Coupe du monde 2019 : pourquoi les États-Unis ne sont plus l'Eldorado du football féminin

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CONCURRENCE - Machine à gagner, les États-Unis vont tenter de conserver le titre qu'elles avaient remporté en 2015, ce qu'aucune nation n'a fait jusque-là. Mais, en coulisses, la culture du "soccer" universitaire, élément clé de la réussite américaine, est plus que jamais concurrencée avec l'universalisation de la pratique.

C'est la référence absolue du football féminin. Depuis trois décennies, les États-Unis écrasent la concurrence, fortes d'un réservoir de joueuses talentueuses dans un pays où le "soccer", comme le nomme les Américains, est essentiellement pratiqué par les femmes. Sélection la plus titrée, avec quatre titres olympiques (1996, 2004, 2008 et 2012) en six participations, et une première place au classement Fifa, l'équipe des "Stars and Stripes" a toujours fini a minima sur le podium en Coupe du monde avec trois titres (1991, 1999 et 2015), une deuxième place (2011) et trois troisièmes places (1995, 2003 et 2007). 


En France, les tenantes du titre s'avancent en grandissimes favorites dans une compétition, où elles ambitionnent de devenir la première nation à réaliser le doublé en conservant leur trophée. Emmenées par leur ribambelle de stars (Alex Morgan, Carli Lloyd, Megan Rapinoe, Tobin Heath, Lindsey Horan,...), les filles de Jill Ellis ont du vécu en commun. Une douzaine de joueuses ont participé à la campagne victorieuse au Canada en 2015, huit d'entre elles ont joué la finale face au Japon (5-2) à Vancouver. À première vue, leur route semble donc toute tracée vers une quatrième étoile. La poule dans laquelle elle ont été reversées, avec la Thaïlande, le Chili et la Suède, seule équipe en mesure de pouvoir les surprendre, renforce cette impression.

Une loi pour étouffer la concurrence

Ce sentiment de supériorité du jeu américain ne date pas d'hier. Précurseur en la matière, le "soccer" féminin aux États-Unis puise sa force et vitalité dans le système universitaire. Une loi promulguée en 1972, baptisée "Title IX", interdit toute discrimination sur la base du sexe dans les programmes d'éducation soutenus par l'État. Dès lors, afin de respecter le principe de la parité, les universités ont mis sur pied des programmes dédiés exclusivement aux étudiantes, en leur offrant le même nombre de bourses et les mêmes avantages que les athlètes hommes. L'effet a été quasiment immédiat. La pratique a explosé chez les jeunes filles. En une vingtaine d'années, le nombre de lycéennes pratiquantes à triplé, passant de 120.000 en 1991 à près de 400.000 en 2018, selon le rapport annuel de la Fédération des associations d'écoles secondaires (NFHS)


"Cela a offert plus d'opportunités aux femmes de faire du sport et a mis en place un environnement compétitif pour les joueuses, ce qui a permis au final à l'équipe nationale d'exceller", analyse pour l'AFP Amanda Duffy, présidente de la National Women Soccer League (NWSL). Cette avance, associée à la quasi-absence de concurrence au niveau international, a permis aux États-Unis de s'assurer une domination sans partage, sur le long terme, avec la création d'un réservoir sans limite de joueuses à fort potentiel. "Il y a actuellement 400, voire 500 équipes pour des joueuses de 18 à 22 ans, nulle part ailleurs dans le monde on ne voit ça", indique Mark Parsons, entraîneur des Thorns de Portland. Preuve de la fiabilité du système américain. 

C'était la locomotive et derrière c'est en train de revenir fortSonia SOUID, agent de footballeuses et footballeurs

Pourtant, si les "Yanks" continuent d'amasser des trophées sur la scène internationale, le savoir-faire américain est aujourd'hui plus que jamais concurrencé. Notamment par la D1 française. Financièrement d'abord. Selon une étude réalisée en 2017 par Sporting Intelligence, spécialisé dans l'économie et la finance du sport, la D1 est la troisième ligue féminine la plus rémunératrice au monde (derrière la WNBA, la Ligue américaine de basket, et la Super Netball australienne). Les joueuses de D1 gagnent mieux leur vie que les joueuses américaines même si les salaires moyens (hors primes de match) restent encore faibles (42.188 euros brut en moyenne par an contre 23.301 euros).


Sportivement ensuite. En effet, il y a peu de temps, les joueuses du monde entier se battaient pour faire une pige en Amérique, à l'instar de la capitaine tricolore Amandine Henry passée par Portland. Le championnat nord-américain n'est plus une finalité. "Évidemment, cela reste le pays du soccer féminin mais aujourd'hui, grâce aux évolutions positives, ce n'est plus l'eldorado du football féminin. On a bien réduit le fossé", explique à LCI Sonia Souid, l'une des premières femmes au monde agents de footballeuses et footballeurs. "C'était la locomotive et derrière c'est en train de revenir. C'est pour cela que des Américaines sont venues jouer en France". À l'image d'Alex Morgan, la première star du football passée cinq mois par Lyon à l'hiver 2017.

L'universalisation rebat les cartes

D'ailleurs, jusque-là voie à suivre pour les footballeuses en herbe, la culture universitaire a perdu de sa toute puissance. Ainsi, Lindsey Horan a snobé une bourse universitaire de l'université de North Carolina, l'une des plus prestigieuses, pour partir découvrir le football en Europe. En 2012, elle est ainsi devenue, à 18 ans, la première sportive américaine à signer un contrat avec un club pro dès la sortie du lycée : le PSG. Elle est finalement rentrée au pays début d'année 2016, car les contraintes des championnats européens n'étaient pas compatibles avec la sélection américaine. Résultat : la totalité des 23 joueuses retenues pour le Mondial en France évoluent en NWSL. Un avantage puisqu'elles se connaissent très bien mais cela entraîne, par ricochet, une perte de crédibilité du championnat nord-américain puisqu'il se referme en quelque sorte sur lui-même.


Pour autant, cette nouvelle donne ne remet pas en question la viabilité du système, ce qui se fait encore de mieux à l'heure actuelle. Il fournit toujours autant de talents à l'équipe nationale. Sur le papier, les Américaines restent au moins un ton au-dessus de la concurrence. Seulement, voilà, autrefois tout puissant, le "soccer" américain n'a plus le monopole du terrain.

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