Qui est Tanguy Ndombele, le nouveau milieu convoqué chez les Bleus par Didier Deschamps ?

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FOOTBALL - Pour compenser le forfait de Corentin Tolisso, gravement blessé au genou, Didier Deschamps, le sélectionneur de l’équipe de France, a jeté son dévolu sur Tanguy Ndombele, milieu de l’OL méconnu du grand public, qui n’avait jamais été appelé. LCI fait les présentations.

Lilian Thuram aimait à répéter, lorsqu’il se trouvait en équipe de France, que "tout va très vite dans le football", et c’est toujours aussi vrai. Les exemples ne manquent pas. Le dernier en date l’illustre à merveille : Tanguy Ndombele n’était encore, à la mi-septembre, qu’un jeune prometteur parmi d’autres en Ligue 1. Son destin a basculé en quatre jours, le temps de deux matchs, le premier sur la pelouse de Manchester City (1-2) le 19, le second face à l’OM (4-2) en Ligue 1 le 23. Le temps de deux prestations ébouriffantes face à de prestigieux adversaires. Et voici que Didier Deschamps convoque pour la première fois le Lyonnais, ce jeudi, parmi ses 23 Bleus, en lieu et place de Corentin Tolisso.

Comment en est-il arrivé là, à l’âge 21 ans, avec seulement une saison de Ligue 1 derrière lui ? Son parcours n’a en fait rien à voir avec la trajectoire rectiligne qu’ont connu des prodiges tels que Karim Benzema ou Kylian Mbappé. Le natif de Longjumeau grandit à Épinay-sous-Sénart (Essonne) et fait ses gammes au FC Épinay Athlético, vomissant dans la voiture à chaque déplacement, ce qui ne l’empêche pas d’impressionner en marquant quatre buts par match, et de rallier, jusqu’à ses 15 ans, Linas-Montlhéry. Direction, ensuite, le centre de formation de Guingamp. Qui ne le conservera pas. 

Des kilos en trop

"C’était un gamin gentil et rigolard, mais qui ne foutait pas grand-chose à l’école. En aucun cas on a remis en cause son potentiel. Il avait une bonne mentalité, respectueuse, mais il lui manquait la prise de conscience pour atteindre le haut niveau. Il avait du mal à se lever le matin, il était en surpoids, pas toujours sérieux en dehors. On a été gentils avec lui, on a été durs, on a été au bout, mais à un moment", justifiait le directeur du centre breton Lionel Rouxel dans L’Équipe en septembre 2017.


Nous sommes alors en 2014 et Tanguy Ndombele profite de la perte du statut professionnel de l’Amiens SC pour rejoindre l’équipe réserve du club. Là, il joue, et plutôt très bien, mais... "Mais comme il y avait des pros qui descendaient en CFA 2 et que lui était avec les moins de 19 ans, ils ne le prenaient pas. Ils privilégiaient les pros. Il en a eu marre de cette injustice. C'était le meilleur gamin du centre pourtant ! Amiens, ils ont failli le perdre", rembobine dans France Football Nordine Baaroun, son ancien éducateur à Linas-Montlhéry, qui ne l’a jamais lâché depuis.

Pour moi, il était au-dessus de tout le monde sur le terrain, mais vraiment au-dessusNordine Baaroun, ancien éducateur du joueur

C’est d’ailleurs lui qui, à l’époque, entreprend de proposer l’adolescent à plusieurs clubs de Ligue 1. "Je l'ai emmené à Angers, et ils n'en ont pas voulu car il avait quelques kilos en trop. Je l'ai proposé à Caen, ils n'en voulaient pas non plus. Pour moi, il était au-dessus de tout le monde sur le terrain, mais vraiment au-dessus. Je l'ai emmené moi-même à Auxerre, on me dit : ‘Ouais c'est un bon joueur mais il a des kilos en trop. Il ne passera pas un cap.’ J'avais pourtant envoyé trois gamins à Auxerre. Les deux autres, ils voulaient les faire signer mais lui non, alors que c'était le meilleur sur le terrain. Il avait sept kilos en trop", reprend Nordine Baaroun. 

Le déclic

La direction d’Amiens a vent de la démarche et le vire sur le champ. C’est là que le déclic survient. Nordine Baaroun encore : "C'est quoi le travail d'un club professionnel ? Faire perdre du poids à un gamin, ce n'est pas compliqué hein. Et ça, ça l'a piqué le petit. Il s'est transformé. Tanguy a eu beaucoup d'échecs alors que c'était un bon garçon. Il avait le talent, mais on lui bloquait les portes. À chaque fois, il y avait un truc. Tu avais l'impression qu'il était maudit ! Mais il a bossé et il a réussi tout seul. Il est revenu en région parisienne et je l'ai inscrit à une salle de sport. Il s'entraînait avec mon équipe, en amateur mais en sénior. Il n'a jamais lâché l'affaire. Alors moi je suis retourné à Amiens, et j'ai senti qu'ils voulaient encore le petit."

Tanguy se nourrit des échecs, c’est son intelligence.Christophe Pélissier, son ancien entraîneur à Amiens

Nous sommes en septembre 2016 et, cette fois, l’entraîneur de l’équipe première, Christophe Pélissier, perçoit son incroyable potentiel : il le lance en Ligue 2. Un an et une folle remontée en L1 plus tard, il dispute ses trois premiers matchs de Ligue 1 avec Amiens, puis signe à Lyon en fin de mercato. Là, il devient le successeur naturel de Corentin Tolisso, par sa polyvalence (il a joué arrière droit et ailier à Amiens), par son impressionnant volume de jeu, et par sa simplicité attachante.


Cet été, Manchester City et Tottenham ont essayé de le recruter. En vain. La semaine dernière, son entraîneur, Bruno Genesio, disait ceci le concernant : "Depuis le début de saison, il a énormément progressé dans la projection et l’utilisation du ballon. On connaissait sa marge de progression mais c’est le travail du joueur qui la confirme." Il travaille donc, beaucoup. Mange mieux. S’inspire des autres aussi. "J’aime piocher chez tout le monde", explique-t-il. Son ex-entraîneur en L2 est admiratif : "Il se nourrit des échecs, c’est son intelligence. Avec nous, chaque semaine il a passé un palier car il s’adapte toujours au niveau auquel il évolue." Dit autrement : Tanguy Ndombele n’a pas fini d’aller très vite. Aussi vite que le football.

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