Coupe du monde de football féminin 2019 : Marinette Pichon "confiante pour les Bleues" même si la France n'est "pas favorite"

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La Coupe du monde féminine de football 2019

CŒUR BLEU - Plus que 100 jours avant le lancement de la Coupe du monde, qui se déroule du 7 juin au 7 juillet en France. Légende du football tricolore, Marinette Pichon s'est confiée à LCI sur l'évolution du foot féminin, la compétition à venir et les chances de sacre des Bleues à trois mois du coup d'envoi du prestigieux tournoi.

Le compte à rebours est lancé. Dans 100 jours, le vendredi 7 juin (à 21h), sera donné au Parc des Princes le coup d'envoi de France-Corée du Sud, match d'ouverture de la Coupe du monde féminine, organisée pour la première fois dans l'Hexagone. Comme les garçons en 1998, les filles de Corinne Diacre rêvent de décrocher leur première étoile mondiale à domicile.


À trois mois du début de la compétition, LCI s'est entretenu avec Marinette Pichon. Monument du football tricolore, la première joueuse professionnelle française reste avec ses 81 buts en 112 sélections la meilleure buteuse de l'équipe de France, hommes et femmes confondus. L'ex-footballeuse, aujourd'hui consultante pour France Télévisions et ambassadrice de la compétition pour le site de Reims, livre son analyse sur le Mondial à venir et les performances des Bleues. Elle espère aussi que la pratique du football chez les filles va connaître un boom.

La Coupe du monde peut être un tremplin pour le foot fémininMarinette PICHON

LCI : Quel est votre état d'esprit à 100 jours de la Coupe du monde en France ?

Marinette PICHON : Je suis plutôt confiante au regard des dernières performances de l'équipe de France. Mais on sait tous qu'un événement majeur comme la Coupe du monde engendre beaucoup de choses. Ce sera d'autant plus vrai lorsqu'on va basculer dans la compétition et quand les 23 noms seront connus par Corinne Diacre (lors de la première quinzaine de mai, ndlr). Les filles partent avec l'objectif de sortir du groupe et d'aller le plus loin possible dans le tournoi. On a hâte d'y être et en même temps on prend la mesure de ce qui nous attend.


LCI : Le fait de voir le stade du Havre à guichets fermés face aux États-Unis (3-1) mi-janvier confirme un engouement pour les Bleues. Le pari est-il en passe d'être réussi ?

Marinette PICHON : Je dirais oui. On le voit dans l'affluence à chaque rencontre, à chaque déplacement des filles dans le pays... Je n'ai pas d'inquiétude aujourd'hui sur le fait que cette ferveur sera pérenne jusqu'au lancement de la Coupe du monde et que cela durera pendant toute la compétition. Désormais, il faut qu'on puisse créer des temps festifs, des moments d'échanges sur les "fan zones", qu'on favorise cette mixité intergénérationnelle et puis pourquoi pas susciter auprès des filles, jeunes et moins jeunes, des vocations de joueuses, dans l'arbitrage, le bénévolat ou l'encadrement au sein d'une association sportive.

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Le football féminin a la cote depuis le Mondial en Russie

LCI : Comment jugez-vous l'évolution médiatique depuis l'arrêt de votre carrière en 2007 ?

Marinette PICHON : On a une couverture médiatique bien plus large qu'auparavant. Le football féminin est plus souvent diffusé à la télévision (le groupe TF1 sera diffuseur officiel du tournoi, ndlr). Les ambitions de chaque acteur au sein de la Fédération française et des clubs y sont pour beaucoup. Il ne faut pas non plus oublier France Télévisions et Eurosport qui ont aidé à lancer cette reconnaissance. Il faut rendre à César ce qui est à César. La Coupe du monde peut être un tremplin. On a pu le constater sur chaque événement majeur organisé en France, avec le handball, le football chez les garçons ou encore le rugby chez les filles. Après il faut rester lucide sur les contraintes - manque d'infrastructures, de terrains et de créneaux - que chaque club rencontrera pour accueillir les nouvelles licenciées. Il faudra voir comment on gère cet héritage post-Coupe du monde, comment on sensibilise les clubs pour se rapprocher, mutualiser les ressources et ainsi permettre l'accueil des nouvelles venues dans les meilleures conditions. 

