Équipe de France : Tiémoué Bakayoko à la recherche du temps perdu

Équipe de France : Tiémoué Bakayoko à la recherche du temps perdu
Football
DirectLCI
PORTRAIT – C’est une belle semaine pour Tiémoué Bakayoko : après avoir inscrit le but de la qualification de l’AS Monaco pour les quarts de finale de la Ligue des champions, mercredi soir face à Manchester City, le milieu de 22 ans a été convoqué pour la première fois chez les Bleus ce samedi, en remplacement de Paul Pogba. Focus sur une trajectoire pas aussi fulgurante qu’elle en a l’air.

"J'ai de grands rêves, mais je ne peux pas tous vous les dévoiler, sinon on pourrait assimiler ça à de la prétention", lâchait, il y a un mois, à Eurosport Tiémoué Bakayoko. Quels rêves ? Plus prolixe il y a un an, il confiait au site officiel de l’AS Monaco avoir "rêvé toute son enfance de jouer la Ligue des champions". Mercredi soir face à Manchester City, il a inscrit, d’une frappe sèche, le but décisif de la qualification monégasque en quarts de finale de la compétition reine. Encore il y a un mois, dans Le Parisien, le milieu défensif avouait hésiter entre l’équipe de France et celle de Côte d’Ivoire : "Quand tu désires connaître le niveau international, tu peux porter les couleurs du pays de tes parents. On peut aimer deux pays. Tout le monde n’a pas la chance de jouer avec les Bleus." Ce samedi, pour pallier le forfait de Paul Pogba, Didier Deschamps l’a convoqué.

Tiémoué Bakayoko a 22 ans. Cela laisse penser que tout est allé très vite pour ce joueur qui crève l’écran depuis le début de la saison. Sauf que c’est un leurre. "Mon rêve de gosse, c'était d'intégrer l'INF Clairefontaine, racontait-il aussi au site de l’ASM. À 13 ans, j'ai passé tous les tours jusqu'au cinquième. Puis j'ai été recalé, à cause de l'école. Pas les notes, mais mon comportement. J’étais turbulent à l’école, et même avec des entraîneurs. Ça a été la déception de mon enfance. Mais peut-être que je n'en serais pas là aujourd'hui si j'avais réussi ces tests..." Une certitude : il a changé. "À l’époque, quand je voulais quelque chose, je le disais et ce n’était pas autrement", poursuivait-il. Désormais, il ne dit plus, il fait. Mais cela va bien au-delà du petit jeu des déclarations publiques.

A Monaco, des débuts chaotiques

C’est au Stade rennais que le natif du 14e arrondissement de Paris finira par faire ses classes. Il y passera cinq ans. "Ma formation a fait de moi un bon individu", lâche-t-il avec le recul. En Bretagne, tout sera linéaire : débuts en Ligue 1 en août 2013, premier but professionnel en octobre, signature de son contrat pro en novembre. Avant de rallier, 28 matchs plus tard, l’AS Monaco, à l’été 2014, un moment où le club du Rocher tente de réunir les jeunes au plus gros potentiel de revente. Sauf que, là encore, on aurait tort de croire que la voie était toute tracée. Lors de son premier match sous ses nouvelles couleurs, en août 2014, son entraîneur, Leonardo Jardim, ulcéré par sa nonchalance, le sort au bout de 30 minutes. Et ne lui fera plus confiance cette saison-là.

La suivante sera pire : "J’attends des joueurs qu’ils travaillent pour progresser et soient approchés par des grandes équipes. Lui a eu des difficultés. Et puis, il ne peut pas toujours jouer", le dézingue Jardim au sortir de la préparation estivale complètement ratée du joueur. Les blessures s’enchaînent, jusqu’à celles d’octobre 2015 et de janvier 2016, qui le laisseront sur le carreau de longs mois. "J'ai mis énormément de temps à revenir, rembobine-t-il. C'est dur, on n'entend plus trop parler de toi. Il faut bosser en silence. J’avais du mal à me dire que je pourrais trouver une place dans cette équipe de Monaco. J'ai eu une grosse perte de confiance. Mais encore une fois, ma famille et mes coéquipiers ont été là. Depuis mon retour, ça va mieux. Je veux rattraper le temps perdu."

En vidéo

Football : Kylian Mbappé, jeune prodige chez les Bleus

Yannick Menu, le mentor

Tiémoué Bakayoko apprend alors à s’entourer :  il fait appel à un préparateur physique, un ostéopathe et un diététicien personnels, mais surtout à Yannick Menu, ex-directeur du centre de formation du Stade rennais. Lequel goûte peu le train de vie monégasque de son protégé, notamment l’extravagance de sa Porsche Cayenne rose et de sa villa avec piscine de Villefranche-sur-Mer. Il opte, en réaction, pour un appartement et repeint sa voiture en noir. Un simple symbole ? Non : "Il me connaît très bien. Il a su trouver les mots. Ses réflexions m’ont touché. On se dit que j'aime les belles choses, que je ne suis pas un bosseur, que je suis juste venu pour un meilleur salaire, ce n'était vraiment pas ça."

Cette saison, on l’a vu dominer son sujet dans des proportions effarantes. "Il a besoin de confiance. Mais pour avoir de la constance dans ses performances, il a aussi besoin d'être recadré, bousculé. Très vite, il peut s'installer dans une zone de confort. Car Tiémoué, c'est un paisible, pas un fou furieux", expliquait Yannick Menu à Eurosport. Avant de prophétiser : "Ses limites ? On ne les connait pas encore. Mais il peut raisonnablement prétendre à l'équipe de France." Sur le site de l’ASM, Tiémoué Bakayoko, lui, affirmait sans fausse modestie : "J’aime ce que je vois. Je vois la progression. Par moments, je me dis que je pourrais faire beaucoup mieux. Je pense vraiment que j’ai une marge de progression importante et que je peux atteindre le haut niveau, si je m’en donne les moyens." Pour Leonardo Jardim, c’est une question de stabilité : "Il a gagné en confiance depuis le départ de Toulalan. Mais cela fait aussi plus de temps qu'il est ici et travaille avec nous. Il grandit." Malgré l'insistance de sa direction, l'intéressé refuse, pour l’heure, de prolonger son contrat, qui expire en 2019.

En vidéo

Ligue des champions : Monaco réalise l'exploit face à Manchester City

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter