars (4950 dollars par match), contre 263.320 dollars (soit 13.166 dollars par match) pour leurs homologues masculins. Toujours à propos des primes : la nouvelle convention collective ratifiée par les joueuses en avril 2017 prévoit une prime maximale de 8500 dollars par footballeuse pour une victoire (amicale) contre une équipe du top 4 ou le Canada. Leurs homologues masculins peuvent toucher jusqu’à 17625 dollars pour une victoire (amicale) contre une équipe du top 8 mondial ou le Mexique. Or, les lois américaines sont claires : à travail égal salaire égal, font valoir les joueuses.

Elles regrettent également d’avoir disputé entre 2014 et 2017 21% de leurs matches à domicile sur une pelouse artificielle, contre 2% pour les hommes. Autre exemple de différence de traitement : selon L’Equipe, 17 vols ont été affrétés spécialement pour les hommes en 2017, aucun pour les femmes. "L’USSF a complètement échoué à promouvoir l’égalité des sexes" accusent alors les Américaines dans leur plainte. 

Les sélections ne génèrent pas les mêmes revenus, se défend la Fédération

La Fédération américaine se défend en expliquant que les sélections sont deux entités différentes "qui fonctionnent selon des conventions collectives indépendantes l’une de l’autre et dont les budgets tiennent compte des revenus générés par les équipes". Ainsi, les hommes sont salariés de leurs clubs, et touchent seulement des primes de la part de la Fédération. Les femmes sont salariées de l'USSF, qui met donc en avant les différences de dotation de la FIFA pour expliquer les différences de revenus.

Quelques jours avant l’ouverture de la compétition en France, le Time a médiatisé ce combat en plaçant en Une de son magazine la superstar Alex Morgan, barrée du titre "The Equalizer". "Comment se fait-il que nous devions encore, année après année, nous battre ?" interroge-t-elle. "Nous devons toujours faire plus en général, nous devons être des athlètes, des modèles, nous devons ouvrir le chemin pour les prochaines générations. Est-ce que les sportifs masculins font ça ? Est-ce qu’ils pensent à autre chose qu’à eux-mêmes ? Je ne sais pas. Mais nous avons plus qu’un seul rôle à tenir, et en plus nous le faisons en étant moins bien payées."

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