Djibril Cissé : "J'aurais très bien pu être au Bataclan le vendredi 13 novembre"

Djibril Cissé : "J'aurais très bien pu être au Bataclan le vendredi 13 novembre"

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INTERVIEW - À l'occasion de la toute récente sortie de son autobiographie, "Un lion ne meurt jamais" (ed. Talent Sport), Djibril Cissé s'est livré à metronews. Des entourloupes de Guy Roux à la tragédie du Bataclan juste sous ses fenêtres, en passant par Steven Gerrard coupant la parole à Rafael Benitez à la mi-temps de la plus mémorable des finales de Ligue des champions, l'ex-attaquant des Bleus nous offre ainsi un riche survol de sa carrière et de sa vie.

Plutôt que de poser des questions classiques à Djibril Cissé, on lui a soumis des mots-clés en lui demandant de nous livrer le premier sentiment, la première pensée, la première histoire qui lui revenait en les entendant. L'exercice lui a plu. La preuve.

Arles
"C'est ma ville de naissance, le berceau, là où tout a commencé. Ce mot me rappelle une époque où j'étais insouciant, mes souvenirs d'enfance : les premiers ballons, le foot sous le porche ou sur la place dans le quartier, mon premier club quand j'étais un peu plus grand. Le foot avec les copains."

Guy Roux
"Quand j'étais dans les équipes de jeunes de l'AJ Auxerre, il était déjà paternaliste. Il n'est jamais venu me chercher en boîte de nuit ou mettre des chaînes à ma voiture, comme il a fait pour d'autres. Mais il avait les gens du parking dans sa poche. Donc à chaque fois que j'allais à Paris, je recevais un coup de fil du coach. Il me disait exactement où j'étais et à quelle heure j'étais parti. Je me suis souvent gratté la tête pour savoir comment il faisait. Après, on a compris le jeu. Quand on avait le temps, on faisait un détour par d'autres chemins. En tout cas, on prenait quand même le risque, puis on s'arrangeait avec lui, si possible. On eu de nombreuses prises de tête, au moins une dizaine. Comme un papa et son fils. Le lendemain, on se regardait, un peu embêtés, puis il me convoquait dans son bureau et me disait : 'Allez, on fait la paix.' Sans lui, rien n'aurait été possible pour moi. Aujourd'hui encore, si j'ai besoin de conseils sincères, donc pas intéressés, je me tourne vers lui. Je l'appelle souvent. La dernière fois que je l'ai eu, c'était pour avoir son avis sur ma prothèse de hanche, donc il y a quinze jours environ."

Istanbul
"Le match le plus fou de ma carrière. J'en ai vécu des beaux, j'ai inscrit quatre buts contre Rennes (en juillet 2001), j'ai marqué et on a battu Paris en finale de la Coupe de France avec Auxerre (en 2003)... De grosses performances. Mais revenir de 0-3 à la mi-temps à 3-3 et remporter la finale de la Ligue des champions aux tirs au but contre le Milan AC (en 2005), pffff ! On aurait pu en prendre cinq en première période ! Ils ont loupé quelques occasions. Même nous, dans le vestiaire à la pause, on n'y croyait plus. Le discours du coach (Rafael Benitez) avait été très bref, parce que Stevie (Gerrard) s'est levé et lui a coupé la parole. Il avait même demandé au staff de sortir pour nous laisser entre joueurs. Il nous a dit que si on continuait comme ça, on allait devenir la risée de toute l'Europe, qu'on allait entrer dans l'histoire de la Ligue des champions en étant l'équipe ayant encaissé le plus de buts en finale. Et que lui ne pourrait jamais l'accepter. Le mec est né à Liverpool et il avait une chance de soulever la coupe en tant que capitaine. C'est là qu'on s'est dit qu'on ne pouvait pas lui faire ça. On a compris le message et d'ailleurs, c'est lui qui sonne la charge en marquant notre premier but. C'est un beau symbole. Il le méritait tellement. On s'est battus pour lui et on a été vraiment très fiers en le voyant soulever la coupe."

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Raymond Domenech
"Lui, c'est mon 3e papa, juste après mon père biologique et Guy Roux. Étant jeune, son frère était mon coach et son neveu mon coéquipier. À cette période, son neveu a eu un accident très grave, qui l'handicape aujourd'hui. Je devais avoir 15 ou 16 ans, ça m'a marqué... Du coup, je passais beaucoup par Raymond pour prendre de ses nouvelles et ça nous a permis de tisser des liens assez forts. Ensuite, Raymond m'a entraîné dans toutes les catégories d'âge de l'équipe de France, des moins de 17 ans aux A. Après Guy Roux, c'est le coach qui me connaît le mieux."

