Dortmund-PSG - "C'est stratosphérique": au cœur du "mur jaune", tribune unique en Europe

Dortmund-PSG - "C'est stratosphérique": au cœur du "mur jaune", tribune unique en Europe

IMMERSION - Plus grande tribune de supporters du Vieux Continent - avec 25.000 places debout -, le virage sud du Signal Iduna Park du Borussia Dortmund fait peur à toute l'Europe. Avant le déplacement du PSG en Ligue des champions (à suivre en direct commenté sur LCI.fr), nous sommes allés à la rencontre de deux fans français du BvB, qui ont leurs habitudes dans le "mur jaune".

C'est "l'âme et le cœur" du Borussia. La Südtribune, localement surnommée "gelbe wand" ("mur jaune" en français), n'a pas d'égale en Europe. Plus grand kop du Vieux Continent, peut-être aussi le plus bruyant, cette tribune faite d'un seul bloc - 100 mètres de large, 52 de profondeur, 40 de haut et 37 degrés d'inclinaison à son sommet - a de quoi donner le vertige. À chaque sortie des "Swcharzgelben" (les Noir et Jaune) en Bundesliga, le championnat allemand, 24.454 inconditionnels prennent place dans cette cathédrale à ciel ouvert. "Quand vous en sortez, l'endroit explose", racontait Jürgen Klopp, qui a bien connu le mur, du temps où il entraînait le BvB (2008-2015). "C'est comme si vous naissiez, c'est comme sortir de l'obscurité pour trouver la lumière. Vous regardez à votre gauche (en sortant du couloir) et c'est comme s'il y avait 150.000 fans debout dans la tribune en train de devenir complètement fous." 

C'est dans cette ambiance électrique et enflammée, qui n'a rien à envier à Anfield, l'autre antre surchauffée où résonne le fameux "You'll never walk alone", chant mythique étonné par les fans de Liverpool que le Borussia a adopté au début des années 2000, que le PSG se déplace ce mardi 18 février (à 21h, en live commenté sur LCI) pour jouer son huitième de finale aller de Ligue des champions contre Dortmund. 

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Il faut vraiment le vivre pour savoir ce que c'est- Cédric, supporter du Borussia Dortmund

Grand fan du club allemand, Cédric sera un privilégié puisqu'il va vivre, dans le "mur jaune", le choc entre la meilleure attaque d'Europe et le finaliste de l'édition 2013. Cet étudiant de 25 ans, qui vit à Bonn, à deux heures de voiture de Dortmund, est un habitué de la Südtribune. Il l'a découverte pour la première fois en novembre 2015, contre le VfB Stuttgart (4-1). Thomas Tuchel coachait alors le BvB. "Je ne pourrais jamais oublier ce jour-là", confie-t-il à LCI. "Je me rappelle de tous les détails : les tifos, l'ambiance, les Ultras qui chantent... Il faut vraiment le vivre pour savoir ce que c'est. On n'entendait rien à part nos chants. Un ami m'a dit une fois : 'Le mur jaune, quand tu y rentres une fois, tu n'en ressors plus jamais.' C'était inoubliable."

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Son ami Jordan, dont il a fait la connaissance sur un forum de fans du Borussia, a lui attendu un match de Coupe d'Allemagne contre le Hertha Berlin (1-1) en février 2017 pour mettre les pieds dans le Signal Iduna Park. C'est sa copine de l'époque, fan du Bayern Munich, l'ogre de la Bundesliga aux 29 titres de champion d'Allemagne, qui lui a offert des places dans la tribune... réservée aux visiteurs. "Des stewards sont venus et nous ont déplacés. C'était tout un cinéma", se souvient le jeune homme de 23 ans, amusé. 

Pour découvrir, de plus près, la ferveur incommensurable du "gelbe wand", le supporter basé à Sarreguemines, à la frontière avec l'Allemagne, a patienté quelques semaines de plus. "J'ai eu des frissons", nous assure-t-il. "Je suis arrivé 1h30 avant le match et le stade était déjà rempli. Je n'ai jamais ressenti des supporters à ce point derrière leur équipe. Pas même à Francfort, pourtant réputé en Europe pour avoir une grosse ambiance. En 2017, j'ai fait le derby de la Ruhr contre Schalke 04, le fameux 4-4. Même quand Schalke revenait au score, le mur poussait toujours. Il était sans arrêt derrière l'équipe."

