France-USA, mission impossible ? Pour Camille Abily, "ce quart de finale s'annonce ouvert, c'est quasiment du 50-50"

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LES RAISONS D'Y CROIRE - Entre chaleur caniculaire et ambiance de feu, les Bleues disputent un quart de finale historique face aux États-Unis ce vendredi à Paris. Interrogée par LCI, l'ancienne Bleue, aujourd'hui consultante pour les chaînes du Groupe TF1, Camille Abily explique pourquoi les Françaises ont leurs chances face aux championnes du monde américaines.

C'est une finale avant l'heure. Sous des températures caniculaires, dépassant les 30 degrés, les Bleues défient les États-Unis, grandes favorites à leur propres succession, en quarts de finale de la Coupe du monde ce vendredi 28 juin (à 21h, en direct sur TF1 et en live commenté sur LCI) dans un Parc des Princes plein à craquer. À la clé, une place dans le dernier carré du Mondial. Annoncé depuis plusieurs semaines, ce choc rappelle de mauvais souvenirs aux Bleues, souvent éliminées par les Américaines dans les grands rendez-vous. Mais la mission est loin d'être impossible pour les joueuses de Corinne Diacre.

Après avoir mis fin à sa carrière il y a un an, Camille Abily est aujourd'hui consultante pour les chaînes du Groupe TF1 pendant le Mondial. L'ancienne Bleue, fraîchement nommée entraîneuse-adjointe de l'Olympique lyonnais, garde un œil avisé sur les performances de l'équipe de France. À quelques heures de France-USA, elle détaille à LCI les chances françaises face aux championnes du monde américaines. Pour elle, "le quart s'annonce plus ouvert" que la demi-finale perdue par les Bleues en 2011.

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Les Américaines sont dégoûtées de jouer la France si tôt- Camille ABILY, ancienne joueuse de l'équipe de France

LCI : Les Bleues affrontent les États-Unis en quarts de finale. Quelles sont leurs chances ?

Camille ABILY : C'est quasiment du 50-50. Même si les États-Unis sont les N°1 mondiales et qu'elles sont les grandes favorites de ce Mondial, les matches à confrontation directe à un tel niveau d'opposition sont indécis. Les Françaises sont capables de faire de grands matches face aux Américaines. Elles l'ont prouvées lors du dernier amical entre les deux sélections en janvier (victoire 3-1 des Bleues, ndlr). Certes, c'était une rencontre à part parce que les joueuses de Jill Ellis n'étaient pas à 100% et qu'il leur manquait pas mal de monde mais ce genre de performance doit donner de la confiance à l'équipe de France.

LCI : Vous avez une relation privilégiée avec les Françaises. Comment les sentez-vous avant ce match ?

Camille ABILY : L'attente est longue. L'excitation est là. Elles n'ont qu'une hâte, c'est d'être enfin à ce soir pour jouer cette rencontre. C'est un peu plus simple pour les titulaires habituelles parce que, même si elles sont impatientes, elles profitent du repos qui a accordé à l'équipe pour récupérer le plus possible. Les filles qui ont moins joué, en revanche, n'ont qu'une envie, c'est d'en découdre enfin sur le terrain.

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LCI : Les Américaines ont choisi de faire des Bleues les favorites de cette confrontation...

Camille ABILY : C'est de l'intox. Ce qui est sûr, c'est qu'elles respectent énormément les Bleues. Pour en avoir parler avec certaines Américaines, elles sont dégoûtées de les jouer si tôt. Mais elles ont énormément confiance en elles. Elles savent qu'elles ont une équipe de qualité et qu'elles peuvent faire quelque chose. Elles essayent de mettre la pression sur les Françaises. Face aux Espagnoles (victoire 2-1, ndlr), elles s'attendaient à ce que ce soit un match plus facile. Au final, l'Espagne leur a posé des problèmes. Leur adversaire numéro un, c'est la France et elles la rencontrent dès les quarts de finale. 

La clé, ce sera la maîtrise technique et la capacité à les faire courir- Camille ABILY, ancienne joueuse de l'équipe de France

LCI : Il va faire très chaud au moment du coup d'envoi. Comment on s'y prépare-t-on ?

Camille ABILY : La chance est que le match se joue à 21h, donc le soleil sera tombé à cette heure-là. Même s'il fait très lourd au coup d'envoi, ne pas avoir le soleil qui tape sur les têtes, c'est déjà un gros point pour la chaleur et la répétition des efforts. Pendant la rencontre, les filles auront des boissons avec des sels minéraux pour ne pas perdre trop d'eau. C'est le problème qu'elles vont rencontrer. Vu qu'elles vont transpirer énormément, elles ont besoin d'une certaine quantité d'eau dans le corps. Après il fait chaud pour les deux équipes. Moi c'est que je me disais : "Si j'ai chaud, mon adversaire a chaud aussi". 

