Disparition d’Emiliano Sala : le rôle trouble des agents McKay au cœur de l’enquête

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La disparition du footballeur Emiliano Sala

ZONES D’OMBRE – Willie McKay, l’agent mandaté par le FC Nantes pour transférer Emiliano Sala à Cardiff, livre ce jeudi sa version des faits dans les colonnes de "L’Équipe". Mais plusieurs points restent à éclaircir, sur les choix de l’avion et du pilote, qui ne manqueront pas d’intéresser les enquêteurs.

"Si je n’avais pas demandé le mandat à Nantes pour Sala, il serait toujours parmi nous."  Willie McKay s’exprime ce jeudi, avec une émotion certaine, dans L’Équipe, pour donner sa version des faits. L’agent anglais, souvent sollicité par les clubs français désireux de transférer des joueurs en Premier League, a été mandaté par le FC Nantes et a lui-même entrepris d’envoyer l’attaquant à Cardiff City. Un club qu’il connaît bien puisque ses deux plus jeunes fils, Jack et Paul, y sont footballeurs. Surtout, la famille McKay est directement impliquée dans la disparition, puisque c’est elle qui a proposé à Emiliano Sala d’effectuer le vol Nantes-Cardiff dans le Piper PA-46 disparu le 21 janvier au soir au-dessus de la Manche.

Qui est Willie McKay ?

La première fois que le nom de Willie McKay, discret entremetteur agissant dans l’ombre pour le compte des clubs (et non des joueurs, comme les agents classiques), remonte au 2 mars 2005. Ce jour-là, il est auditionné par la brigade financière de Nanterre et par le juge Van Ruymbeke dans le cadre de l’affaire des transferts suspects du PSG. La justice note alors que l’agent a perçu 15 millions d’euros de commissions entre 1999 et 2004, dont 5,6 millions ont été virés à des intermédiaires et 5,1 millions ont été retirés en cash à Monaco. "Je fais ce que je veux de mon argent. Je n’ai pas à me justifier sur mes dépenses en espèces", répond sans ciller le Britannique aux policiers... Avant de donner à l’un de ses chevaux le nom de Van Ruymbeke.

Pas de sentiments, simplement du business !- Willie McKay à Emiliano Sala le 6 janvier

Les footballeurs et agents ayant travaillé avec Willie McKay décrivent un personnage truculent, étalant ses liasses de billets et affirmant ne pas s’intéresser au football. Dans le mail qu’il a adressé à Emiliano Sala le 6 janvier pour le convaincre de passer par lui et de signer à Cardiff, que L’Équipe publie ce lundi, l’agent décrit sans faux-semblant son mode de fonctionnement : "Nous ne cherchons pas à doubler les agents, mais certains deviennent jaloux et protecteurs quand nous intervenons. En réalité, si tu n’es pas footballeur, ces gens n’en ont rien à faire de toi. Il n’y a que l’argent qui les intéresse. Parce que c’est ce qui nous intéresse tous. C’est pour ça que nous aimons travailler avec les clubs ! Pas de sentiments, simplement du business !"

Ce que dit Willie McKay

Quand Willie McKay propose à Elimiano Sala de lui offrir gratuitement (donc à ses frais) un vol privé pour rallier Nantes depuis Cardiff, c’est pour lui éviter un vol commercial avec correspondance plus long. "Quand vous dépensez 17 millions d’euros pour un joueur (le montant du transfert de Sala à Cardiff, ndlr), vous ne lui proposez pas un vol EasyJet", argue l’agent. Qui précise aussi, ce lundi dans L’Équipe, que le premier pilote sollicité, Dave Henderson, a refusé le job (sans dire pourquoi), et qu’il a donc fait appel ensuite à David Ibbotson. Problème : Ibbotson égare lundi sa carte de crédit (selon McKay), et c’est Henderson qui effectue à distance les dépenses liées au trajet. Ce qui explique pourquoi, dans un premier temps après la disparition, c’est le nom d’Henderson qui avait été identifié comme celui du pilote (son nom figure sur la liste des enregistrements à Nantes)...

Ce que ne dit pas Willie McKay

Un reportage de la BBC, datant d’octobre 2015, montre ledit Henderson en train d’évoquer son activité de "convoyeur d’avions privés" dans le monde entier, avec en arrière-plan l’avion même qui disparaîtra le 21 janvier dernier au-dessus de la Manche. Mais c’est donc Ibbotson qui, le vendredi 18 janvier, conduira d’abord Sala de Cardiff à Nantes. Un vol aller que Sala, inquiet, qualifiera déjà de "mouvementé" auprès de Nicolas Pallois, quand le défenseur du FC Nantes le ramène à l’aéroport pour le vol retour le lundi. Dans un message vocal envoyé ensuite à l’un de ses proches juste avant d’embarquer, l’attaquant argentin décrit un appareil "sur le point de tomber en morceaux".

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Ibbotson, comme Henderson, a l’habitude de travailler avec les McKay et dans le milieu du football. En conférence de presse lundi, Neil Warnock, le manager de Cardiff City, a ainsi affirmé : "J'ai déjà volé avec lui. C'était un pilote fabuleux, donc je ne comprends pas ce qu'il s'est passé." Un pilote "fabuleux", mais particulièrement mal préparé ce funeste lundi 21 janvier, comme le révèlent les plans de vol consultés par le quotidien Ouest-France, qui en citait de larges extraits dans son édition de lundi : changements de dernière minute, indications ne voulant rien dire ou fantaisistes (notamment des prévisions de vitesse beaucoup trop basses), erreur même dans l’immatriculation de l’appareil...

Nous n’avons pas participé à la sélection d’un avion ou d’un pilote.- Willie McKay samedi dernier

Ajoutez à cela qu’Ibbotson possédait une licence de pilote privé américaine (FAA) qui ne l’autorise pas légalement à piloter ce type d’avion, ni à se faire rémunérer pour un quelconque transport de passager. Les plans de vol indiquent aussi que le vol était prévu en régime de "vol à vue", c'est-à-dire sans autre repère pour le pilote que ce qu'il voit autour de lui, alors qu’un trajet de 500 km au-dessus de la Manche dans sa partie la plus large nécessite logiquement un autre mode de pilotage, le "vol aux instruments". Que la licence d’Ibboston ne permet pas non plus. 

En outre, les conditions météo auraient dû l’inviter à prendre de l’altitude, pour récupérer une plus grande masse d’air, mais le pilote a au contraire descendu (il a demandé à descendre de 5.000 à 2.300 pieds), ce qui a pu causer l’accident, avec du givre apparu sur les ailes.

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L’impréparation et l’inexpérience apparente d’Ibbotson interpellent d’autant plus que Sala a posé des questions à Jack McKay, fils de Willie, le lundi même du vol retour. Et les messages échangés entre les deux hommes, publiés par la BBC le week-end dernier, laissent apparaître une zone d’ombre. "Il a dit que c'était la même entreprise", répond, à la toute fin de leurs échanges sur WhatsApp, McKay à Sala, mais la question posée initialement par l’attaquant, ici, n’apparaît pas, alors que les conversations des jours précédents sont entièrement dévoilées... 

"Nous n’avons pas participé à la sélection d’un avion ou d’un pilote", assurait Willie McKay à la BBC samedi dernier. Avant, donc, de se contredire ce lundi dans L’Équipe. Nul doute que les enquêteurs de l’AAIB (Agence britannique chargée des accidents d’aviation) auront bien des questions à lui poser à ce sujet.

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