Dans le "mur jaune", on ressent tout- Jordan, supporter du Borussia Dortmund

Mais accéder au "mur jaune" se mérite. Le privilège n'est pas accordé à tout le monde. "Ça fonctionne sous forme de parrainage", nous explique Cédric. Lui, il a rusé pour découvrir le kop de la Ruhr, sublimé dans le documentaire "Human" de Yann Arthus-Bertrand sur la condition humaine. Il s'est rapproché du Borussia pour savoir si un fan-club existait à proximité de chez lui. "En cadeau de bienvenue, ils m'ont proposé d'assister à une rencontre en Südtribune. J'y suis allé et je me suis fait remarquer par d'autres groupes de mon bloc parce que j'étais le seul noir", poursuit-il. "La fois d'après, j'étais parti m'installer à une place normale. J'ai appris qu'ils ont demandé à mes amis où j'étais et leur ont dit que je pouvais revenir dans le mur si je le voulais. Depuis, j'y vais presque tout le temps. À chaque match, même si je n'ai pas de place, j'attends devant et quelqu'un me fait toujours entrer. Tout le monde a fini par me connaître."

Parler n'est pas la seule clé pour être l'un des 24.454 chanceux de l'immense tribune. De l'autre côté de la frontière, Jordan a, lui, rejoint un système de membres au sein même du club allemand. En échange du prix d'une cotisation annuelle, il peut - "avec un peu de chance" - obtenir des places. Car la particularité du "mur jaune" est qu'il est réservé exclusivement aux abonnés et aux fan-clubs.

"Sur le site du club, un système de revente a été mis en place il y a deux ans. Les abonnés titulaires d'un ticket peuvent ainsi le remettre dans le circuit. Cela évite que ça soit hors de prix sur d'autres plateformes. Du coup, j'arrive parfois à en avoir à 20 euros", indique le fan, selon qui la politique tarifaire modérée du club - 200 euros l'abonnement contre 490 (pour le moins cher) à Paris et plus de 1300 à Arsenal - lui permet de se rendre au stade une à deux fois par mois. "Si je peux faire tous mes matches en Sud, je les ferai tout. Une fois qu'on y a goûté, on veut à tout prix y retourner. Dans tout le stade, l'ambiance est là mais, dans le mur, on ressent tout. C'est stratosphérique. C'est le 12e homme, comme on dit souvent."

Le stade sans le "mur jaune", ce n'est pas pareil- Cédric et Jordan, supporters du Borussia Dortmund

De l'avis des deux amis, "le stade sans le 'mur jaune', ce n'est pas pareil". "C'est le 'mur jaune' qui fait le stade, c'est le 'mur jaune' qui fait l'ambiance, c'est le 'mur jaune' qui donne la cadence. Quand il n'est pas là, forcément ça agit sur le reste du stade. Et, quand le stade n'y est pas, les joueurs non plus. Ils ont l'impression de jouer à l'extérieur. Ça a un impact sur eux et sur le match", témoigne Cédric. Quant aux adversaires, "ils doivent être forts mentalement pour rester là. Surtout leur gardien qui est juste devant. On l'intimide. Il y a du bruit tout le temps, on le siffle dès qu'il touche le ballon. Il est sous pression pendant les 45 minutes où il doit rester là. La pression qu'on envoie au gardien adverse est vraiment énorme."

Et l'Europe ne fait pas exception à la règle. Bien que la capacité de l'ex-Westfalenstadion est réduite à 66.000 places (contre 81.000 en championnat) et que le "mur jaune", habituellement debout, passe assise pour respecter les normes de sécurité dictées par l'UEFA, la (seule) tribune - où il est impossible de se rendre aux toilettes en plein match - ne perd pas de ses couleurs en Ligue des champions. "Ce n'est pas aussi fort qu'en championnat mais ça bouillonne quand même. On sait que toute l'Europe nous regarde", avance Jordan, qui a assisté à Dortmund-Monaco (3-0) en octobre 2018. Si elle a de quoi faire peur, la Südtribune n'est toutefois pas du genre à tirer toute la couverture sur elle. "La magie de l'Europe", conclut Cédric, "c'est de découvrir d'autres supporters et de communier tous ensemble."

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