L’équipe féminine des États-Unis se voit offrir plus de 500.000 dollars pour lutter contre l’inégalité hommes-femmes

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La Coupe du monde féminine de football 2019

FOOTBALL - La multinationale américaine Procter & Gamble (P&G) s'est positionnée dimanche en soutien aux stars américaines du football féminin dans leur lutte pour l'égalité salariale, en leur accordant une prime collective de 529.000 dollars après leur victoire en Coupe du monde.

Fin juillet 2012 : la Fédération japonaise de football décide de convoyer ses équipes masculine et féminine dans le même vol pour Londres, où se tiennent, cette année-là, les Jeux olympiques. Les femmes, alors récentes vainqueures de la Coupe du monde 2011, prennent place en classe économique, tandis que les hommes, humbles 8es de finalistes du Mondial 2010, s’asseyent en classe business. Ce n’est, certes, qu’un symbole, mais un symbole fort.


Mi-juillet 2019 : la multinationale Procter & Gamble (P&G) achète une pleine page de publicité dans l’édition de dimanche du New York Times, où l’entreprise, faisant partie, via sa marque de déodorants Secret, de la douzaine de sponsors de l’équipe féminine de football des États-Unis, récemment sacrée championne du monde en France, demande à la Fédération de football des États-Unis (USSF) de se mettre "du bon côté de l'histoire", et annonce avoir offert 23.000 dollars à chacune des 23 joueuses, au nom de la lutte pour l'égalité salariale entre hommes et femmes.

Ce n’est encore qu’un symbole, mais aussi (surtout) un signe des temps. "Après que tous les toasts, les applaudissements, les défilés et les récompenses sont passés, le problème demeure. L'inégalité, c'est plus qu'une question de salaire et de joueurs, c'est une question de valeurs. Profitons de ce moment de fête pour faire avancer le sport féminin. Nous exhortons la Fédération américaine de football à être un modèle fort et à mettre fin une fois pour toutes à l'inégalité salariale entre les sexes, pour tous les joueurs", peut-on lire dans cette publicité, invitant, au passage, tous les "supporters, amis, sympathisants, organisations et marques" à se battre pour cette parité salariale.

Aucun autre sponsor n’a pris, pour l’heure, pareille initiative, même pas Nike qui, au moment même où les Américaines ont soulevé la coupe le 7 juillet dernier, a rendu public un spot dédié aux championnes du monde et à cette question spécifique de l’égalité des salaires. "Nos sponsors font partie des entreprises les plus puissantes, pas seulement dans le sport, mais dans le monde, et elles ont un poids à faire valoir dans ce débat. Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a plus aucune honte à le faire valoir", a estimé, de son côté, la capitaine Megan Rapinoe devant plusieurs médias dimanche.

Vous savez quoi ? Je vais me battre pour l’égalité des salaires, tous les jours, pour moi, pour mon équipe, et pour chaque personne, homme, femme, migrant, citoyen américain, personne de couleur, peu importe, jusqu’à ce que sois dans ma tombe.Megan Rapinoe dans The Guardian dimanche

La montée au créneau de P&G s’inscrit dans le combat mené par plusieurs joueuses et membres du staff du "Team USA" (28 personnes en tout), qui ont intenté, au mois de mars dernier, une action en justice contre l'USSF pour "discrimination sexiste insititutionnalisée". Dans sa plainte, tout ce petit monde réclame plusieurs millions de dollars en arriérés de salaires et en dédommagement au motif des primes plus faibles qui leur sont accordées, de leurs conditions d'entraînement, d’hébergement et d’un suivi médical moins bons que ceux de leurs homologues masculins, qui sont loin d'avoir remporté les mêmes succès sur le terrain ces vingt dernières années.

Il est cependant à noter qu’avant P&G, et avant même le coup d’envoi du Mondial 2019 en France, un autre sponsor, Visa, signait un contrat de cinq ans avec l'USSF et annonçait qu’au moins la moitié de ses investissements devait concerner l’équipe nationale féminine et, plus largement, un programme dédié au sport féminin. Et qu’en avril dernier, la marque Luna Bar promettait à chaque joueuse de la sélection américaine un bonus de 31.250 dollars, représentant précisément le manque à gagner avec ce qu’auraient gagné les hommes pour la même performance sportive.

Le "Equal Pay" devenu un cri de ralliement

Ces initiatives témoignent toutefois de la complexité de l’affaire, footballeuses et footballeurs ne dépendant pas, aux États-Unis, de la même convention collective. Surtout, au pays du soccer, à la différence ce qui se fait en Europe, les salaires sont directement versés par la Fédération. Et si les hommes ont, au moment de négocier en 2016, demandé de plus gros salaires en club et des primes de victoires, les femmes, elles, ont dû renoncer aux primes en sélection pour obtenir la garantie de voir leurs salaires en club versés chaque mois. En parallèle, les primes de participation à une Coupe du monde demeurent dix fois plus élevées côté masculin que côté féminin. 

Dans ce contexte, le quatrième titre de championnes du monde décrochées par les Américaines, et les prises de parole publiques récurrentes de joueuses emblématiques telles que Megan Rapinoe et Alex Morgan, n’ont plus rien de symboliques et apparaissent désormais comme un moyen concret d’obtenir cet "Equal Pay" scandé à maintes reprises en tribunes durant les matchs de l’équipe des États-Unis cet été en France, et même lors de la parade triomphale à New York lundi dernier.

"Pour les marques, et en particulier pour celles faisant parties des sponsors de notre sélection, soutenir nos joueuses à la fois financièrement et publiquement est immensément significatif et important, se réjouit ainsi Becca Boux, directrice exécutive de la Fédération américaine de football, dans les colonnes du New York Times. L’égalité salariale est un problème systémique qui nécessite des solutions systémiques.  Les entreprises sont des acteurs puissants et influents au sein du système qui peuvent induire des changements profonds. Et durables." Peut-être même, qui sait, jusqu’au Japon.

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