Entre Zlatan Ibrahimovic et Malmö, une histoire d'amour... et d'exclusion sociale

Entre Zlatan Ibrahimovic et Malmö, une histoire d'amour... et d'exclusion sociale

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LIGUE DES CHAMPIONS - Après avoir croisé la route de deux de ses anciennes équipes, l'Ajax d'Amsterdam et le FC Barcelone, la saison dernière, Zlatan Ibrahimovic s'offre ce mercredi soir un véritable retour aux sources sur la pelouse du Malmö FF. L'occasion de revenir sur la relation tumultueuse que le Suédois entretenait avec son club formateur.

"Un jour, j'espère vivre la Ligue des Champions sur le terrain à Malmö", avait tweeté Zlatan Ibrahimovic le 26 août, à la veille du tirage au sort des poules de la Ligue des champions. Il suffisait de demander : ce mercredi soir, le Suédois retrouvera le Malmö FF, son club formateur, qui l'a lancé dans le grand bain professionnel, mais surtout celui de sa ville natale. "Il n'y a rien de plus beau ! Ça va être un grand moment. Je suis très heureux et impatient de jouer ce match. C'est même plus qu'un rêve ! Pour moi, c'est le destin", s'est enthousiasmé l'intéressé. Mais, derrière le story-telling de façade, se cache une histoire tourmentée. Que l'icône a raconté en détail dans son autobiographie Moi, Zlatan Ibrahimovic.

Un changement de monde

Zlatan Ibrahimovic est né et a grandi à Rosengard, quartier populaire que certains habitants de Malmö ne voient que comme un coupe-gorge. C'est son père qui, devant le talent évident de son rejeton, l'incite à quitter son petit club de quartier pour passer les tests et intégrer, à l'âge de 13 ans, le plus prestigieux club de la ville, le meilleur du pays. "Je ne savais même pas où était leur stade. J'avais 17 ans passés quand je suis allé dans le centre-ville de Malmö pour la première fois et je ne savais rien de la vie là-bas."

Forcément, l'intégration est difficile. "Je me sentais comme un Martien. Pas seulement parce que mon père n'avait pas de grande et belle maison. Je parlais différemment. Je faisais des dribbles. Je fonçais comme une torpille. Une fois, j'ai reçu un carton jaune parce que je beuglais après mes partenaires. 'Tu n'as pas le droit', objecta l'arbitre. 'Tu peux aller te faire voir !', lui gueulai-je, puis je me cassai. Avec les Suédois, ça sentait le moisi."

Une pétition pour le virer du club

Le rejet devient vite réciproque. "Un crétin de père d'un des joueurs du club a fait tourner une pétition pour demander que je quitte le club. Et toutes sortes de gens l'ont signée. En douce, ils glissaient : 'Zlatan n'est pas des nôtres, il doit être écarté, signez ici, blablabla.' C'était dingue ! OK, j'avais été surpris en train de mettre une raclée au fils de ce type. J'avais ramassé un tas de mauvais tacles et pété les plombs sur un des joueurs. Je lui ai filé un coup de boule. Mais, juste après, j'étais plein de remords. J'ai roulé jusqu'à l'hôpital pour lui demander pardon."

Heureusement pour lui, Zlatan peut compter sur un entraîneur conciliant en la personne de Ake Kallenberg, qui déchirera ladite pétition... alors que le turbulent ado venait de lui voler son vélo et de se battre avec un spectateur. Mais le technicien finira par se lasser et maintiendra l'attaquant sur le banc en équipe juniors. "Pourtant, je marquais chaque fois que j'entrais en jeu. Une fois, on m'a même inventé une blessure pour ne pas m'inclure dans le groupe... J'étais de plus en plus convaincu que c'était pour des raisons politiques. Adolescent, c'était cool de ne pas être comme les autres mais, sur le long terme, ils ne voulaient pas de basané ou de tête brûlée qui, sans arrêt, étalait sa technique de Brésilien."

Une prostituée fait de lui une star

Les choses s'arrangent chez les moins de 20 ans et, logiquement, l'attaquant finit par goûter à l'équipe première. Même s'il ne change pas sa nature pour autant, prenant le bus en cachette pendant les longs footings imposés par le coach. "Pendant les entraînements, j'ai un peu déconné. Ma mentalité de type de Rosengard faisait que je continuais à piétiner les règles. Je refusais de me soumettre aux anciens et de vivoter. Un jour, Jonnie Fedel, le gardien, m'a demandé d'aller chercher les ballons. Je lui ai balancé : 'Tu n'as qu'à aller les chercher toi-même !' Ce n'était pas la façon dont on s'exprimait d'habitude au Malmö FF."

Paradoxalement, c'est quand son club plonge dans une crise sans précédent que Zlatan explose, dans les méandres de la L2 suédoise. Les buts spectaculaires et les gestes techniques s'enchaînent. Et, dans le même temps, la presse s'intéresse à ses déclarations tout en ego et à ses frasques. Un soir, avec un ami, il se fait passer pour un policier juste pour faire fuir un client s'apprêtant à faire monter une prostituée dans sa voiture. Un photographe passe par là, prend Zlatan sur le fait, mort de rire, et un tabloïd révèle que le client est un homme d'église. C'est le début de la Zlatan-mania. Et, Malmö, en proie à de graves problèmes financiers, lui fait vite faire un tour d'Europe pour le vendre. Transféré à l'Ajax pour 8 millions d'euros, il sauve son club de la banqueroute et devient, à 19 ans, le Scandinave le plus cher de l'histoire, et de loin. Là encore, le statut particulier de Zlatan le marginalise.

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