Coupe du monde 2019 : Jill Ellis, la patte anglaise des Américaines

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ARCHITECTE - En poste depuis cinq ans à la tête des États-Unis, Jill Ellis mène d'une main de fer la sélection américaine, qu'elle a ramené sur le toit du monde en 2015. Ce mardi, ses joueuses affrontent en demi-finales l'Angleterre, le pays où elle est née et qu'elle a quitté pour vivre sa passion, pour entretenir l'espoir d'un doublé inédit en Coupe du monde.

Anglaise de naissance, Américaine de cœur. Née à Portsmouth et élevée à Cowplain, Jill Ellis sera dans le camp d'en face, survêt' aux couleurs du "Team USA", mardi (à 21h, en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI) lors de la demi-finale face à l'Angleterre. "Je suis complètement Américaine sauf quand je vais faire mes courses au supermarché avec mon caddie !", rigole la sélectionneuse des États-Unis lorsque l'on lui demande de quelle nationalité elle se revendique. "C'est aux États-Unis que j'ai pu devenir footballeuse, puis coach, ce qui n'était pas prévu au départ. Même si l'Angleterre, c'est beaucoup de souvenirs." 

Propulsée sur le banc de la sélection américaine en mai 2014, la naturalisée Jillian "Jill" Ellis a refait des "Stars and Stripes", alors en crise, l'équipe-référence du football féminin. Pur produit du "soccer" américain, cette dévouée collaboratrice de la Fédération depuis une vingtaine d'années a repris les États-Unis en main pour les mener jusqu'au titre lors du Mondial 2015 au Canada, la troisième étoile des Américaines après 1991 et 1999. "Si j'étais restée au Royaume-Uni, je ne suis pas sûre que j'aurais embrassé la même carrière", reconnaît d'ailleurs l'Anglo-américaine de 52 ans. "Là, c'était une occasion en or."

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L'exil aux USA pour vivre son rêve

Fille de John Ellis, vétéran de la Royal Marine, Jill hérite de sa passion pour le football. Avec son frère Paul, elle joue dans le jardin familial la semaine et accompagne son père, entraîneur, sur les terrains le week-end. Mais son intérêt précoce pour le football est étouffé par des règles de genre strictes en Grande-Bretagne. La Fédération anglaise (FA) avait interdit la pratique aux femmes en 1921, empêchant aux joueuses de poursuivre une carrière professionnelle. Cette privation n'a été levée qu'en 1971 mais il a fallu attendre encore une décennie pour que les mentalités changent réellement. Jusqu'à ses 14 ans, elle est ainsi confinée au hockey sur gazon et à l'athlétisme, rares disciplines sportives où les filles étaient admises. 

Pour elle, le déclic a lieu en 1980. À cette époque, sa famille s'installe outre-Atlantique, dans le nord de la Virginie, où son père - qui deviendra, par la suite, coach assistant de l'équipe nationale féminine - ouvre une académie de football, aujourd'hui dirigée par son frère Paul et dans laquelle Jill commence à jouer en compétition. Dès 1984, en parallèle de ses études de littérature au William & Mary College, elle rayonne dans sa carrière universitaire de joueuse. À la fin de son cursus, elle choisit de marcher dans les pas de son père. En 1988, Jill Ellis prend en charge l'équipe universitaire de North Carolina. Ses performances (248 victoires, 63 défaites et 14 nuls) lui valent de décrocher les sélections américaines des U20 et 21. 

Sa carrière suit ensuite la logique des choses. Celle qui devient l'adjointe de la légendaire Pia Sundhage entre 2008 et 2012, lors des conquêtes olympiques de la "Team USA" à Pékin et Londres, patiente dans l'anti-chambre de la sélection américaine. Son tour vient lorsque l'Écossais Tom Sermanni est mis à la porte après une 7e place à l'Algarve Cup, l'un des pires résultats des États-Unis dans une grande compétition. Intérimaire, l'ancienne joueuse universitaire convainc la Fédération américaine du bien-fondé de son projet. Elle décroche le poste de sélectionneuse à plein temps et les pouvoirs qui vont avec.

Une doctrine de rigueur et d'exigence

Surnommée la "Dame de fer", une référence à peine voilée à l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher, Ellis met sa méthode à l'épreuve. "Mon boulot, c'est de créer un environnement où mes joueuses peuvent potentiellement souffrir, voire échouer, afin de les forcer à puiser au plus profond d'elles", explique-t-elle. Dès sa première année, sa discipline de fer porte ses fruits. Elle ramène les États-Unis sur le toit du monde en 2015. Mais son échec cinglant aux JO de Rio en 2016 la contraint à revoir son approche. Inspirée par la doctrine chère à Sir Alex Ferguson, selon laquelle l'institution est au-dessus des joueuses, elle remet en question sa gestion humaine et sportive pour tirer le meilleur de ses joueuses, quitte à se montrer impitoyables avec les plus symboliques d'entre elles. Elle pousse à la retraite Hope Solo, l'emblématique gardienne de la "Team USA", et met sa meilleure joueuse Carli Lloyd sur le banc. "Pour gagner, il faut avoir un effectif dense qui soit prêt à accepter tous les rôles", prévient-elle alors.

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Coupe du monde 2019 : les Américains, fiers de leur équipe

Avec le succès viennent inévitablement les critiques. Attaquée pour son absence de leadership et son incapacité à résister à la pression, Jill Ellis répond sur le terrain. Avec elle, les USA sont redevenus une machine à gagner. Sur les 43 derniers matches joués, les Américaines n'ont enregistré qu'une défaite face aux Bleues (3-1) en janvier dernier. "L'idée d'aller en France en début d'année alors que notre championnat n'avait pas débuté, était de voir comme elles allaient réagir. Notre objectif, c'est qu'elles soient chaque jour en difficulté mentalement et physiquement, c'est qu'elles soient constamment sur le fil du rasoir", expliquait la meilleure entraîneuse Fifa 2015. Ne jamais penser que tout est acquis, voilà sa philosophie.

Cet été, en France, l'Anglo-Américaine peut devenir la première sélectionneuse à remporter deux Coupe du monde, et consécutivement, à la tête d'une équipe senior. "Moi, je veux gagner. Je ne pense pas à savoir si ce sera un deuxième de suite ou si on a un titre de Coupe du monde à défendre. On s'attelle à la tâche qui nous est donnée", indiquait-elle avant le tournoi. Mais, avant d'y penser, il lui reste encore deux marches à gravir : la première contre l'Angleterre. Son père, John, affiche d'ailleurs une confiance sans faille quant à la capacité de Jill à surmonter ces obstacles : "Elle a un travail à faire et elle va le faire." 

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