Étienne Didot se confie sur sa drôle de reconversion : "J’aimerais améliorer l’image des agents de joueurs"

Étienne Didot sous le maillot de l'En Avant Guingamp lors de la saison 2018-19, sa dernière en tant que footballeur professionnel...
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FOOTBALL – Ancien milieu de terrain iconique du Stade Rennais et du Toulouse FC, Étienne Didot passe ce lundi le premier des deux examens nécessaires à l'obtention de la licence d'agent de joueurs de football. Une reconversion singulière. Interview.

Du haut de cette chevelure blonde couvrant un crâne désormais quelque peu dégarni, 515 matchs chez les professionnels, pour dix-huit saisons de Ligue 1, vous contemplent. Et c’est peu dire que les projets fourmillent dans cette tête bien faite depuis qu’elle a choisi de laisser les pieds au repos au mois de mai dernier, tandis que son dernier club, l’En Avant Guingamp, descendait en Ligue 2 et confiait, dans un ultime clin d’œil du destin, son banc au petit frère Sylvain, intronisé entraîneur de l’équipe première du club breton. De son côté, Étienne Didot a entamé un cursus plus étonnant, pour devenir agent de joueurs, au sein de l’EAJF (École des agents de joueurs de football). Il en parle à LCI.

On ne parle des agents que s’il y a un souci. - Étienne Didot

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Quand les footballeurs professionnels raccrochent les crampons, c’est souvent pour devenir entraîneur, dirigeant ou consultant... Qu’est-ce qui motive donc un ancien joueur à devenir agent ?

En ce qui me concerne, c’est lié à des choix familiaux. Comme on part bientôt s’installer en famille au Chili (son épouse, Maria Paz, est de nationalité chilienne, ndlr) et que ça fait une douzaine d’années que je parcours le continent sud-américain, à force de rencontrer du monde et de discuter avec des gens du milieu du football là-bas, je me suis rendu compte qu’il y avait des choses à faire, qu’on pouvait dresser un pont entre ce continent-là et la France. En étant relativement connaisseur du championnat de France, je me suis dit que mon travail pourrait intéresser pas mal de monde. L’idée est venue comme ça.

Sans ce prochain départ en Amérique du Sud, vous n’y auriez donc même pas pensé ? 

Si ! Parce que j’ai quand même toujours aimé ça, les relations avec les clubs, les discussions... En fait, je ne me voyais pas enchaîner en retournant directement sur le terrain dès la fin de ma carrière, via le staff technique d’un club. Je tiens beaucoup à ma liberté. Mais je ne voulais pas non plus quitter le football. Et je sais que les agents, les intermédiaires, dans ce milieu, n’ont pas une très bonne image. Je trouve que c’est dommageable, parce qu’il y a aussi des gens qui font de très bonnes choses pour les clubs et pour les joueurs. Ce serait donc sympa que des anciens joueurs arrivent à redorer un peu cette facette-là de l’activité.

Pourquoi cette profession n’attire-t-elle pas plus d’anciens joueurs selon vous ?

Parce que déjà, elle est très compliquée. Là, je suis en train de réviser, vu que c’est ma dernière semaine avant l’examen (l’entretien a été réalisé mercredi dernier, l’examen a lieu ce lundi, ndlr) et je peux vous dire que je galère (rires). Peut-être aussi qu’il y a eu des abus, du laisser-aller, que des gens ont obtenu cette licence alors qu’ils n’auraient pas dû l’obtenir, ce qui a pu dégoûter certains joueurs... Et puis , il y a tellement de gens qui veulent devenir agents aujourd'hui, que le pourcentage de réussite est très faible.

Vous parliez de la réputation sulfureuse de cette profession, souvent assimilée aux dérives pouvant exister dans le football, y a-t-il justement dans votre démarche une volonté de montrer le contraire, qu’il est possible d’agir avec éthique dans un tel milieu ?

