Droits TV : la guerre entre Canal+ et BeIN Sports bat maintenant son plein

Droits TV : la guerre entre Canal+ et BeIN Sports bat maintenant son plein

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SPORTS - Canal+ vient de saisir l'Autorité de la Concurrence afin de contester l'appel d'offres lancé le 7 mars dernier (avec deux ans d'avance) par Frédéric Thiriez pour l'attribution des droits TV des matchs de Ligue 1 pour les saisons 2016-2020. Une mesure que la chaîne cryptée voit comme une faveur accordée à BeIN Sports. Après en être longuement resté à des attaques feutrées et indirectes, le conflit entre les deux mastodontes a ainsi pris une nouvelle ampleur.

Saisir l'Autorité de la concurrence, BeIN Sports avait simplement menacé de le faire . C'était au mois de janvier, quand Canal+ avait attaqué, avec succès, la Ligue nationale de rugby pour empêcher un nouvel appel d'offres concernant les droits de diffusion du Top 14. Un épisode parmi d'autres dans la guerre que se livrent les deux diffuseurs pour retransmettre les grands évènements sportifs. Le dernier en date concerne l'attribution des droits TV des matchs de Ligue 1 pour les saisons 2016-2020, dont l'appel d'offres vient d'être avancé de deux ans par la Ligue de football professionnel (LFP) à la surprise générale. Résultat : la chaîne cryptée vient de saisir l'Autorité de la Concurrence, avant d'entamer d'autres procédures.

"Le timing n'est pas acceptable, estime ainsi Bertrand Meheut, le président de Canal +, dans un entretien accordé ce mardi au Figaro. La Ligue de football nous a vendu des droits pour quatre ans, jusqu'en juin 2016. Nous souhaitons pouvoir en bénéficier sereinement. Je ne comprends pas cette précipitation." Selon Canal, qui a déboursé quelque 430 millions d'euros pour avoir le droit de retransmettre une bonne partie des matches de football de première division, cette anticipation de deux ans sur le calendrier initial risque de déstabiliser sa clientèle. Un argument qui ne fera pas mouche à coup sûr mais témoigne du sentiment d'insécurité de la chaîne dans cette bataille.

Il faut rappeler qu'avant l'arrivée en France de BeIN, filiale d'Al-Jazeera Sports, en 2012, Canal+ a longtemps été seule, faisant progressivement baisser le montant de ces droits. C'était une autre époque, celle d'un Championnat désargenté sans stars de renom. Mais la LFP nourrit depuis une rancune tenace à l'encontre de Canal et n'hésite pas à jouer à fond la carte de la concurrence, dont la chaîne d'État qatarie, aux fonds quasi-illimités, est la grande bénéficiaire. Désormais privée de la majeure partie de la Ligue des champions et menacée sur le terrain de tous les autres sports, le diffuseur historique du Championnat de France en est réduit à tenter de contrer son rival en déplaçant le combat sur le front judiciaire.

BeIN Sports : "Canal+ fait tout pour protéger sa position monopolistique"

"Le processus d'appel d'offres est le seul susceptible de garantir une compétition transparente entre Canal+ et BeIN Sports et de maximiser les intérêts du sport et non pas ceux particuliers de Canal+ ou de BeIN Sports, tonnait, déjà dans Le Figaro , Youcef Al-Obaidly, le directeur général de la chaîne qatarie le 13 janvier. Canal+ tente de créer par tous les moyens un environnement non concurrentiel pour protéger sa position monopolistique. Alors que ce groupe contrôle 90 % du marché de la télévision payante, il ne se bat même pas sur le plan sportif. Elle attaque en justice l'appel d'offres du rugby et envoie (en vain, ndlr) aux autorités publiques une note blanche pour d'empêcher BeIN Sports d'accéder à la Ligue 1 !"

Elle réclame aussi 262 millions d'euros à BeIN Sports, dans une plainte déposée en juillet 2013 pour "concurrence déloyale", considérant qu'il y a distorsion de concurrence entre elle et la chaîne qatarie, financée par un fonds souverain aux ressources considérables et par ailleurs propriétaire du PSG, nouvelle tête de gondole de la L1... Comme à l'époque où Canal+ le possédait, dans les années 1990. En clair, le feuilleton ne manque pas de sel et devrait durer encore un moment. D'autant que des bruits insistants décrivent l'avancement de l'appel d'offres des droits du foot comme un coup de pouce amical de la LFP à BeIN. Laquelle aurait juré qu'elle se vengerait après n'avoir pas même pas pu essayer de mettre la main sur le rugby. Un univers décidément impitoyable.

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