Knysna
"C'est un cauchemar à oublier le plus vite possible, mais qui me hante encore aujourd'hui. J'y repense souvent. Je me dis que si on n'avait pas fait cette grève, peut-être qu'on aurait fait un super entraînement et qu'on se serait qualifié le lendemain. On ne le saura jamais... L'oublier, je n'y arriverai pas. L'enlever de la tête des gens, on n'y arrivera pas non plus. Toute ma vie, je devrai vivre avec. Et c'est dur. Parce que moi, juste avant, je me suis battu pour revenir en équipe de France après trois ans d'absence. J'ai dû faire des miracles en Grèce et en Angleterre pour y arriver. Donc finir comme ça, c'est moche. Surtout que ça a été ma dernière sélection en équipe de France..."

Marseille
"J'ai réalisé mon rêve d'y jouer. Mon premier match sous ce maillot restera à jamais dans mon coeur. Parce que les gens là-bas attendaient depuis longtemps que je signe à l'OM. En plus, j'étais arrivé blessé et j'avais dû attendre six mois avant de pouvoir jouer. À mon entrée en cours de match (contre Monaco, le 9 décembre 2006), j'ai eu droit à une magnifique ovation. Puis j'ai offert une passe décisive à Mamadou (Niang), que les gens ont célébrée comme si j'avais marqué. Ça m'a bien remis en confiance. Après, mauvaise nouvelle, en rentrant chez moi, j'ai vu que j'avais été cambriolé. Mais bon, c'est anecdotique. Ça reste un des moments les plus forts de ma carrière. C'était très émouvant. Je sais que les Marseillais m'apprécient encore beaucoup. Et c'est réciproque. Aujourd'hui, quand j'entends des gens dire du mal de l'OM, ça m'irrite et, en général, je monte au créneau. Je défendrai ce club toute ma vie. Et si je peux l'aider un jour, pourquoi pas."

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Bastia
"Une belle rencontre, avec l'île, avec les gens, avec le club, avec les joueurs, avec ma fiancée, que j'ai rencontrée là-bas et avec qui j'ai eu un enfant. Si, quelques années avant, on m'avait dit que je jouerais à Bastia, je ne l'aurais pas cru. Mais voilà, j'arrivais de Russie, où ça ne se passait pas bien. Bastia avait une très belle équipe. En une semaine, c'était réglé, je n'ai même pas pris la peine de visiter les installations et j'ai refusé Saint-Étienne. C'était le sud de la France, ça me rapprochait de ma famille, il fait beau, l'île est magnifique. Malheureusement, ma douleur à la hanche s'est réveillée peu de temps après ma signature. Mais je ne regrette pas. J'ai ma maison là-bas, mon petit qui est bastiais, je me suis fait des amis que je n'aurais jamais rencontrés autrement. Mon grand regret, c'est la finale de la Coupe de la Ligue (2015). Je marque dans tous les tours précédents et le coach ne me met même pas sur la feuille de match. Je l'ai eu en travers de la gorge, je l'ai fait savoir au coach et au président. J'ai terminé meilleur buteur de la compétition. Sur une hanche, c'est pas mal. Ça aurait été un joli clin d'oeil au moins d'être sur le banc. Ça n'aurait pas handicapé l'équipe. Au contraire, les joueurs auraient été super contents de partager avec moi ma dernière finale. C'est dommage. Ça restera gravé à jamais, mais dans le mauvais sens."

Bataclan
"J'ai mon appartement pile en face de cette salle depuis 2004. Je suis allé y voir ma copine Mélanie (la rappeuse Diam's) à l'époque. Depuis, je n'y suis plus retourné. Et, ces derniers temps, ma fiancée m'a dit plusieurs fois qu'elle n'y était jamais allée et qu'elle aimerait vraiment voir un concert dans cette salle mythique. Ça aurait très bien pu être ce soir-là... Voir ça (les attentats), juste en face de chez moi, a été très dur. Je me dit que j'aurais vraiment pu être au mauvais endroit, au mauvais moment. Mon parking, c'est littéralement la porte à côté du Bataclan. Et ça s'est passé à des heures où tout le monde sort. J'aurais très bien pu aller prendre ma voiture à ce moment-là, ou dire à ma fiancée : 'Viens, on va manger un bout dans le quartier.' Il y a trop de choses qui me font penser que ça aurait pu être moi. J'ai eu très peur ce soir-là. Déjà, j'étais au Stade de France, et je n'ai pas pu rentrer chez moi après. Mon petit était à la maison avec la nourrice. C'était compliqué... Aujourd'hui, je n'ai plus peur en rentrant chez moi. Il y a la police qui est là, la vie normale a repris, c'est rassurant. Si c'était encore fermé et quadrillé, sans doute qu'on aurait encore des craintes de sortir. Mais maintenant, franchement, ça va."

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