Défenseuse, latérale droit, sélectionneuse : comment accorde-t-on le football au féminin ?

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La Coupe du monde féminine de football 2019

LANGUE FRANÇAISE - Vendredi 7 juin s'ouvrira la 8e Coupe du monde féminine de football, avec le match France-Corée du Sud. Si Fédération, médias et autres acteurs nationaux du football font corps derrière les Bleues, la féminisation des postes est encore un peu chaotique. Nous avons demandé à Eliane Viennot, historienne et linguiste, de trancher.

Dernière ligne droite avant l’ouverture de la Coupe du monde féminine de football. Un événement sportif international est plus médiatisé que les précédents en France, parce que la compétition se passe à domicile, parce que le football dit "féminin" gagne en reconnaissance et que de plus en plus de joueuses peuvent le pratiquer au niveau professionnel. Ce qui n'empêche pas encore certains débats, notamment sur le vocabulaire utilisé pour désigner le poste des joueuses ou de l'encadrement. Alors, les joueuses sont-elles coachées par leur entraîneure... ou leur entraîneuse ? Eliane Viennot, linguiste et historienne, explique à LCI quelles sont les terminologies à retenir.

"Entraîneuse", l'homonymie qui dérange plus qu'"avocat" et "financier"

"Gardienne", "attaquante" et "ailière" viennent logiquement en tête. Mais certains postes sèment le doute, comme le montre cet article de nos confrères de Libération. Deux autres fonctions sont particulièrement sujettes aux hésitations quand vient l'heure de la féminisation : entraîneur et sélectionneur. "Comme par hasard les postes de direction", ironise Eliane Viennot. "On trouve toujours des arguments à la noix quand il s'agit de repousser le moment où on utilisera les bons mots, parce que ce sera le moment où on admettra que les femmes peuvent diriger, peuvent sélectionner et peuvent entraîner", assène-t-elle.


"Linguistiquement, les mots féminins corrects de ces deux fonctions sont sélectionneuse et entraîneuse", assure Eliane Viennot. De la même façon que tant d'autres noms, comme chanteuse, danseuse, plongeuse, vendeuse ou dans le domaine footballistique, "buteuse". Alors pourquoi la Fédération refuse-t-elle de les employer ? La FFF n'a pas donné d'explications, mais n'utilise pas le mot sélectionneuse dans ses déclarations officielles. On notera tout de même une amélioration depuis 2017, où la Fédération avait annoncé la nomination de Corinne Diacre au poste de "sélectionneur". Désormais, sur les réseaux fédéraux, c'est "sélectionneure", une acception qui a la préférence de l'intéressée... Mais pas sur sa fiche de carrière sur le site officiel, où ses expériences - entraîneur, sélectionneur - sont encore mentionnées au masculin. Pour les médias en revanche, "sélectionneuse", donc le bon féminin, a rapidement été adopté.

Dans un effort de féminisation des termes du football, la Fédération et les titres de presse se sont étrangement mis d'accord sur "entraîneure", qui n'est donc pas plus correct du point de vue linguistique. La faute à une expression, désormais désuète, qui désignait comme "entraîneuses" les femmes dont le travail était d'inciter les hommes à la consommation dans les bars... dans les années 1950. Comme l'explique Slate, le problème "n’est pas que le terme existe déjà, c’est qu’il désigne une activité à connotation sexuelle. L’entraîneuse séduit pour pousser à la consommation." De ce fait, le terme dérange et a été écarté.


Pour Elianne Viennot, c'est un non-sens. "La langue française est remplie d'homonymes, à utiliser selon le contexte. On y arrive pour le reste", regrette-t-elle. Autrement dit, un financier peut être une petite madeleine comme un employé de Wall Street, et ce n'est pas parce qu'un avocat est un légume qu'il entache la profession. "Le problème est idéologique, pas linguistique. De plus, l'autre sens n'existe quasiment plus dans le langage courant", note-t-elle. "Aujourd'hui quand on dit entraîneuse, on pense d'abord au sport".

Défenseuse et milieu défensive

Autre bizarrerie, l'emploi de "défenseure" au lieu de "défenseuse", qui est le mot correct. Dans nos propres articles jusqu'à présent, dans les communiqués de la FFF, dans les interviews des joueuses, "défenseure" a été d'usage, encore une fois "contre la logique de la langue française", selon les mots d'Eliane Viennot.


La linguiste et historienne est plus partagée lorsqu'il s'agit de trancher sur "milieu défensif" ou "arrière droit", des termes spécifiques au football. "C'est compliqué car ce sont des appellations issues de métaphores, ce sont littéralement leur emplacement sur un terrain. Si c'est une métaphore, on ne devrait pas toucher au genre, comme lorsqu'on dit d'un écrivain qu'il est une plume et non un plume". Or dans le milieu sportif, ce sont devenu des postes, au même titre que gardienne ou attaquante. "Dans ce cas, ils sont considérés comme des noms, et il faut les accorder", explique Eliane Viennot. "J'imagine que milieu défensive serait juste", avance-t-elle. Et selon cette logique, une arrière-droite.


L'idée n'est pourtant pas de féminiser à outrance ou à tout prix. Le poste d'avant-centre par exemple, n'a aucune raison d'être changé, puisque les deux termes sont neutres. Désormais parés pour regarder cette Coupe du monde 2019, on souhaite bonne chance à la sélectionneuse Corinne Diacre et à ses joueuses pour le match d'ouverture, vendredi 7 juin, diffusé en direct sur TF1 à 21h

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