Comment les Bleues ont dépassé la gigantesque pression du match d’ouverture (sans faire comme les garçons)

Football
FOOTBALL - L’équipe de France a débuté "sa" Coupe du monde de la plus belle des manières en étrillant la Corée du Sud façon puzzle (4-0) vendredi soir au Parc des Princes. Le tout en gérant parfaitement les émotions liées à l’événement. Et pour cause.

Tous les sportifs vous le diront : à un certain degré de répétition des entraînements, la technique ou le physique ne suffisent plus à faire la différence. Ce qui distingue ainsi l’élite du commun des mortels, c’est la gestion de la pression, du stress lié aux attentes, et donc la capacité à s’en affranchir pour réciter les fondamentaux, comme si de rien n’était. 


C’est ce qu’ont vécu, vendredi soir dans un Parc des Princes à guichets fermés, les joueuses de l’équipe de France féminine, confrontées non seulement à la Corée du Sud lors du match d’ouverture de la première Coupe du monde en France, mais aussi à un engouement absolument sans précédent autour de leur discipline. Et si les jambes n’ont pas tremblé, ce que dit à la fois le score (4-0) et le jeu développé, c’est que les têtes sont restées froides.

Plus froides, en tout cas, que celles des hommes, qui ont connu quelques sueurs froides avant d’arracher une victoire poussive (2-1) face à la Roumanie en ouverture de l’Euro 2016. Les joueurs hommes ont d’ailleurs tendance à dire que, pour aborder au mieux pareil événement, il convient de se mettre dans sa bulle, de faire totalement abstraction de l’environnement.


"Le secret, c’est de faire le vide", explique, par exemple, le champion du monde 98 Marcel Desailly au Parisien ce samedi. "Souvent, les gens s’étonnent que les footballeurs ne chantent pas l’hymne national à tue-tête. Mais il faut comprendre que tout est dans la concentration qui précède l’événement. Il faut tout évacuer avant d’entrer sur le terrain, ne surtout pas se faire de scénario dans la tête, se voir marquer, s’imaginer prendre le dessus sur son adversaire direct... Sortir de sa bulle, c’est le meilleur moyen de passer à côté."

Au lieu d’essayer de contrôler les émotions qui pouvaient nous paralyser, on a fait un pacte entre nous.Gaëthane Thiney

Les Bleues ont-elles suivi ce conseil ? "On pensait souffrir beaucoup plus, mais je crois que les Coréennes ont moins bien géré que nous le facteur émotionnel de la rencontre", a confié, après coup, la sélectionneuse, Corinne Diacre. "Mes joueuses savaient à quoi s'attendre. Je n'ai pas vraiment d'emprise sur leur ressenti. Mais elles savent comment moi je fonctionne. Je me suis préparée comme une joueuse. Je me suis refusé toute émotion. J'attendrai la fin de la compétition."


Pourtant, à écouter lesdites joueuses après la rencontre, il faut croire qu'elles n’ont voulu faire ni comme leurs homologues masculins, ni comme leur coach. Bien au contraire. "Au lieu d’essayer de contrôler les émotions qui pouvaient nous paralyser, on a fait un pacte entre nous", a en effet révélé l’attaquante Gaëthane Thiney, qu’on a vue, comme d’autres joueuses françaises, émue aux larmes durant la Marseillaise. "On s’est données le droit de tout vivre à fond. Si on avait envie de pleurer, on pleurait. Si on avait envie de sourire, on souriait. Mais une fois dans le match, on se devait de tout donner."

Pour schématiser, quitte à flirter avec le cliché, on pourrait donc dire que les filles, plutôt que de cacher leur ressenti comme les garçons ont coutume de le faire, ont délibérément choisi, elles, de les assumer. 


Ce qu’a confirmé la défenseuse Marion Torrent en ces termes : "On ne va pas se mentir, quand on se tenait par les bras pendant l’hymne, je nous sentais toutes trembler comme des feuilles. Moi, en plus, j’ai croisé le regard de mon père en tribunes. Je n’ai pas pu retenir mes larmes. Mais plutôt que de nous anéantir, toute cette émotion nous a boostées, ça nous a donné une force incroyable. Ce match, on l’a imaginé des dizaines et des dizaines de fois avant de le jouer, mais on n’aurait jamais pensé qu’il puisse se dérouler aussi bien." En l’occurrence, tout était dans son "on ne va pas se mentir".

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