LCI : Les Bleues ont-elle la capacité physique suffisante pour tenir tête aux États-Unis ? 

Camille ABILY : Elles sont capables de répondre physiquement au défi des Américaines, j'en suis même sûre. Les filles sont très bien préparées, aussi bien dans la capacité athlétique sur la durée que dans l'impact. Après il ne faut pas forcément qu'on rentre dans ce jeu-là. Elles doivent être en mesure de proposer autre chose avec le ballon pour mettre en difficulté les États-Unis. La clé du match, ce sera la maîtrise technique et la capacité des Françaises à les faire courir. Les Bleues ont une très grosse assise défensive. Je ne parle pas que des défenseures. C'est tout le bloc qui défend très bien depuis le début du Mondial. Mais cela manque quelques fois de lucidité et de fraîcheur pour concrétiser les phases offensives. Après ce gros travail défensif, il faut qu'elles parviennent à mieux utiliser et à garder la balle pour prendre à défaut cette équipe. Les Américaines n'aiment pas courir après le ballon. Il faut réussir, comme a pu le faire par moments l'Espagne en huitièmes de finale, a les pousser dans leurs retranchements dans ce domaine.

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Il faut arriver en nombre dans la surface et accompagner plus les actions pour être plus efficaces- Camille ABILY, ancienne joueuse de l'équipe de France

LCI : L'attaque française reste encore en chantier. Que faut-il faire pour la redynamiser ?

Camille ABILY : C'est très difficile de marquer des buts. C'est toujours plus facile de défendre que d'attaquer. Les filles en sont conscientes. Elles ont travaillé devant le but mais est-ce que ce qui a été fait ces deux ou trois derniers jours va changer quelque chose ? Je n'en suis pas sûre. L'objectif, c'est de réaliser le bon geste au bon moment. C'est aussi d'arriver en nombre dans la surface, d'accompagner un peu plus les actions pour être plus efficaces. Eugénie Le Sommer est la clé de cette attaque. C'est la patronne, c'est elle qui apporte du liant et fait jouer ses copines. Par rapport aux qualités qu'on lui connaît, on ne l'a pas assez vue en action. Sur les grands matches, elles répond régulièrement présente donc ce sera le cas face aux États-Unis, je l'espère en tout cas. On aura besoin d'une grande Eugénie pour se qualifier.

LCI : Face au Brésil (2-1), Kadidiatou Diani a fait forte impression. Elle a fait sauter les lignes en percutant dans son couloir droit. Est-ce quelque chose à reproduire d'écarter le jeu sur les côtés ?

Camille ABILY : Il faut qu'on utilise la largeur. On a des joueuses sur les côtés capables de le faire. Cela peut être Eugénie (Le Sommer), Amel (Majri) ou Kadidiatou (Diani). Dès qu'elles utilisent la largeur, les Bleues mettent l'adversaire en difficulté. Mais, comme je l'ai dit, il faut mettre du monde dans cette surface de réparation. La surface de vérité, elle est là et c'est comme ça qu'elles marqueront des buts. Il faut surtout que l'équipe tienne bien le ballon. Il faut un bloc compact. Si les filles sont éloignées, c'est plus difficile pour construire les actions. Dès qu'elles vont récupérer le ballon, elles devront mettre énormément de mouvements. C'est la clé. On attend beaucoup de nos joueuses offensives mais attaquer quand on est deux ou trois face à cinq ou six adversaires, surtout les Américaines, c'est très difficile.

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France-USA : "La puissance des attaquantes françaises va peut-être faire la différence"

LCI : En 2011, vous faisiez partie des Bleues qui ont affronté les Américaines en demi-finales. Vous les aviez mis en difficulté malgré une élimination à la clé (3-1). Doit-on s'attendre au même match ?

Camille : Ce sera très différent. À l'époque, il y avait un impact athlétique nettement en faveur des États-Unis. On a concédé des buts, notamment sur corner avec Abby Wambach. Aujourd'hui, il n'y a pas plus ce décalage entre les équipes. On a des joueuses, je pense à Wendie Renard et à Griedge Mbock, qui sont très solides dans ce domaine. Il y a moins de différences entre elles que lorsque nous les avons jouées en 2011. Nous, on avait essayé justement de faire parler notre technique pour passer. Cela avait failli marcher parce qu'on avait réussi à les accrocher, on avait des opportunités pour faire mieux. Ce quart s'annonce plus ouvert. On s'est rapprochées des Américaines, et peut-être même passées devant. On verra ce soir. 

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