Convoqué par Didier Deschamps, Lucas Hernandez provoque un conflit diplomatique entre la France et l’Espagne

ÉQUIPE DE FRANCE – Titulaire, à 22 ans, avec l’Atlético de Madrid, Lucas Hernandez pourrait aussi bientôt le devenir sous le maillot des Bleus, à un poste d’arrière gauche sinistré dans l'Hexagone. Il y a peu, le défenseur, qui a grandi à Madrid, avait pourtant affirmé vouloir jouer pour l’Espagne…

"J’ai deux amours, mon pays et Paris", se réjouissait la chanteuse franco-américaine Josephine Baker en 1968. La bienheureuse ne jouait pas au football à un haut niveau... Cinquante ans plus tard, les joueurs professionnels dans pareil cas de figure se retrouvent, eux, souvent confrontés à de cruels dilemmes. 


Récemment, on se souvient que Nabil Fekir avait sérieusement envisagé de jouer pour l’Algérie avant d’opter pour les Bleus. Ou encore d’Aymeric Laporte, qui avait hésité entre la France et l’Espagne et avait lui aussi fini par céder à l’appel de Didier Deschamps. Voici maintenant le cas Lucas Hernandez, sélectionné en équipe de France jeudi en vue des prochains matchs de préparation au Mondial 2018. Un cas ressemblant à celui de Laporte en bien de aspects, mais qui est en fait autrement plus épineux.

Car contrairement au défenseur de Manchester City, celui de l’Atlético de Madrid était, lui, véritablement courtisé par le staff de l’équipe d’Espagne. Le sélectionneur, Julen Lopetegui, était même parvenu à le convaincre au début de l’année et avait chargé Fernando Hierro, le directeur technique national, d’accélérer les démarches pour sa naturalisation. Du coup, le 20 janvier, Lucas Hernandez, né à Marseille mais vivant à Madrid depuis l’enfance, a déclaré ceci : "C’est dans les mains de mes avocats. L’Espagne m’a tout donné et si je peux avoir la nationalité, je serais ravi. Je me sens plus espagnol. Je parle mieux espagnol que français. Avec ça, j’ai tout dit."

Ce sont ces propos qui valent aujourd’hui au joueur d’être qualifié de "traître" par la plupart des médias espagnols. Interrogé là-dessus ce vendredi en conférence de presse, Julen Lopetegui en a dit le moins possible, lâchant sur un ton très sec : "Il n'est pas sélectionnable par l'Espagne. La réalité, c'est qu'il a été appelé par la France et qu'il est très heureux d'y aller. On lui souhaite bonne chance." De son côté, Didier Deschamps, confronté à une pénurie de latéraux gauche, s’est, lui, souvenu d’une précédente déclaration du défenseur, datant du 22 novembre dernier, et alors passée complètement inaperçue en Espagne : "Moi, dans ma tête, j'ai la France. C'est sûr que si tu es bon et que le coach ne te regarde pas ou ne t’essaye même pas dans les matchs amicaux, c’est frustrant."

Le premier choix de Lucas Hernandez était donc bien la France, et c’est probablement son impatience, accentuée par la cour que lui faisait le sélectionneur espagnol, qui l’a conduit à envisager d’intégrer la Roja en vue de la Coupe du monde à venir. Pourquoi, alors, a-t-il finalement dit "oui" à Didier Deschamps ? Parce que celui-ci lui a promis du temps de jeu et de l’emmener avec lui en Russie ? Sans doute. Mais il y autre chose. 

Début 2017, le joueur a été interpellé par la police espagnole pour des violences présumées sur sa compagne, Amelia Llorente. Le tribunal de Madrid avait requis à son encontre une peine de sept mois de prison pour violences conjugales. En outre, Lucas Hernandez a ensuite enfreint la mesure d’éloignement réciproque prise contre lui et sa compagne, ce qui a porté sa possible peine maximale à un an de prison (équivalent à du sursis en Espagne). Cette situation a rendu sa naturalisation express avant le Mondial complètement impossible.

En conséquence, l’idée que le défenseur ait choisi les Bleus par défaut circule beaucoup en Espagne depuis l’annonce de sa convocation par Didier Deschamps. Face aux médias, le sélectionneur tricolore a d’ailleurs affirmé, non sans une certaine malice : "Je n’ai jamais pris un joueur pour l’empêcher de rejoindre une autre équipe. En plus, si vous connaissez le règlement de la Fifa, vous savez qu’il pourra encore changer d’équipe nationale après avoir disputé deux amicaux avec nous." Ce sont en effet les matchs de compétition officielle qui pourraient l’en empêcher. Comme, par exemple, des matchs de Coupe du monde.

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