Pourquoi la famille d’Emiliano Sala craint que l’avion ne soit jamais extrait de l’eau...

Football
FINANCEMENT - David Mearns, chargé de mener les recherches financées à titre privé par le clan Sala pour retrouver l’avion disparu le 21 janvier dans la Manche, exprime désormais son inquiétude de ne pas voir l’appareil remorqué... en raison du coût de l’opération.

L’argent ne fait pas le bonheur, dit-on. Mais il aide parfois, même dans le plus grand des malheurs. Ainsi, trois jours après le funeste 21 janvier, au soir duquel l’avion piloté par Dave Ibbotson et transportant le footballeur Emiliano Sala a disparu des radars au-dessus de la Manche, c’est-à-dire le 24, la police de Guernesey avait annoncé avoir mis fin à ses recherches, arguant que les chances de retrouver des disparus dans de telles eaux étaient "infimes". 

On a déjà récupéré des avions dans des eaux bien plus profondes.David Mearns

La famille du footballeur avait alors dû recourir à une cagnotte, et aux dons de près de 5000 personnes (parmi lesquelles des footballeurs ayant généreusement mis la main à la poche), pour financer elle-même, à titre privé, de nouvelles recherches. Celles-ci, menées par l’océanographe David Mearns, véritable spécialiste de la traque des épaves sous-marines (son taux de succès est de 88% sur les 25 dernières années), ont finalement permis de retrouver l’appareil, contenant un corps restant à identifier. Mais la question de l’argent dresse désormais un nouvel obstacle.

"Les autorités britanniques sont en train d’évaluer a faisabilité d’un remorquage de l’avion. C’est la plus grande décision que doit maintenant prendre l’AAIB (Air Accidents Investigation Branch, l’équivalent anglais du BEA, en charge de l’enquête, ndlr). C’est une opération délicate mais faisable. On a déjà récupéré des avions dans des eaux bien plus profondes (cet avion est à 67 mètres de profondeur, ndlr). L’AAIB a une mission : déterminer les causes de l’accident. Mais elle n’inclut pas nécessairement la remontée des restes humains", explique David Mearns ce mardi dans L’Équipe.

Des frais à la charge du gouvernement britannique

Il développe ensuite : "Dans ce cas, l’avion a été trouvé. Vous devriez vous poser une question : pourquoi être impliqué dans ces recherches, localiser l’avion et ensuite décider de ne pas le récupérer ? Surtout quand il y a un corps. Si cet avion était tombé au milieu d’un champ, l’AAIB serait allé le chercher et l’aurait placé dans un hangar pour l’étudier. Ils auraient aussi récupéré les corps. Quelle est la différence entre un avion dans l’eau et un avion sur terre ? Ça coûte plus d’argent..."

Plus d’argent public, en l’occurrence, puisque les frais liés à une telle opération d’extraction (avec des plongeurs et une grue) puis de transport seraient à la charge du gouvernement britannique. Et c'est donc bien là que le bât pourrait blesser. "C’est cher", dit encore David Mearns (sans donner de montant précis), "mais combien pèse l’argent dépensé face à ces deux familles ? Pour moi, ça n’a pas de sens de se lancer dans ces recherches, de réussir à retrouver l’avion, ce qui pourrait permettre de trouver des indices sur ce qu’il s’est passé, et d’abandonner. Je ne pense pas que ce soit juste de prendre cette responsabilité." Le scientifique exprime là une inquiétude concrète, que lui a transmise la famille Sala dans un échange récent.

Franchement, le remorquage, c'est une question de volonté.David Mearns

La principale contrainte empêchant le remorquage reste la météo. "Une mer plate est nécessaire", a confié David Mearns au Guardian lundi soir. Or, en cette saison, les tempêtes sont quotidiennes au-dessus de la Manche... Ce mardi, auprès de l’AFP, le scientifique nuance toutefois son propos de la veille : "Il faut parvenir à soulever l’avion sans bouger le corps, et s’assurer que l’appareil reste en un seul morceau. Mais techniquement, c’est possible, en quelques jours. La profondeur n’est pas vraiment un problème, et avec le bon navire on peut gérer la météo. Franchement, c'est une question de volonté."

L’AIBB n’a pas daigné, pour l’heure, communiquer sur cette épineuse question, ni répondre aux sollicitations des médias, se contentant d'annoncer qu’elle diffuserait "un rapport d’ici deux semaines", ainsi qu'une "opération sous-marine" sur l'épave dans les prochains jours. En attendant, David Mearns tient à rappeler l'urgence de la situation ('Le temps presse lorsqu'il s'agit d'un corps."), mais aussi toute l’importance des fonds récoltés via la cagnotte, lancée deux jours après l’arrêt des recherches : "Sans cela, je pense que personne n'aurait cherché l'avion", affirme-t-il. "L'AAIB nous a dit qu'ils ne pensaient pas qu'il y avait grand-chose à gagner à le retrouver." 

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La disparition du footballeur Emiliano Sala

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