Coupe du monde 2022 : le match de football entre la Corée du Nord et la Corée du Sud était "comme la guerre"

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FOOTBALL - Les footballeurs sud-coréens n’imaginaient pas que leur choc historique face aux Nord-Coréens, dans un stade vide de Pyongyang, virerait à ce point au fiasco.

Ce n’est pas le genre de match qui a lieu plusieurs fois dans une même année, voire une fois par an. En effet, les sélections masculines de football de Corée du Nord et de Corée du Sud ne s’étaient plus affrontées depuis un match amical datant de 1990. Celui qui a eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi, le tout premier sur le sol nord-coréen en compétition officielle, en l’occurrence les éliminatoires de la Coupe du monde 2022, revêtait donc un caractère historique. Et c’est peu dire qu’il restera dans les mémoires, malgré un score nul et vierge (0-0).

Pour nous, la liberté de la presse et d'expression est essentielle. Mais il serait naïf de penser que nous pouvons changer le monde en un instant.- Gianni Infantino, le président de la Fifa, après le match

Outre sa décision, annoncée en amont, de ne pas le retransmettre à la télévision, le régime nord-coréen a interdit au public et aux journalistes l’accès aux tribunes. Ce qui a ému le président de la Fifa, Gianni Infantino, pas peu fier d’être parvenu à organiser cette rencontre et qui avait fait le déplacement spécialement pour l’occasion. 

"J'avais hâte de voir un stade plein mais j'ai été déçu de voir qu'il n'y avait aucun spectateur. Nous avons été surpris de cela et par plusieurs autres points, concernant notamment la retransmission en direct et les problèmes avec les visas et les journalistes étrangers. Pour nous, la liberté de la presse et d'expression est essentielle. Mais, d'un autre côté, il serait naïf de penser que nous pouvons changer le monde en un instant", a-t-il déclaré après coup. En l'absence de reporters étrangers, le seul écho du match est venu des sites de la Fifa et de la Confédération asiatique (AFC), seuls autorisés à divulguer le minimum d'informations factuelles...

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Jusqu'à la dernière minute, les Sud-Coréens ignoraient d'ailleurs que le match se jouerait à huis clos dans le stade Kim Il Sung. "Nous nous attendions à voir 50.000 Nord-Coréens arriver à l'ouverture des grilles, mais personne n'est venu. En fait, les grilles ne se sont jamais ouvertes. J'étais vraiment surpris, comme les joueurs et le sélectionneur", a confié le vice-président de la fédération sud-coréenne (KFA) Choi Young-il à son retour jeudi matin à l'aéroport d'Incheon. Le dirigeant a même raconté avoir confié son désarroi quant à cette absence de spectateurs à un homologue de la fédération nord-coréenne qui lui a répondu : "Peut-être qu'ils ne voulaient pas voir ça."

Rentrer sans être blessé constitue déjà un exploit. Les Nord-Coréens étaient vraiment à cran. Il y avait beaucoup de sales insultes- Son Heung-min, capitaine de la Corée du Sud

"Ça", en l’occurrence, était une boucherie. Du moins si l’on se fie aux déclarations d’après-match du capitaine sud-coréen Son Heung-min, pourtant habitué aux contacts rugueux de la Premier League avec son club de Tottenham : "Le match était très agressif, et rentrer sans être blessé constitue déjà un exploit. Les Nord-Coréens étaient vraiment à cran. Il y avait beaucoup de sales insultes." Puis l’attaquant d’avoir recours à cette terrible image : "C'était comme la guerre."

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On est donc loin des effusions de 2018, quand le président sud-coréen Moon Jae-in avait profité des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang pour briser la glace et rencontrer trois fois le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, lançant même un projet de candidature commune à l'organisation des JO de 2032, qui apparaît désormais très hypothétique. En effet, le contexte diplomatique est désormais plombé par les essais de missiles nord-coréens pour protester contre des manœuvres militaires entre la Corée du Sud et les Etats-Unis. Et le Nord, qui a claqué la porte des négociations avec Washington sur le nucléaire, écarte à présent toute relance du dialoque intercoréen... 

Résultat, ce jeudi, le quotidien sud-coréen Joongang Daily pose cette question sur sa Une : "Comment la Corée du Sud peut-elle envisager co-organiser les JO avec un homologue aussi fourbe ?"

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