Coupe du monde 2019 : Marta, la fille spirituelle de Pelé devenue reine de la Seleção

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La Coupe du monde féminine de football 2019

ICÔNE - Adoubée par la légende Pelé, Marta rayonne sur le foot féminin depuis une décennie. La numéro 10 du Brésil, née dans la misère, s'est battue pour montrer qu'une fille pouvait aussi jouer au ballon. En France, c'est sur elle que reposent les espoirs de la Seleção en quête d'une couronne mondiale.

Au Brésil, elle est la reine dans un pays où le football est roi. "Marta n'a pas l'aura de Pelé mais elle est considérée comme la reine du football. On la surnomme d'ailleurs "la Pelé en jupe", explique à LCI Eric Frosio, correspondant pour L'Équipe, France Football et Canal+, qui vit à l'année à Rio. Considérée par beaucoup, et à juste titre, comme la meilleure footballeuse de tous les temps, Marta Vieira da Silva est l'image du football féminin dans son pays. "Elle est super populaire, ça fait des années qu'elle est sur le circuit. Elle est invitée à la télé, elle fait la Une des journaux. Il n'y en a pas beaucoup, mise à part peut-être Formiga pour sa longévité. Et encore. Le foot féminin au Brésil, c'est Marta et personne d'autre."

Sextuple lauréate du prix de meilleure joueuse de la Fifa (2006, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2018), quatrième du Ballon d'Or féminin décerné à Ada Hegerberg pour la première fois par France Football en janvier, Marta dispute en France sa sixième Coupe du monde, compétition qu'elle n'a jamais remporté mais dont elle détient le record de buts tout sexe confondu avec 17 réalisations. Pourtant, petite, "rien ne la prédestinait à jouer au football", nous confie le journaliste. "C'est presque miraculeux ce qu'elle a réussi à faire."

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La seule fille au milieu des garçons

Née le 19 février 1986 et abandonnée par son père à l'âge d'un an, Marta grandit avec sa mère à Dois Riachos, une bourgade très pauvre et violente de l'État de l'Alagoas. Son parcours de vie témoigne des difficultés qu'une femme peut rencontrer dans une société paternaliste où le machisme et le sexisme prédominent. Scolarisée sur le tard, la jeune fille ambidextre découvre le football avec ses cousins. "À l'école, elle a pu jouer avec l'équipe masculine de futsal mais c'était la seule fille au milieu de tous les garçons", nous raconte l'auteur du livre "Neymar, le prince du Brésil" (éditions Solar). 

Victime "de regards bizarres et commentaires méchants", comme elle le racontait en août 2017 pour The Player's Tribune dans une lettre à celle qu'elle était à 14 ans, Marta se bat pour "montrer qu'elle sait jouer au foot". Mais voir une fille taper dans un ballon fait grincer des dents. Lors d'un tournoi à Santana do Ipanema, un entraîneur demande son exclusion au motif qu'une fille qui touche aussi bien le ballon ne peut être qu'un garçon. "Il a alors menacé de boycotter le championnat si elle continuait à jouer", raconte Eric Frosio. Ni les organisateurs ni son équipe ne la défendent. Résultat des courses : elle est exclue.  

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Pourtant, cette injustice n'entame pas son caractère jovial et altruiste. La virtuose l'utilise pour "prouver que tout le monde à tort - tous ceux qui pensent qu'il n'y a pas de place pour les filles sur les terrains", dira-t-elle plus tard. À 14 ans, elle est repérée grâce sa rapidité et à la précision de ses passes par Helena Pacheco. La chasseuse de talents l'emmène jouer à Vasco de Gama. Deux ans plus tard, la section ferme et Marta poursuit ses rêves avec Santa Cruz, club de l'Etat du Minas Gerais. Le 23 avril 2003, alors qu'elle n'a que 17 ans, l'attaquante d'1m62 joue son premier match avec la sélection nationale. La même année, elle vivra sa première Coupe du monde aux États-Unis, éliminée en quarts de finale par la Suède, future finaliste.

Bien décidée à donner un coup de fouet à sa carrière après cette première joute internationale, la Brésilienne quitte son pays natal pour aller jouer à Umeå IK en Suède la saison suivante. En quatre saisons, elle inscrit 111 buts en 103 matches (un record !) et garnit son armoire à trophées avec quatre titres nationaux (2005, 2006, 2007 et 2008), une Coupe nationale (2007) et une Ligue des champions (2004). Entre 2006 et 2010, la numéro 10 auriverde monopolise le titre Fifa de la meilleure joueuse.

Adoubée par O'Rei Pelé

Après un bref passage à Los Angeles, où elle devient la joueuse la mieux payée au monde (445.000 euros), elle revient au pays sous les couleurs de Santos, le club de... Pelé ! "O Rei" qui l'adoubera en personne. "Être adoubé par Pelé, ce n'est pas rien", nous explique le correspondant pour L'Équipe. "Il est assez généreux de ce côté-là puisqu'il a adoubé Falcao au futsal, Robinho et Neymar pour le football, mais il a toujours eu beaucoup d'affection pour Marta. À chaque fois qu'il dit du bien d'elle, cela augmente sa popularité." Là-bas, elle forge sa légende en remportant la Copa Libertadores, équivalent de la C1 en Europe.

Les mois qui suivent, elle partage son temps entre Santos et les États-Unis, où elle va jouer dans trois équipes différentes en trois ans et ajouter deux nouveaux titres nationaux (2010 et 2011) à son palmarès. Après l'annulation de la saison 2012 de Women's Professionnal Soccer (WPS), en raison d'un conflit avec Dan Borislow le propriétaire des MagicJack, Marta retourne en Suède, d'abord au Tyresö FF (2012-2014) puis ensuite au FC Rosengård (2014-2017). En avril 2017, elle rejoint finalement Orlando Pride sans indemnité de transfert après avoir résilié son contrat à l'amiable avec le club suédois.

Un rêve inabouti avec la Seleção

Paradoxalement, si tout lui réussit en club, la footballeuse en activité la plus titrée individuellement et collectivement n'y arrive pas en équipe nationale. Car aussi fou que cela puisse paraître, l'attaquante et capitaine de la Seleção n'a remporté aucune grande compétition internationale en dehors de l'Amérique du Sud. Cinq fois champion du monde chez les hommes, son Brésil a, à chaque fois, buté sur la marche, ne faisant pas mieux qu'une place de finaliste en 2007. À 33 ans, la médaillée d'argent aux JO 2004 et 2008 aspire à briser la malédiction pour enfin "être championne du monde avec le Brésil". 

Malgré ce manque, ces performances lui ont valu d'être introduite fin 2018 au "Hall of Fame", le Temple de la renommée du foot auriverde, au mythique Maracana de Rio. Un honneur jusque-là uniquement réservé au roi Pelé, Garrincha, Zico ou Ronaldo, tous des hommes. "Marta a ce mérite-là d'y être arrivée alors qu'elle n'avait pas d'exemple autour d'elle. Les obstacles qui se sont dressés sur sa route étaient énormes. Être une fille, métisse et pauvre, cela ne lui a pas rendu la tâche facile. Elle est évidemment un modèle pour la jeunesse brésilienne qui vient de milieux défavorisés. Ça montre qu'il y a des moyens de s'en sortir", conclut le journaliste Eric Frosio. "C'est un exemple exceptionnel qui n'est pas assez valorisé." 

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