Coupe du monde féminine : Kenza Dali, la bombe à retardement

Football

EQUIPE DE FRANCE - Moins connue du grand public que Laura Georges, Laure Boulleau et Camille Abily, ses coéquipières en Bleu, l'épatante Kenza Dali a longtemps suivi son petit bonhomme de chemin à l'ombre des projecteurs. Mais le Mondial féminin qui débute samedi au Canada devrait faire exploser son immense talent à la face de la planète tout entière. Portrait

Il y a des signes qui ne trompent pas. Une frappe magnifique déviée par la gardienne de Francfort, puis un corner déposée sur la tête de Marie-Laure Delie lors de la finale de Ligue des champions perdue (1-2) par le PSG le 14 mai. Un centre parfait pour la même Marie-Laure Delie lors du match amical France-Écosse (1-0) le 28 mai. Un centre en retrait décisif pour Elise Bussaglia mercredi face à une sélection du Québec, dernier match de préparation des Bleues avant la Coupe du monde au Canada, qui débute samedi . Avec 11 buts marqués lors de ses 17 derniers matchs en club (15 titularisations), c'est peu dire que Kenza Dali va aborder ce Mondial en pleine bourre. Selon bien des observateurs, sa place de titulaire durant le tournoi, loin d'être acquise en début de saison, relève désormais de l'évidence. Comment la talentueuse milieu de terrain, peu connue du grand public, est-elle arrivée là ?

Même si elle est jeune (23 ans), Kenza Dali a en fait toujours dû s'armer de patience avant de mettre tout le monde d'accord. D'une nature "très réservée" (c'est elle-même qui le dit) et issue d'un milieu modeste, cette banlieusarde de Lyon s'est même fait une spécialité de forcer le Destin. "Sans la règle interdisant aux filles d'évoluer avec les garçons à un certain âge, j'aurais pu jouer toute ma vie avec eux. Ma famille n'est pas du tout portée sur le foot, racontait-elle au Parisien fin 2013. Mon père est un blédard, un Algérien venu seul en France à 18 ans, pendant la guerre. Il n'est pas allé à l'école, il ne sait ni lire ni écrire. Pour lui, le foot ne signifie pas grand-chose. Mais il a toujours été d'accord pour que j'en fasse. Il a juste eu du mal quand j'ai quitté la maison pour Rodez, à 600 km de là."

"J'aime beaucoup l'école !"

Au moins de janvier dernier, cette tête très bien faite, titulaire d'un bac STG (avec mention très bien) et d'un DUT de marketing, confiait à L'Équipe  : "À la base, le football n'était pas du tout mon projet professionnel. Après mon DUT, je voulais poursuivre avec une licence dans l'évènementiel, puis un master, ou entrer dans une école de commerce. J'aime beaucoup l'école !" Mais, à 16 ans, elle saisit l'opportunité de signer un premier contrat pro avec l'OL, le club de sa ville et, accessoirement, l'une des meilleures équipes du monde. Mais l'entraîneur qui la fait signer, Farid Benstiti, met les voiles pour la Russie. Et les choses ne se passent pas exactement comme prévu.

"C'était difficile de s'entraîner la semaine avec la meilleure équipe d'Europe et de jouer le week-end en réserve, admet-elle avec le recul. On gagnait parfois 20-0. L'effectif était tel que c'était bouché pour les jeunes." Alors, au bout de cinq ans, direction Rodez, un club amateur. "C'était comme reculer, mais après cette expérience, je peux maintenant aller n'importe où", assure-elle. Elle n'en aura pas besoin : en 2011, elle rallie le prestigieux PSG version Qatar, où elle retrouvera Farid Benstiti un an plus tard. Un rêve. "Avant, j'achetais tous les maillots. Alors, le jour où j'ai eu le mien… Je suis lyonnaise mais, quoi qu'il arrive, je resterai toujours supportrice du PSG, assure-t-elle. Je suis fan de ce club depuis Ronaldinho." Soit depuis ses dix ans.

"Même si je joue beaucoup, j'en veux toujours plus"

Elle s'y impose vite, même si, là encore, il lui manque longtemps quelque chose. "Je suis souvent la seule titulaire à ne pas avoir de sélection, rigolait-t-elle encore en décembre 2013. Quand tu vois Bresonik, championne du monde et d'Europe, Heath, championne olympique, Cruz, qui a tout gagné à Lyon, Georges, cadre des Bleues… On ne peut pas être dans un grand club sans grandes joueuses, sans accepter la concurrence. Et, même si je joue beaucoup, j'en veux toujours plus." Les portes de l'équipe de France s'ouvrent finalement à elle le 18 novembre 2013, suite au forfait de Marina Makanza.

Et, à force de progresser d'année en année, la voici aujourd'hui dans le groupe de Philippe Bergeroo appelée à disputer une Coupe du monde où la France fait partie des favorites. En balance avec Élodie Thomis sur l'aile droite, son profil polyvalent, qui lui permet de repiquer dans l'axe avec aisance, est devenu un immense atout. Le sélectionneur privilégie en effet la domination technique à la recherche de la profondeur, le registre de sa concurrente. "J'adore le jeu de possession, affirme Kenza Dali. J'aime donner du spectacle, les gestes techniques. Pour moi, c'est ça le football." Certains partent à la recherche de la nouvelle star. D'autres ont la chance de l'avoir sous le nez. Tic, tac, tic, tac... Cette fois, la bombe va exploser pour de bon. Ce n'est plus qu'une question d'heures.

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