En raison d’une "controverse sociale", le rappeur Damso renonce à composer l’hymne de l’équipe de Belgique

COUPE DU MONDE – Le rappeur belge Damso n'interprétera finalement pas l'hymne officiel des Diables Rouges lors du Mondial 2018, a annoncé ce vendredi l'Union belge de football, qui a cédé à la pression de ses sponsors.

L’Union belge de football (équivalent de notre Fédération) n’a sans doute jamais aussi mal porté son nom. Elle a en effet publié ce vendredi un communiqué actant pour de bon la fin, "d’un commun accord", de sa collaboration avec le rappeur Damso, initialement choisi, à la demande des joueurs de l’équipe nationale, pour composer l’hymne des Diables rouges à la Coupe du monde 2018. En cause : "La controverse sociale autour dudit artiste et l'agitation de ces derniers jours" qui "font en sorte de détourner complètement l'attention de tout ce qui prime pour l'Union belge de football". Laquelle précise ensuite qu’elle veut "représenter toutes les franges de notre société".

Ses textes sont remplis de dégoût, de mépris et de violence verbale envers les femmes.Une association féministe belge

L’intéressé, lui, n’a rien dit, se contentant de tweeter ce vendredi un morceau d’une minute intitulé Humains avec le drapeau de la Belgique en arrière-plan, ce qui laisse penser qu’il s’agit de l’hymne qu’il avait spécialement composé.

Ce qui lui est reproché exactement ? Une influente association féministe belge nommée "le Conseil des femmes" l’a résumé dans un communiqué publié en novembre, dans la foulée de l’annonce par l’Union belge du choix de Damso. "Ses textes sont remplis de dégoût, de mépris et de violence verbale envers les femmes, pouvait-on notamment y lire.  Il est inacceptable qu'une personne comme Damso, connu pour son langage grossier et sexiste, soit le porte-drapeau de notre pays. Que dit ce choix sur notre société? Que nous ne voyons pas de problème à diffuser des propos haineux envers la moitié de l'humanité ?"

Cela dit aussi une fracture culturelle au sein de la Belgique où, comme en France, la culture hip-hop, ses codes et son langage (cru), restent confinés dans une marge. Très populaire parmi les joueurs de football, jeunes et pour beaucoup issus de l’immigration, Damso choque en revanche ceux, souvent plus âgés, qui entendent ses textes au premier degré. Parmi les punchlines les plus dénoncées par le Conseil des femmes, on peut citer pêle-mêle : "Souvent les plus moches qui sucent le mieux", "La bitch fait sa Françoise Hollande, j'lui dis de partir mais elle en redemande", "Toutes les chattes que j'aime sont des chiennes"… "Parler de sexe ne signifie pas être sexiste", avait répondu le rappeur.

On peut chanter ce que l'on veut, mais pas marquer des buts de cette façon.Le vice-Premier ministre belge

L’affaire est même devenue politique : "Cela n'est tout simplement pas possible. J'espère qu'on va laisser tomber. On peut chanter ce que l'on veut, mais pas marquer des buts de cette façon (sic)", a ainsi déclaré mardi soir le vice-Premier ministre Alexander De Croo à la télévision. Mais c’est vraisemblablement une pression des sponsors, ne jugeant pas Damso assez "rassembleur", qui a fait plier l’Union belge. Laquelle assurait pourtant encore mercredi : "Nous ne tenons pas à être pris en otage par cette polémique et réaffirmons une nouvelle fois notre choix."

Au départ pourtant, tout allait bien dans le meilleur des mondes. L’Union belge qualifiait le rappeur de "modèle d’intégration pour la jeunesse" et les joueurs de la sélection s’était mis en scène dans une vidéo pour offrir à Damso un maillot, séquence alors synonyme d’annonce officielle.

Cela s’inscrivait dans une tradition belge qui avait notamment vu Stromae réaliser l’hymne de la Coupe du monde 2014 avec le morceau Ta fête, qui lui avait valu un certain succès. 

En vidéo

Mondial de foot : Stromae, mascotte de la Belgique

Cette polémique belge permet en tout cas de mieux comprendre pourquoi la Fédération française de football opte généralement pour des choix très consensuels, à l’instar du mythique Tous ensemble de Johnny Hallyday en 2002, de l'éphémère #cpasgrave de Mickey 3D en 2014, ou de l'improbable I was made for lovin' you, my team de Skip the Use pour l’Euro 2016, chanté en anglais (!) et créé à l’initiative… d’un sponsor, Carrefour.

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