Une poule abordable mais pas si facile pour l'équipe de FranceMarinette PICHON

LCI : On ne peut s'empêcher d'imaginer les Bleues imiter leurs homologues masculins, champions du monde en Russie en juillet dernier. N'est-ce pas trop de pression à assumer ?

Marinette PICHON : En France, on imagine souvent les choses avant qu'elles ne soient arrivées. C'est parfois un peu notre tort. Par le passé, on a vu sur des événements qu'il ne fallait pas se projeter aussi loin parce que cela générait des désillusions. Il faut vivre les matches l'un après l'autre, engranger des points et se rassurer sur l'aspect sportif avant de se voir soulever le trophée. Évidemment, tout le monde en rêve. Ça viendrait entériner ce qui a été fait depuis des années. Ce serait fabuleux, ce serait magique. Maintenant, on sait tous qu'un événement de ce type suscite du stress et des angoisses. L'incertitude sportive existe. Même si on est conscient du talent intrinsèque de l'équipe de France, il y aussi des talents ailleurs. La Coupe du monde, c'est vraiment le top niveau. Les meilleurs pays sont rassemblés et ambitionnent tous d'aller chercher cette fameuse coupe le 7 juillet. La France n'est pas la seule à la vouloir.

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Coupe du monde de football : 2019 ressemblera-t-elle à 2018 ?

LCI : Les Bleues ont hérité d'une poule abordable avec la Corée, la Norvège et le Nigeria...

Marinette PICHON : Abordable mais pas si facile que ça. Jouer la Corée en match d'ouverture (le 7 juin, ndlr), ce ne sera pas si évident. On connaît la rigueur, l'abnégation et la capacité de cette équipe à subir puis à créer la surprise. C'est un jeu difficile à manier. C'est assez dense, avec un bloc bas qui laisse peu d'espaces et des joueuses qui mouillent le maillot. Attention aussi à la Norvège, c'est une équipe qui revient au haut niveau. Quant au Nigeria, c'est un peu l'inconnue. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Je suis un peu sur la réserve parce que tous les pays qui participeront au Mondial 2019 ne sont pas là par hasard. Ils se sont tous imposés à un moment donné sur leur continent. Tous voudront aller au bout.


LCI : Corinne Diacre affirme d'ailleurs que la France n'est "absolument pas favorite" malgré de belles performances ces derniers mois. Partagez-vous l'analyse de la sélectionneuse ?

Marinette PICHON : Il y a des nations qui ont montré depuis des décennies qu'elles répondaient présentes dans les grandes compétitions. On les retrouve en quarts, en demies ou en finale. Je pense au Japon, à l'Allemagne, aux États-Unis, à l'Angleterre, à la Norvège qui revient bien, à la Chine et aussi aux Pays-Bas qui nous ont éblouis en remportant l'Euro 2017. Donc, oui, elle a raison, elle n'est pas favorite. Et puis quelque part elle protège aussi son groupe de la pression. 

Ce serait une reconnaissance de tout le travail accompliMarinette PICHON

LCI : La France est installée dans le Top 5 mondial malgré un palmarès vierge. Ne lui manque-t-il pas un grand titre pour avoir enfin la reconnaissance qu'elle mérite ? 

Marinette PICHON : Évidemment, un trophée viendrait entériner ce qui a été fait depuis des années par les clubs, la Fédération, les districts... Ces gens qui œuvrent au quotidien sur le bord du terrain. Ce serait une reconnaissance du travail accompli. Une consécration. 


LCI : Selon vous, les Bleues envient-elles le succès des garçons ?

Marinette PICHON : Non, ce n'est pas de l'envie. Tout simplement parce que le foot féminin n'existe pas depuis aussi longtemps que le foot masculin. Il faut apprécier l'évolution qui a été réalisée, les ressources qui nous ont été données pour performer au plus haut niveau. Pour moi, l'envie est un sentiment plutôt négatif. Il faut se satisfaire de ce qu'on a. Dire "on peut faire aussi bien qu'eux", ce serait une connerie parce qu'on n'a pas les mêmes moyens et les joueuses ne sont pas professionnelles pour l'ensemble du groupe. Le football féminin a encore besoin de reconnaissance. Cela viendra par des performances et un titre. 

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