Équipe de France : pourquoi l’absence d’Hugo Lloris bouleverse totalement la hiérarchie des gardiens de but

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FOOTBALL – Hugo Lloris, victime d'une luxation du coude, est forfait. Mike Maignan a été rappelé pour le suppléer. Steve Mandanda revient après six mois d’absence. Alphonse Aréola est toujours là, mais il est devenu remplaçant en club. L’ouverture d’un vaste chantier au poste de gardien de but pour Didier Deschamps, à quelques jours de matchs cruciaux pour l’avenir des Bleus.

Si l’on taxe souvent Didier Deschamps de conservatisme, manière de lui reprocher de privilégier la stabilité de son groupe au détriment de la forme des joueurs, c’est ignorer la réalité de la composition de ses listes de 23, majoritairement renouvelées d’une compétition internationale à une autre. Ainsi, entre l’Euro 2016 et la Coupe du monde 2018, 14 nouveaux joueurs sont apparus, et 10 entre le Mondial 2014 et l'Euro 2016. Dans ce mouvement quasi permanent, un îlot de stabilité : le poste de gardien de but. Du moins, jusqu’au rassemblement de ce lundi, à Clairefontaine, juste avant le déplacement en Islande de vendredi et la réception de la Turquie lundi, derniers matchs ô combien cruciaux dans les éliminatoires de l’Euro 2020.

Concrètement, depuis la prise de fonctions de l’actuel sélectionneur, en août 2012, Hugo Lloris est resté titulaire et Steve Mandanda sa doublure, tandis que seuls des n°3 se succédaient. Et puis, ces deux dernières années, Alphone Aréola s’est tranquillement installé dans le trio, au point de remettre en cause, vu son plus jeune âge et ses excellentes prestations sous le maillot des Bleus, le statut de n°2 dévolu au Marseillais. Un tournant majeur est survenu au mois de mai dernier, quand Didier Deschamps a convoqué quatre gardiens... sans convoquer Steve Mandanda, jugé trop irrégulier avec l’OM, et sans doute un peu trop vieux pour le niveau international (34 ans).

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Oui, mais ça (aussi), c’était avant. Avant l’inattendu retour en grâce, et en équipe de France, de Steve Mandanda sur la base d’un impressionnant début de saison. Avant qu’Alphone Aréola ne soit expédié par le PSG au Real Madrid pour y devenir le remplaçant de Thibault Courtois (et ne commette une énorme bourde ce samedi pour sa première titularisation). Avant qu’Hugo Lloris ne se blesse gravement au coude samedi (après avoir commis une énorme bourde la semaine précédente puis encaissé 7 buts à domicile face au Bayern en Ligue des champions). 

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En s’appuyant sur les toutes dernières listes, comme le fait souvent le sélectionneur, la logique consisterait à faire d’Alphonse Aréola le n°1 pour les deux matchs à venir, et Steve Mandanda sa doublure. En revanche, en prenant le spectre plus large du vécu en sélection, alors le Marseillais passe devant le néo-Madrilène. Ne reste donc plus, pour saisir la tendance dans son esprit, qu’à se replonger dans les déclarations récentes du coach des Bleus.

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Sur Alphonse Aréola, le 2 septembre, c’est-à-dire un mois avant ce grand chambardement : "Oui, sa situation me pose un problème. Elle est compliquée. Alphonse était en pleine confiance avec nous et lorsque j’ai dû faire appel à lui, il a répondu plus que présent. Je ne sais pas du tout s’il aura du temps de jeu avec le Real Madrid. On ne sait pas ce qu’il peut se passer. Mais, autant à Paris, au début de saison, il était censé avoir le statut de n°1, autant, là-bas, il part dans une situation qui est claire mais moins bonne pour lui, à savoir qu’il sera n°2. Après, s’il ne joue pas du tout, ça peut devenir problématique. On verra avec le temps, ce qu’il aura fait ou pas fait. Je prendrai une décision." Une manière, déjà, d’avertir le portier que son statut de n°2 chez les Bleus ne tenait plus qu’à un fil.

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Sur Steve Mandanda, le 3 octobre, soit quelques jours avant la blessure d’Hugo Lloris et le rappel de Mike Maignan : "Ce qui joue en sa faveur, et au détriment de Mike, c'est le fait que Steve a retrouvé un très bon niveau depuis le début du championnat, il a été décisif. Il a une expérience et un vécu important avec nous. La situation des gardiens peut évoluer aussi. Par rapport à ce qu'il réalise avec son club et son vécu avec le groupe, je le répète, j'ai pris la décision qu'il revienne. Il garde la place qui était la sienne quand il était là, à savoir celle de n°2." Et devient donc, dans le contexte actuel, n°1. CQFD.

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Mais, au-delà de ces deux prochains matchs, quid de l’Euro 2020, si d’aventure la France se qualifiait ? Rien, pour l’heure, ne permet d’imaginer Hugo Lloris perdre son statut, le portier n’ayant, jusqu’alors, jamais connu plus d’un mois d’indisponibilité dans sa carrière. Au contraire, il est même permis de penser que ce temps de convalescence pourrait lui être bénéfique pour, peut-être, revenir plus frais qu’il ne l’a jamais été. Ses récentes bourdes ? "En regardant de près, j'ai du mal à lui accorder une responsabilité, a réagi Didier Deschamps ce lundi. Il fait partie des meilleurs gardiens du monde. Il lui arrive de faire des erreurs, mais si on fait le bilan des points qu’il rapporte..." Ce chantier-là, celui du n°1, s’ouvrira plutôt à la rentrée 2020, quand l'âge du capitaine atteindra celui du Christ (33 ans). L’idée du coach n'ayant jamais été de changer pour changer.

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