Oui. Parce que je trouve qu’en France, les agents ont une très mauvaise image. Après, c’est peut-être un problème plus large. J’ai l’impression que dans notre pays, dès qu’il est question d’argent, soit on est voyou, soit c’est malsain... Sans doute les clubs devraient-ils faire un effort là-dessus, parce que souvent les agents font des super coups pour eux, mais on n’en parle pas. On ne parle d’eux que s’il y a un souci. À l’étranger, c’est différent. Ils sont vus comme des collègues, des aides réelles. Donc si j’ai la chance de pouvoir travailler dans ce domaine-là, j’aimerais participer à améliorer un peu cette image, en médiatisant aussi les aspects positifs.

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Je n’ai aucune envie de faire un métier sans respecter les lois. Je veux faire les choses proprement. C’est d’ailleurs pour ça que je les fais. - Étienne Didot

Vous suivez actuellement une formation à l’EAJF, avec la perspective, au bout du cursus, d’obtenir une licence officielle FFF, était-ce important pour vous ? N’auriez-vous pas pu exercer sans licence, comme beaucoup d’autres agents, en vous appuyant simplement sur vos connaissances ?

C’est vrai qu’il n’y a qu’en France qu’on a besoin de la licence. En gros, aujourd’hui, avec la réglementation de la Fifa, on peut très bien exercer ailleurs ou signer simplement une convention avec un agent français pour travailler sur notre territoire. La licence n’est donc même pas nécessaire pour rester dans la légalité. Mais moi, j’avais envie de savoir ce que j’allais faire, de connaître un peu mieux les rouages. Parce que même si je sais de quoi je parle quand il s’agit de football, autour de ça il y a des contrats, des assurances... Cette formation a vocation à m’apprendre un peu tout ça. Et déjà, je suis beaucoup plus instruit à ce niveau-là. Alors voilà, la licence n’est pas une fin en soi, mais ce serait plus sympa de l’avoir.

Vous envisagez donc de travailler éventuellement sans licence ?

Mais de toute façon, il faut quand même avoir un agrément d’une Fédération pour exercer. Il y a aussi des conventions à obtenir. Personnellement, je n’ai aucune envie de faire un métier sans respecter les lois. Je veux faire les choses proprement. C’est d’ailleurs pour ça que je les fais. Maintenant, cette formation est très difficile, je ne me fais pas non plus trop d’illusions, même si je crois que j’ai quand même mes chances. Dans tous les cas, je suis heureux de l’avoir suivie.

Après une carrière aussi longue et riche que la vôtre, qu’aviez-vous besoin d’apprendre au juste pour exercer cette profession ?

Le premier examen porte sur du droit général. Bon forcément, il y a plusieurs choses que je ne savais pas, n’ayant pas eu le temps de me former là-dedans quand je jouais. C’était un cours accéléré, très intense, qui m’a servi à ça, dont je sors grandi et très content. Parce que quand on tourne la page du football, on a envie d’explorer d’autres domaines. C’est ce que j’ai fait. Moi, au-delà du diplôme, c’est surtout cette formation très complète qui m’intéressait.

Sur quoi avez-vous bûché exactement ces derniers jours ?

Pratiquement rien qui concerne directement le football (rires). En gros, il y a plusieurs chapitres. Le droit des contrats, le droit des footballeurs, qui est un droit spécifique, la gestion des dates, des durées, le droit de la sécurité sociale, comment calculer des indemnités journalières, l’aide à l’emploi en cas de chômage, le droit du sport en général aussi, tout ce qui a trait au haut niveau, toutes les catégories, comment aider un sportif en difficulté... L’idée, c’est d’avoir des connaissances suffisamment pointues pour ne plus avoir besoin d ‘aller chercher les informations à droite à gauche, et pouvoir répondre aux besoins immédiats d’un sportif. Moi, j’ai eu la chance d’avoir été bien entouré pendant ma carrière, mais plein de joueurs ne l’ont pas. Un agent doit donc être un minimum instruit, pour les guider, avec des réflexions précises et des réponses concrètes.

Et ça vous passionne vraiment, tout ça ?

Si on prend un thème comme la sécurité sociale, qui est tellement technique, c’est sûr que j’ai les oreilles qui chauffent, comme quand j’avais des contrôles à l’école, il y a eu des moments où je n’en pouvais plus (rires). Mais c’était intéressant quand même, parce que j’ai appris plein de petites choses que je ne savais pas. Il y a dix ans, j’aurais sans doute tout envoyé chier mais là, à 36 ans, en tant que père de famille en pleine reconversion, j’ai envie de tout apprendre. C’est pour ça que je suis arrivé à ingurgiter autant d’informations (rires).

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Le mauvais agent, c’est celui qui ne pense qu’à se faire de l’argent.- Étienne Didot

Y a-t-il déjà des joueurs désireux de s’offrir vos services ?

Non... Enfin, pour l’instant, j’essaye de m’ouvrir un maximum de portes. Je rencontre beaucoup de monde, des clubs, des joueurs, des entraîneurs, des dirigeants... J’explique ce que je veux faire, je raconte un peu mon histoire, ça me permet aussi d’affiner mes objectifs. Et petit à petit, je prends mes marques. Maintenant, je n’ai pas envie de m’occuper tout de suite d’un joueur en particulier et de me lancer comme ça. Je veux que ma démarche soit structurée, aller au bout de ce processus de quelques mois, sans me précipiter. Les opportunités arriveront au fur et à mesure. Déjà, j’ai reçu quelques appels, d’amis ou d’ex-coéquipiers, mais c’était pour des coups de main plutôt que pour un travail réel. On discute, je donne mon avis...

Vous ne vous voyez exercer qu’en Amérique du Sud ?

Non, je pourrais le faire ailleurs. Mais je considère comme une chance de me trouver là-bas, parce que tous les clubs n’ont pas de personne de confiance sur place. D’autres personnes que moi pourraient en profiter.

Concrètement, si l’on se place du point de vue d’un joueur, qu’est-ce qui distingue le bon du mauvais agent ?

(il réfléchit) Le bon agent, il est sain, sérieux, il a envie d’aider. Et le mauvais agent, c’est celui qui ne pense qu’à se faire de l’argent, en oubliant les intérêts de ses clients. La vérité, c’est que si un agent travaille bien, il sera récompensé. C’est comme dans tous les métiers. Si un journaliste ne pense qu’à faire un coup d’éclat, il le fera un jour mais ensuite il n’y aura plus rien.

Au fait, est-ce qu’un joueur ne peut pas se passer des services d’un agent ?

C’est faisable mais c’est très délicat. Moi, ça m’est déjà arrivé de discuter directement avec mes clubs, et souvent, on est bridé par la crainte de se retrouver en froid avec la direction pour des questions de contrat. L’entraîneur, souvent, n’aime pas que le joueur se disperse, en négligeant l’aspect sportif... C’est ironique : d’un côté, les clubs n’aiment pas les agents et de l’autre, ils ne veulent pas que les joueurs s’en occupent.

Comment gérer à la fois les intérêts d’un club et ceux d’un joueur ? N’y a-t-il pas risque de conflit ?

On ne peut pas. Les double-mandats sont interdits. Je sais que parfois ça arrive mais c’est illégal. Il faut que ce soit l’un ou l’autre, de manière transparente. Moi, de toute façon, j’ai envie de faire ça parce que ça me plaît. Mon plaisir, ce serait d’aider des gens ou des clubs que je connais, de bien faire les choses, en restant dans le milieu du foot. Si ce n’est pas sain et simple, comme j’ai toujours fonctionné, alors je ne le fais pas. Je travaille beaucoup pour ça. D’ailleurs, c’est comme ça que j’ai réussi dans ce sport hein, je n’étais pas un génie. Ce sera pareil dans le métier d’agent. Si je suis heureux, très bien, sinon je ne vais pas me faire chier. En tout cas, il n’y aura aucune ambiguïté.

Dernière question : est-ce que votre frère Sylvain cherche un agent ?

Non, mais s’il en cherche un, il sait déjà qui appeler (rires).

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